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Vassily Kandinsky, pionnier de l’art abstrait russe

Du 8 avril au 10 août 2009


Vassily Kandinsky est célèbre pour son rôle de pionnier dans l’invention de l’abstraction, au début du siècle dernier. Cette exposition rassemble une centaine de peintures de Kandinsky avec notamment des ensembles de la série des Impressions et des Improvisations.

Une œuvre Encore à découvrir

Kandinsky est célèbre pour son rôle de pionnier de l’art abstrait, dans les années 1910, et pour son essai Du Spirituel dans l’Art, qui a fait de lui l’artiste de la « nécessité intérieure ». L’identification de son art à cette invention liée à une recherche de spiritualité, si elle est pertinente, donne néanmoins l’illusion d’une œuvre qui se concentre sur quelques années, la réduisant à cette décennie décisive. Morcelée et interprétée selon des perspectives tronquées, pour des raisons historiques et politiques, il est encore difficile de pouvoir l’apprécier dans son ensemble.

Tout d’abord, Kandinsky lui-même a perdu à deux reprises des parties de son œuvre. A la veille de la guerre, en 1914, quittant Munich pour Moscou, il confie son atelier et ses travaux à sa compagne Gabriele Münter. Après leur rupture, il ne reverra jamais ces œuvres qui ne figureront même pas dans les monographies publiées de son vivant (en 1924 et 1931). Elles ne seront redécouvertes qu’en 1956, lorsque Gabriele Münter les lèguera à la ville de Munich.

Puis, ses nombreuses toiles entrées dans les collections publiques de l’Union soviétique, avant 1921, demeureront inaccessibles au moins jusqu’en 1963, date à laquelle certaines seront exposées lors de la première vraie rétrospective qui lui consacre le R. Solomon Guggenheim Museum de New York, presque vingt ans après sa mort.
De plus, l’accueil de son œuvre a connu et subi des rebondissements idéologiques. En tant que moscovite fortuné, il est soupçonné par les artistes de gauche d’être de sympathie avec les russes blancs. Mais en tant qu’il a travaillé en Union soviétique après la Révolution d’Octobre, les autorités occidentales, et surtout allemandes, le soupçonnent de bolchevisme. Pris entre les feux de la politique, son art est au mieux regardé comme une émanation spirituelle dégagée de toute contingence matérielle.

Alors qu’il se pourrait qu’il se soit précisément construit contre l’adversité. Par exemple, durant la période moscovite entre 1915 et 1921, il réalise, faute de moyen et de confort matériel, des séries de dessins qui font aujourd’hui une des richesses des collections du Musée. Arrivé au Bauhaus en 1922, il se voit confier l’atelier de peinture murale, discipline qui est loin d’être sa spécialité : c’est l’occasion de commencer quelques décors monumentaux, le Salon pour l’exposition de la Juryfreie, 1922, et le Salon de musique de 1931, entré dernièrement au Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg. Il saisit les occasions, contacte spontanément les personnes, comme Arnold Schönberg, avec qui il souhaite collaborer…
Aussi, c’est une œuvre, sinon complète, au moins complexe, que ce dossier propose d’explorer. On y insistera notamment sur les expérimentations techniques - linogravure, dessin, peinture sur verre – menées par l’artiste tout au long de sa vie, pour trouver la forme adéquate au contenu qu’il souhaitait exprimer.

Vassily Kandinsky (1866-1944), artiste, esthÈte et nomade

Kandinsky naît à Moscou en 1866 dans une famille aisée et cultivée. Il apprend l’allemand avec sa grand-mère, prend des cours de piano, de violoncelle et de dessin. En 1885, il entreprend à la faculté de Moscou des études de droit qu’il poursuit jusqu’en thèse. Mais, au moment d’obtenir une chaire d’enseignant, en 1895, il décide de rompre avec la carrière juridique pour se consacrer à l’art. Il se rend alors à Munich pour apprendre la peinture, puis s’institue très vite lui-même professeur en créant, avec d’autres artistes munichois, l’association Phalanx. Par ce biais, il rencontre Gabriele Münter, une artiste germano-américaine, qui sera sa compagne jusqu’en 1914. Avec elle, il voyage à travers l’Europe et l’Afrique du nord et, en 1906, s’installe à Paris pour un an. A cette époque, ses œuvres sont de petites peintures, souvent des paysages dans un style impressionniste, comme des notes de voyages, qui le font passer pour un dilettante auprès du milieu parisien.

