Accueil > Spectacles > Théâtre > Du Voyage d’Onéguine d’après le roman de A. Pouchkine

Du Voyage d’Onéguine d’après le roman de A. Pouchkine

Du 24 au 27 mai 2006 (en russe surtitré)


Vassiliev est un maître et un créateur rare. Son but premier est de parfaire une expérience artistique qui à ses yeux ne peut être, en dernière instance, que spirituelle.

ATELIERS BERTHIER - GRANDE SALLE
Iz Poutechestviya oneguina (Du Voyage d’Onéguine) d’après le roman en vers d’ALEXANDRE POUCHKINE et l’opéra de PIOTR TCHAIKOVSKI :
- mise en scène : ANATOLI VASSILIEV
- scénographie : Igor Popov et Anatoli Vassiliev
- costumes : Vadim Andreev
lumière : Ivan Danitchev
- chorégraphie : Vassili Yuchenko
- chef du chœur : Svetlana Anistratova
- piano : Natalia Nikolskaya
- parole : Olga Balandina, Kirill Grevbenchikov, Alla Kazakova, Oleg Malakhov, Aleksandr Ogarev, Gouzel Shiriaeva, Igor Yatsko, Maria Zaikova
- chant : Igor Danilov, Viktoria Smolnikova, Serguei Vasiltchenko, Vadim Andreev
- création collective 1995-2003 au Théâtre "Ecole d’Art Dramatique", Moscou .

Durée du spectacle : 3h40, avec un entracte

Vassiliev est un maître et un créateur rare. Son but premier est de parfaire une expérience artistique qui à ses yeux ne peut être, en dernière instance, que spirituelle. Le temps lui importe moins que la profondeur de cette maturation ; et le résultat, quand il y en a un, n’est qu’un dernier aspect d’un processus qui a pu s’étendre sur des années.

Vassiliev, qui continue à former des générations d’interprètes au sein de son Ecole d’Art Dramatique, a parfois sacrifié à ses exigences de pédagogue toute présentation de son travail à un public, et cela pendant plusieurs saisons d’affilée. Il nous revient aujourd’hui avec une mise en scène tout à fait caractéristique de sa manière. Sous-titré Le Travail inachevé, ce « voyage » s’inspire d’un roman en vers que Nabokov tenait pour « un classique international aussi grand que Hamlet ou Moby Dick ». Ce chef-d’œuvre, tous les Russes ont dû, à un moment ou à un autre de leur scolarité, en apprendre quelques strophes par cœur ; tous ont disserté sur les malheurs d’Eugène et de Tatiana, qui s’aiment à contretemps et manquent le rendez-vous des âmes alors que « le bonheur était si possible ». La trame du roman, le duel au cours duquel Onéguine tire une balle dans le cœur de son ami le poète Lenski, leur sont aussi familiers que la subtile combinaison d’ironie et de romantisme, de légèreté et de confidence lyrique, de parodie byronienne et de déchirante sincérité qui compose l’atmosphère du poème. La fatalité biographique qui voulut que Pouchkine ait semblé prophétiser dans son texte sa propre mort acheva de faire d’Eugène Onéguine un véritable mythe, dont l’influence s’est étendue bien au-delà de la littérature pour se faire sentir jusque dans les caractères et les comportements.

En s’attaquant à ce monument, Vassiliev pouvait donc compter sur la complicité d’un public moscovite profondément imprégné de la matière originale dont il proposait une interprétation scénique.
Pouchkine lui-même soulignait que son œuvre devait être lue comme un « travail inachevé », fragmentaire. Le texte est parsemé de passages supprimés, remplacés par des lignes de points. Plus grave, l’auteur a fait savoir que tout un chapitre original (le huitième), au cours duquel Onéguine voyage à travers la Russie après avoir tué son ami, a été « retiré de son roman ». A certains égards, Pouchkine a donc légué à ses lecteurs un work in progress. Pour apporter sa pierre à ce « travail inachevé », Vassiliev est parti du huitième chapitre englouti, des fragments conservés d’un dixième chapitre, ainsi que de la célèbre aria de la lettre de Tatiana chez Tchaïkovski.
Comme l’indique son sous-titre, la vision d’Onéguine qu’il propose ne se veut pas plus complète ni « achevée » que l’original. Mettant ses pas dans les pas de Pouchkine, aussi fidèle à son esprit de digression et à son culte de la beauté qu’à son sens de la dérision, Vassiliev restitue le poème à son oralité en orchestrant une étonnante polyphonie, fait surgir des significations nouvelles de la simple répartition du texte entre plusieurs voix, accentue les vacillements d’une identité à l’autre. Sous la direction de ce maître du contrepoint scénique, le texte s’ouvre, respire, redevient chant, pressante question - et rire. Car ce travail est peut-être ce que Vassiliev a produit de plus drôle à ce jour. Jonglant brillamment avec les formes du théâtre, de l’opéra, du cabaret à l’allemande, du cinéma, il ne manque pas, chemin faisant, une occasion de sourire de la Russie et des Russes - à commencer par un certain Vassiliev.

Du Voyage d’Onéguine est l’un des plus beaux hommages qui soient, d’un artiste à un autre artiste. Tragique et comique comme la vie, s’il célèbre ce qu’elle perd en route (à commencer par l’innocence de la jeunesse), c’est pour mieux honorer ce qu’elle peut parfois y gagner : un peu de sagesse, un peu d’art.

Ateliers Berthier / Théâtre de l’Odéon :
- Grande Salle / Entrée du public : 20m après le 8 boulevard Berthier - 75017 Paris
- Petite Salle / Entrée du public : 150m après la grande salle, boulevard Berthier.
- Métro : Porte de Clichy (ligne 13 / sortie av de Clichy / Bd Berthier- côté Campanile)
- RER : Porte de Clichy (RER C)
- Bus : PC, 54, 74. Autobus de nuit n°NC (vers Châtelet)
- 20h du mardi au samedi / 15h le dimanche
- Coda : 17h et 20h le samedi / 15h et 18h le dimanche.



Aime ta femme comme ton âme et bats-la comme ta pelisse. Proverbe russe

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0