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’Le Grand Cahier’ de Agota Kristof

Du 11 janvier au 6 février 2006


Agota Kristof écrit la guerre à travers les yeux de l’enfance. En une suite de saynètes tranquillement horribles, Le Grand Cahier nous livre sans fard, sans une once de sensiblerie, une fable incisive sur les malheurs de la guerre et du totalitarisme, mais aussi un véritable roman d’apprentissage dominé par l’humour noir.

Mise en scène : Valentin Rossier

Pendant une guerre qu’on ne citera pas, un enfant s’invente un frère jumeau, il joue à ne plus subir les sentiments humains. Leurs récréations sont des exercices à fin de ne plus souffrir, leurs devoirs écrire des mensonges dans un grand cahier, mais ses mensonges sont un peu plus vrai que la réalité puisque la réalité ne mérite pas d’être vraie.

Agota Kristof, est née en 1935 à Csikvand / Hongrie. Elle vit depuis 1956 en Suisse romande. Elle a d’abord travaillé dans une usine où elle a appris la langue de sa patrie d’élection, avant de se faire un nom comme écrivaine de langue française. Son premier roman « Le grand cahier » publié en 1987 a connu un grand succès et a été honoré du titre Livre Européen.

Ce roman qui a été traduit en trente-trois langues, la propulsée dans le monde entier. Elle a reçu plusieurs prix dont le plus récent est celui de « Gottfried Keller 2001 ». Jamais son succès ne cicatrisera sa blessure d’avoir du quitter sa Hongrie natale.


Agota Kristof écrit la guerre à travers les yeux de l’enfance. Deux petits garçons, des jumeaux désirant vaincre la douleur, la chaleur, le froid, la faim. Tout ce qui fait mal. Ce désir d’une grande naïveté, naît justement d’une trop grande souffrance. Ces garçons ne sont plus des enfants, d’ailleurs un enfant loin de sa mère n’est plus vraiment un enfant. Ces jumeaux sont la cicatrice de la guerre, avec leurs regards remplis de solitude, de sentiment d’abandon, de clarté, de cruauté aussi. Ces enfants ne sont plus les victimes de la guerre ; ils sont la guerre.

" - Vous connaissez donc les Dix Commandements. Les respectez vous ?
- Non, Monsieur, nous ne les respectons pas. Personne ne les respecte. Il est écrit " Tu ne tueras point " et tout le monde tue.
Le curé dit : - Hélas..., c’est la guerre."

Le Grand Cahier, ce sont des journées d’expérience et d’inexpérience de deux enfants submergés par leur lucidité et leur naïveté. De ce paradoxe découle un humour particulier. Vouloir travailler seul, du moins dans un premier temps, un texte comme Le Grand Cahier, c’est un peu pour pouvoir s’oublier soi-même, oublier le regard de l’autre et tenter d’extirper les mots, les phrases, le texte d’une mémoire affective, d’un souvenir brumeux qui est celui de l’enfance. Confondre volontairement ce qui est écrit avec ce qui s’est passé réellement.

Mélanger les sentiments pour mieux les craindre. Ne plus pouvoir faire la différence entre vérité et mensonge. Ceci pour chercher à dire les mots sans trop mentir. La vérité n’est pas la réalité mais bien l’humanité. Le reste ce ne sont que des mensonges et des mots.

Valentin Rossier

Résumé

Dans la Grande Ville qu’occupent les Armées étrangères, la vie est devenue impossible. La disette menace. Une mère conduit donc ses enfants à la campagne, chez leur grand-mère. Terrible grand-mère : analphabète, sale, avare, méchante et même meurtrière, elle mène la vie dure aux jumeaux. Loin de se laisser abattre, ceux-ci apprennent seuls les lois de la vie, de l’écriture et de la cruauté. Abandonnés à euxmêmes en un pays en proie à la guerre, dénués du moindre sens moral, ils s’appliquent à dresser chaque jour, dans un grand cahier, le bilan de leurs progrès et la liste de leurs forfaits...

En une suite de saynètes tranquillement horribles, Le Grand Cahier nous livre sans fard, sans une once de sensiblerie, une fable incisive sur les malheurs de la guerre et du totalitarisme, mais aussi un véritable roman d’apprentissage dominé par l’humour noir.

La presse

" Sur le sol, un rond de lumière, autour le noir, la nuit, Valentin Rossier entre dans le cercle et s’installe, droit, les bras le long du corps, immobilité de crocodile. Le rond de lumière c’est le grand cahier, la page blanche, aussi blanche que la voix, douce et blanche du comédien. (...) Seul un des jumeaux raconte. Il dit "nous" en parlant de lui et de son frère, mais en fait ce frère existe t-il ? (...) Ce nous devient partage avec "nous" spectateurs. (...) Le texte de d’Agota Kristof est à la fois terrible et drôle. L’humour est sans doute l’arme ultime. Cette pièce est une des plus forte que j’ai vue, (...) autant par le jeu de l’acteur que par la lucidité et la pertinence du propos. " Claude Kraif, Revue-spectacle, juillet 2004

Le Grand Cahier d’Agota Kristof constitue un piège du théâtre. Par son humour noir, son culte de la duplicité, ce calme et paisible conte de la méchanceté et de la misère quotidienne ne peut qu’attirer metteurs en scène ou acteurs. Mais gare : le vocabulaire minimaliste, les phrases courtes, la construction en dialogue, participent d’une mécanique d’écriture au service d’un récit noir (...). Là où la performance de Valentin Rossier, acteur suisse plutôt coutumier de Shakespeare, tient du miracle, c’est qu’il parvient à fasciner, à attraper le spectateur, à le garder sous sa coupe durant une heure vingt sans faire un geste ! Pas un mouvement dans cette mise en scène hors norme, où un rideau rouge et une lumière étudiée à la perfection soulignent au mieux ce texte dépouillé et sans artifices. D’une voix monocorde mais jamais monotone, avec un jeu de tonalités incroyablement subtil, vivant, l’acteur amplifie encore la schizophrénie de l’oeuvre, marque admirablement le processus d’insensibilisation entamé par les enfants, comme il marque avec tout autant de précision à quel point les deux gamins restent humains.

Théâtre de l’Atalante
10, place Charles Dullin
Paris (18e) M° Anvers
Tél : 01 46 06 11 90



L'histoire est encore plus rancunière que les hommes. Nicolaï Karamzine

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