Ce n’est qu’en 1908, de retour en Allemagne, où il vit avec Gabriele Münter à Murnau, que commence sa véritable carrière d’artiste. Si ses thèmes de prédilection - les paysages, la culture populaire - restent les mêmes, il les traite de manière de plus en plus abstraite grâce à l’autonomie croissante des couleurs. En 1914, alors que la guerre éclate, il quitte Munich pour se réfugier en Suisse, puis part pour Moscou où il restera jusqu’en 1921. Là, il commence la rédaction d’un texte, conçu comme le pendant de Du Spirituel dans l’Art, « Du Matérialisme dans l’Art », qui ne sera publié qu’en 1926 : Point et ligne sur plan. Durant cette période, il peint peu, privilégiant, pour des questions matérielles, le dessin et les œuvres sur papier. Puis, tandis que se met en place le nouveau régime, il se consacre à la création des nouvelles structures artistiques du pays, telles que l’IZO, l’organisme d’Etat gérant les arts plastiques.

Toutefois, sa situation, tant artistique que financière et politique, est devenue précaire. En 1921, profitant d’une mission officielle, il s’installe en Allemagne avec son épouse Nina. Walter Gropius, directeur du Bauhaus, lui propose un poste d’enseignant : il l’occupera jusqu’à la fermeture de l’école en 1933 et son départ pour la France. A cette date, déchu de la nationalité allemande obtenue en 1927, Kandinsky s’installe à Paris, apatride. Ce n’est qu’en 1939 qu’il deviendra citoyen français, in extremis avant le début de la Deuxième Guerre mondiale. Jusqu’en 1944, les Kandinsky mènent une vie retirée à Neuilly-sur-Seine, l’artiste poursuivant ses dernières recherches.


Le Musée national d’art moderne du Centre Pompidou fait partie avec le Lenbachhaus Museum de Munich et le R. Solomon Guggenheim Museum de New York des trois institutions dans le monde qui détiennent la majeure partie des œuvres de Kandinsky, à l’exception des pièces laissées en Russie lors de son départ en 1921.

Le Musée national d’art moderne n’a acheté du vivant de l’artiste que deux œuvres, en 1937 et 1939. Mais, en 1976, il bénéficiait d’un don de quinze peintures et quinze aquarelles de Nina Kandinsky, puis, en 1980, du legs : le fonds d’atelier de l’artiste à Neuilly, qui fait aujourd’hui la spécificité de la collection. Celle-ci s’est enrichie notamment de la correspondance de Kandinsky avec des personnalités telles que Christian Zervos, directeur des Cahiers d’Art, Alexandre Kojève, philosophe et neveu de Kandinsky, ou le magistrat Pierre Bruguière qui a fait aboutir son dossier de naturalisation en 1939. Mais l’originalité du fonds réside surtout dans l’ensemble d’œuvres sur papier de la période moscovite. Plus récemment, en 1994, le fonds Kandinsky du Centre Pompidou a bénéficié de la dation du galeriste Karl Flinker et des acquisitions effectuées grâce à la Société Kandinsky. Au total, le fonds contient plus d’une centaine de peintures, autant de gouaches, plus de 500 dessins, des carnets, des gravures et des manuscrits.

Le Lenbachhaus Museum de Munich, grâce aux pièces léguées par Gabriele Münter en 1956, possède quant à lui environ 123 peintures, 333 dessins et 27 carnets de croquis, tandis que le Guggenheim de New York détient plus de 200 œuvres, dont 150 acquises à partir de 1930 sur les conseils de l’artiste Hilla Rebay qui secondait Solomon R. Guggenheim dans ses achats.

En 2008-2009, une grande exposition « Kandinsky » circulera dans ces trois institutions, profitant des dernières découvertes, notamment celles qui concernent l’attachement de Kandinsky à son pays, la Russie, et à sa ville natale, Moscou.

Tous les jours sauf le mardi, de 9h45 à 17h45
8 avril – 10 août 2009
Galerie 1, niveau 6, 2140 m²
Centre Pompidou - Paris

Pour plus d’information :



Ce qui, en français, a l'air de sonner, bien traduit en russe peut être très vilain. Alexandre Soumarokov

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