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Première pièce d’Anton Tchekhov ’Ivanov’ au Théâtre de Suresnes Jean Vilar

Samedi 13 février 2010 à 21h


Pourquoi choisir Ivanov ? Parce qu’il s’agit, selon Philippe Adrien, de ’la pièce la plus curieuse et la plus intéressante de Tchekhov’.

Première pièce d’Anton Tchekhov à avoir été représentée sur scène, en 1887, Ivanov est un drame du temps dilaté par l’ennui, du « vouloir-vivre » qui laisse sa place à une forme de mélancolie. Après avoir mis en scène La Mouette, le directeur du Théâtre de la Tempête, à la Cartoucherie de Vincennes, a souhaité investir une nouvelle fois l’oeuvre du grand auteur russe.

Pourquoi choisir Ivanov ? Parce qu’il s’agit, selon Philippe Adrien, de « la pièce la plus curieuse et la plus intéressante de Tchekhov ». Une pièce profonde et satirique qui porte un regard sombre, mais aussi cocasse, sur la société russe en décrépitude de la fin du XIXe siècle. Ce sont des êtres ambigus, éminemment complexes, auxquels Ivanov – anti-héros enlisé dans l’existence – doit faire face. Des êtres qu’Anton Tchekhov n’a pas voulu considérer à l’aune des critères traditionnels du bien et du mal.

Philippe Adrien, Metteur en scène

Son parcours de metteur en scène alterne les textes dramatiques et des adaptations de Kafka, Amos Tutuola, Georges Bataille, Pavel Kohout, etc…


En 1981, il prend la succession d’Antoine Vitez à la direction du Théâtre des Quartiers d’Ivry. En 1985, il fonde l’Atelier de Recherche et de Réalisation Théâtrale (ARRT) à La Cartoucherie de Vincennes.

En choisissant de grands auteurs comme Brecht, Beckett ou Claudel, il révèle son goût pour une poésie dramatique aux forts accents philosophiques, religieux ou politiques. Mais il s’intéresse également aux auteurs contemporains : Copi, Armando Llamas, Enzo Cormann, Stoppard, Werner Schwab…

Depuis 1996, il dirige le Théâtre de la Tempête à Vincennes. Philippe Adrien est également professeur d’interprétation au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris depuis 1993.

Distribution :

- Ivanov : Matthieu Marie
- Anna-Sarah : Florence Janas
- Chabelski : Wolfgang Kleinertz
- Lebedev : Etienne Bierry
- Zinaïda Lebedeva : Lisa Wurmser
- Sacha : Alexandrine Serres
- Lvov : Olivier Constant
- Babakina et jeune convive : Jana Bittnerova
- Kossykh : Julien Villa
- Bortkine : Thomas Derichebourg
- Nazarovna : Vladimir Ant et la participation de : Emilie Lechevalier
- Collaboration artistique : Clément Poirée
- Décors : Jean Haas
- Lumières : Pascal Sautelet assisté de : Maëlle Payonne
- Maquillage : Faustine-Léa Violleau
- Costumes : Hanna Sjödin
- Machines et pantins : Elena Antsiferova
- Musique et sons : Stéphanie Gibert

lvanov, l’odieux soit loué !

Fabienne Pascaud

« Non, docteur Tous, tant que nous sommes, nous avons une telle quantité de rouages, de boulons, de soupapes qu’on ne saurait se juger les uns les autres... Je ne vous comprends pas, vous ne me comprenez pas et nous-mêmes, nous ne nous comprenons pas. » Ainsi se justifie lvanov (dans la nouvelle, et forte, et limpide traduction signée Philippe Adrien et Vladimir Ant) face au médecin qui l’accuse de précipiter la mort de sa femme tuberculeuse pour en épouser une autre, plus jeune, plus riche... moins juive. Les choses ne sont jamais si simples. Et lvanov, comme les choses, comme nous, est d’une insaisissable complexité qu’on ne remerciera jamais assez Tchekhov (1860-1904) d’avoir tenté d’explorer. N’intitule-t-il pas « comédie » la première version d’Ivanov en 1887, puis « drame » la seconde, à peine modifiée, en 1889 ?
C’est vrai que dans cette dernière - qu’a choisie de mettre en scène Philippe Adrien - le mélancolique héros aristocrate, à bout d’échecs et d’insatisfactions, décide de se suicider, quand il mourait accidentellement en 1887. Mais, histoire de corser l’affaire, et d’en rendre mieux encore la poisseuse ambiguïté, la noirceur désespérante dans la scénographie fantomatique de Jean Haas, Adrien, lui, conjugue les deux fins. lvanov (magistralement « hanté » par l’acteur funambule Scali Delpeyrat) tente d’abord de se brûler la cervelle, puis rate même sa mort volontaire, laisse échapper son revolver, tandis qu’un infarctus, sans doute, l’emporte... Un gâchis. Le garçon, pourtant, avait tout pour réussir : grand propriétaire terrien, homme à femmes séduisant et intellectuel brillant porté par de généreuses idées nouvelles. De celles qui obligent constamment à se dépasser. En épousant, par exemple, presque par devoir (?), une jeune femme juive, Anna, dans une société russe dont Tchekhov dépeint crûment le profond antisémitisme. lvanov s’en lassera et, rongé de culpabilité - Anna est entretemps tombée malade -, ne pourra plus que fuir chaque soir le domicile conjugal. Jusqu’à la mort de l’épouse. Rarement personnage aussi antipathique, rarement situation aussi sordide auront été portés sur scène. Qu’est-ce qui motive réellement Ivanov ? Ne cherchait-il pas en Anna et - sitôt après ! - en Sacha de riches héritières capables de régler ses dettes ?
Pourquoi, à peine séduites, n’aime-t-il déjà plus ses conquêtes ? On ne saura pas.

Lui-même ne sait pas, ruiné qu’il est de toute façon par une culpabilité existentielle, comme si sa naissance même, sa seule existence étaient déjà des fautes. Par-delà son indignité, sa médiocrité d’âme, Ivanov est racheté par sa souffrance. Devient fascinant personnage parce que torche vive en constante et insoutenable combustion. Philippe Adrien a monté le texte insupportable de violences privées et publiques avec une rayonnante intelligence. Devant nous s’agite un petit monde perclus de mesquinerie et qui en crève. Alors que Freud mesurait l’avancement des civilisations à leur degré de culpabilité, Adrien montre comment on peut au contraire en mourir. C’est l’inconscient assassin des personnages qu’il met ainsi en scène dans le fond obscur du plateau, à travers ces créatures bizarres, ces mécaniques dadaïstes. La troupe, haute en personnalités et singularités, parfait encore le climat inquiétant aux vapeurs surréalistes. Rendons particulièrement hommage à Etienne Bierry, époustouflant en mari alcoolique soumis à sa patronne de femme ; 90 ans et une verve étourdissante. Le théâtre magnifie. »
Fabienne Pascaud

Samedi 13 février 2010 à 21h
Texte de : Anton Tchekhov
Mise en scène : Philippe Adrien
Durée 2h sans entracte
Au Théâtre de Suresnes Jean Vilar
16 place Stalingrad
92150 Suresnes



L'histoire est encore plus rancunière que les hommes. Nicolaï Karamzine

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