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’Le Suicidé’ de Nicolaï Erdman, écrivain russe

Du 30/03/2004 au 06/04/2004


Contrairement à ce que l’on pourrait croire, "Le Suicidé" est une pièce terriblement drôle, une comédie féroce et loufoque. Un théâtre de l’absurde à la mécanique d’un bon vaudeville dont les quiproquos et malentendus relancent sans cesse l’action et l’histoire. Mais elle est surtout gravement drôle, car c’est la vie d’un homme qui est en jeu.

LE SUICIDÉ

L’intrigue, en quelques mots...

Poussé par une soudaine envie de saucisson, Simon Podsékalnikov, homme sans emploi, réveille sa femme en pleine nuit. Une discussion houleuse s’ensuit et fait éclater la vérité : "on ne peut pas continuer à vivre comme ça !"
Furieux, Simon disparaît de la chambre de l’appartement communautaire. Inquiète, Marie pense qu’il est parti "mettre fin à ses jours" et court chercher de l’aide. Retrouvé dans la cuisine où il tente de satisfaire sa faim, Simon apprend qu’on lui prête l’intention de se suicider. Il accepte progressivement cette idée qui lui "facilite la vie". Commence alors un défilé incessant de personnages pittoresques qui tentent de récupérer sa mort pour servir leur propre cause... En se tuant, Simon peut enfin prouver son existence et devenir quelqu’un ! On chante, on boit, on fête son départ, son entrée dans l’histoire. Couronnes, cercueil, hommages honorent la dépouille de Simon.
Mais celui-ci réapparaît, ivre et bien vivant. Il renonce à mourir et supplie ses fossoyeurs qu’on lui accorde le droit de vivre sa vie... en chuchotant.

Un théâtre poétique et politique

Aujourd’hui, un regroupement d’artistes décide de la monter. Qui sont-ils ? Des acteurs, auteur, metteur en scène réunis, ces artistes continuent l’aventure, poursuivent le débat ensemble et décident de s’attaquer à la pièce de Nicolaï Erdman. D’autres comédiens viennent grossir les rangs. Dans Le Suicidé, c’est bien de la dignité d’un homme dont il est question. Comment peut-on être considéré, si ce n’est par son travail, sa fonction sociale ? Depuis l’époque soviétique d’Erdman où l’état de chômeur n’était pas concevable, les temps ont changé. Le statut de "sans emploi" est légalisé. Cependant, le désoeuvrement et la douleur de Simon sont les sentiments que perçoivent des milliers de personnes aujourd’hui privées de leur "occupation de vie", exclues de la société et broyées par le système. Le risque le plus grand dans un monde où tout est possible n’est-il pas de ne plus avoir de raisons d’être là, voire de ne plus être du tout ? C’est à partir de ces réflexions que metteur en scène et comédiens abordent la pièce.
Et ils ont bien l’intention de nous embarquer dans leur univers onirique, fantastique, un brin extravagant et surtout terriblement... humain !


Nicolaï Erdman (1902-1970)

