L’Europe slave forme un bloc continu qui s’etire des rivages de la mer Blanche aux plages de l’Adriatique, et de la frontiere allemande aux confins de l’Oural. Treize nations independantes, environ 265 millions d’habitants sur le continent europeen, et bien plus si l’on compte les diasporas hors d’Europe. Pourtant, dans la geographie mentale de la plupart des Francais, ces pays restent flous, melanges, parfois confondus avec leurs voisins non slaves comme la Hongrie ou la Roumanie.
Cet article propose une carte commentee, pays par pays, des trois grandes familles slaves — Est, Ouest, Sud — avec les donnees demographiques actualisees en 2026, les capitales, les langues, les alphabets et un fil culturel qui relie l’ensemble. L’objectif n’est pas l’exhaustivite encyclopedique, mais une comprehension geographique solide, utile a quiconque s’interesse a la culture, a l’histoire de l’art ou aux voyages dans cette partie du continent.
La methode est simple : partir de la geographie physique, croiser avec la linguistique, puis ajouter les couches historiques et culturelles qui font la singularite de chaque nation. Les chiffres cites proviennent des estimations Eurostat et ONU disponibles fin 2025, ajustees pour refleter la situation 2026. Les ordres de grandeur priment sur la precision absolue, particulierement pour l’Ukraine ou les mouvements de population recents rendent toute statistique provisoire.
Pourquoi parler de “pays slaves” en 2026 ?
La categorie “pays slaves” est avant tout linguistique. Elle regroupe les nations dont la langue officielle ou majoritaire appartient a la famille slave des langues indo-europeennes. Cette parente remonte au proto-slave commun, parle approximativement entre le Ve et le VIIIe siecle de notre ere, dans une zone situee entre les Carpates et le Dniepr. A partir du VIe siecle, les migrations slaves ont essaime dans trois directions principales, donnant naissance aux trois branches que nous connaissons aujourd’hui.
En 2026, la geographie slave reste structurante pour comprendre l’Europe. La guerre en Ukraine, declenchee en 2022, a brutalement remis cette geographie au centre de l’actualite : un conflit entre deux peuples slaves de l’Est, avec des consequences directes sur la Pologne, la Slovaquie, les pays baltes et les Balkans. Les migrations qui en ont resulte — plusieurs millions d’Ukrainiens disperses en Pologne, Tchequie, Allemagne et au-dela — redessinent la demographie slave dans des proportions inedites depuis 1945.
Sur le plan culturel, parler de pays slaves reste pertinent malgre les divergences politiques. Les peintres russes celebres du XIXe siecle dialoguent avec les paysagistes polonais et tcheques de la meme epoque. Les compositeurs partagent des sources folkloriques communes. Les architectures vernaculaires — isba russe, chata polonaise, brvnara serbe — derivent de techniques de charpente comparables. Pour qui s’interesse a l’histoire et a la culture de ces peuples, la cle d’entree geographique reste la plus claire.
Les trois familles slaves : Est, Ouest, Sud
La division tripartite des Slaves est attestee depuis le Moyen Age. Elle correspond a la fois a une realite linguistique mesurable — les trois sous-familles ont diverge entre le IXe et le XIIe siecle — et a une realite religieuse et culturelle qui s’est cristallisee avec la christianisation.
Les Slaves de l’Est regroupent trois nations : Russie, Ukraine, Bielorussie. Leurs langues sont mutuellement comprehensibles a l’ecrit dans une certaine mesure, beaucoup moins a l’oral. L’alphabet cyrillique est universel chez eux, l’orthodoxie est la religion historique majoritaire, et l’heritage de la Rus de Kiev (IXe-XIIIe siecle) constitue un mythe fondateur partage — meme si chaque nation l’interprete differemment.