Nicolaï Robertovitch Erdman est né à Moscou le 16 novembre 1902. En ce début de siècle, le bouillonnement artistique est intense, les formes explosent, les avant-gardes prolifèrent, favorisées par la N.E.P. (Nouvelle Economie Politique), détente sociale après les rigueurs de la guerre civile.
Jeune homme, Nicolaï Erdman découvre le poète Vladimir Maïakovski, puis participe au groupe des imaginistes. Très vite, grâce à son frère Boris, peintre de théâtre, il produit ses premiers écrits pour la scène. En 1924, il lit aux acteurs de Meyerhold sa première pièce, Le Mandat, qui se révèle être une satire impitoyable de la N.E.P. Immédiatement conquis, le metteur en scène décide de monter cette pièce et c’est instantanément un énorme triomphe qui déchaîne des tempêtes de rires. La reconnaissance est unanime. Pourtant, cette pièce n’est pas publiée dans l’immédiat ; il faut attendre 1987 avec la Perestroïka pour qu’elle le soit. Elle est créée en France en 1992 au Centre Dramatique National d’Angers dans une mise en scène de Denise Péron.
A 25 ans, Erdman connaît une gloire soudaine et une époque de grande activité ; Il voyage beaucoup, écrit des scénarii de cinéma, se marie, rencontre de grands écrivains comme Maxime Gorki.
En 1928, Erdman travaille à sa deuxième pièce, une comédie féroce : Le Suicidé (Samoubijca). Bien que diamétralement opposés dans leur conception théâtrale, Meyerhold et Stanislavski, les deux plus grands metteurs en scène russes de l’époque, se lancent une compétition socialiste pour mettre en scène ce jeune auteur prometteur.
Mais à la fin des années vingt, le pouvoir politique est entre les mains de Staline, ce qui marque un tournant radical. La N.E.P. est abandonnée. Dans le domaine littéraire, toutes tendances suspectes doivent être éliminées et tous les "déviants" réduits au silence. Avant même la première représentation, la pièce d’Erdman est interdite (1932). Motifs : "politiquement fausse et extrêmement réactionnaire" ! Erdman est prié de se taire et de quitter Moscou. Suivent trois ans d’assignations en résidence en Sibérie.
Les déboires du "Suicidé" mettent un terme à la carrière dramaturgique d’Erdman. Subissant l’exil, la censure, et cette peur "éternelle" qui ne le quittera jamais, Nicolaï Erdman peut vivre et travailler en adoptant un profil bas. Et s’il n’écrit plus de pièces, il a une vie très active participant à des scénarii dont il avoue la médiocrité mais qui sont considérés comme politiquement corrects et qui, paradoxe extrême, décrochent à plusieurs reprises le prix "Staline" !
Comme pour sa première pièce Le Mandat, c’est en 1987 que la pièce Le Suicidé est publiée et jouée en intégralité dans son pays d’origine. En France, après une tentative peu remarquée en 1974 par la compagnie Renaud-Barrault, elle est jouée avec succès en 1984 par la Comédie Française dans une mise en scène de Jean-Pierre Vincent. Tel son héros dans "Le Suicidé", Nicolaï Erdman finit sa vie en chuchotant, à la seule fin de rester en vie !

"Le suicidé" de Nicolaï Erdman

La pièce Le Suicidé semble être au cœur de nos préoccupations artistiques. Avec cette œuvre, Nicolaï Erdman propose une narration fantaisiste derrière laquelle se profile tantôt la désespérance, tantôt l’espoir de comprendre le monde et d’en capter les mystères. Chez Erdman, le rire devient une arme pour dénoncer et pourfendre l’absurdité des systèmes qui broient l’individu.
Et parce que ce rire est provoqué par le désir fou de renverser le monde cul par dessus tête, parce qu’il permet de parler de choses graves avec légèreté et de sonder l’insignifiant avec sérieux, il rejoint notre désir de revendiquer le divertissement, surtout si celui-ci doit exercer le langage.
Comme Erdman hier, nous nous interrogeons sur notre aujourd’hui. Nous voulons le questionner de manière ostensiblement et profondément ludique.

Extravagance, cruauté, folie et poésie
Le talent d’Erdman nous emmène dans un tourbillon de situations grotesques, nous faisant passer des pièces de l’appartement communautaire à un cercueil, d’un banquet d’adieu à une procession funèbre, tout en ménageant de vrais espaces d’humanité.

Tout ce que va vivre Simon Podsékalnikov (en tant que candidat au suicide, donc futur mort) relève du mauvais rêve. Le rêve, comme espace de rencontre entre ses angoisses et ses désirs, devient l’expression surnaturelle de sa propre vie. On pourrait dès lors considérer Simon comme le personnage d’une histoire fabuleuse, le pivot d’un récit invraisemblable, telle Alice aux prises par le temps et le célèbre personnage de Windsor McCay, Little Nemo, dans la pire de ses aventures cauchemardesques.
Le Suicidé nous apparaît alors comme un miroir déformant de la réalité. Qui pourrait croire qu’en le tirant du sommeil, la faim provoquerait sa propre fin ?... Que, par lui, éclaterait la vérité ?

Le Suicidé

Mise en scène par :

- Jérémie Fabrede

Avec :

- Alexandre Barbe,
- Matthias Bensa,
- Sabrina Bus,
- Delphine Branger,
- Myriam De Beaurepaire,
- Maria Diass,
- Marine Duséhu,
- Alexandre Jazédé,
- Cyril Roche,
- Cédric Thiollet,
- Faustine Tournan

Théâtre du Nord-Ouest
13, rue du Faubourg-Montmartre
75009 Paris
Grands-Boulevards, Le-Peletier
à 20h45
Tarifs : 20 e et 13 e.

Réservations :

- Par téléphone, au théâtre : 01 47 70 32 75
- Dans les FNAC



La parole n'est pas un moineau ; une fois envolée, tu ne la rattraperas plus. Proverbe russe

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