Les Slaves de l’Ouest comptent trois nations egalement : Pologne, Tchequie, Slovaquie. Leurs langues s’ecrivent en alphabet latin enrichi de signes diacritiques (l’accent aigu polonais, le hacek tcheque). Le catholicisme romain a ete la religion majoritaire historique, meme si la Tchequie est aujourd’hui tres secularisee. Geographiquement, ces pays forment l’Europe centrale au sens strict, charniere entre l’Allemagne germanique et les peuples slaves orientaux.
Les Slaves du Sud sont les plus nombreux par le nombre d’Etats : sept pays si l’on inclut tous les Etats issus de l’ex-Yougoslavie plus la Bulgarie. La Slovenie, la Croatie, la Serbie, la Bosnie-Herzegovine, le Montenegro, la Macedoine du Nord et la Bulgarie composent ce groupe. L’alphabet est partage entre cyrillique (Serbie, Macedoine, Bulgarie) et latin (Slovenie, Croatie), avec un statut double en Bosnie et au Montenegro. Religieusement, c’est la zone la plus diverse : orthodoxie en Serbie, Macedoine, Bulgarie et Montenegro, catholicisme en Slovenie et Croatie, islam majoritaire chez les Bosniaques.
Cette tripartition n’a rien d’artificiel : elle correspond a des choix religieux, alphabetiques et politiques pris entre le IXe et le XIVe siecle, choix qui structurent encore aujourd’hui les frontieres mentales du continent.
Carte commentee : la geographie des 13 nations
Si l’on dessine grossierement la zone slave d’Europe en 2026, on obtient une masse compacte qui couvre environ un tiers du continent en surface. Au nord, la frontiere russo-finlandaise et les rives de la Baltique. A l’ouest, la ligne Oder-Neisse separe la Pologne de l’Allemagne, puis la frontiere tchequo-bavaroise et l’Adriatique. Au sud, la mer Egee et la frontiere greco-bulgare. A l’est, l’Oural fait office de limite conventionnelle entre l’Europe russe et l’Asie russe.

Cette continuite geographique est interrompue par quelques enclaves non slaves importantes. La Hongrie, peuple finno-ougrien, forme un coin magyare au cœur de l’Europe centrale, separant les Slaves de l’Ouest des Slaves du Sud. La Roumanie, peuple latin, occupe une position analogue plus a l’est, entre l’Ukraine et la Bulgarie. Les pays baltes — Lituanie, Lettonie, Estonie — bordent le nord de l’espace slave sans en faire partie linguistiquement.
A l’interieur meme des pays slaves, la diversite ethnique est reelle. La Russie compte plus de 190 nationalites recensees, dont des Tatars, Bachkirs, Tchouvaches et Caucasiens du Nord qui ne sont pas slaves. La Bosnie-Herzegovine est officiellement composee de trois peuples constitutifs (Bosniaques musulmans, Serbes orthodoxes, Croates catholiques), tous slaves mais aux destins divergents. La Macedoine du Nord abrite une importante minorite albanaise, environ 25% de la population, qui n’est pas slave.
Comprendre la carte slave, c’est donc accepter une double lecture : un bloc continu sur le plan macro-geographique, mais une mosaique fine quand on zoome sur chaque pays.
Slaves de l’Est : Russie, Ukraine, Bielorussie
La Russie est de loin le plus grand pays slave, et plus generalement le plus grand pays du monde par la superficie. Avec environ 143 millions d’habitants en 2026 (estimations Rosstat ajustees), elle concentre a elle seule plus de la moitie de la population slave europeenne. Sa capitale, Moscou, compte environ 13 millions d’habitants intramuros, plus de 21 millions avec son agglomeration. Saint-Petersbourg, ancienne capitale imperiale fondee par Pierre le Grand en 1703, en compte environ 5,4 millions et reste la fenetre culturelle du pays sur l’Europe occidentale.
L’Ukraine, deuxieme nation slave de l’Est, traverse en 2026 une situation demographique exceptionnelle. Avant 2022, sa population etait estimee autour de 41 millions. Apres trois annees de guerre, de mobilisation et d’exil, les estimations serieuses pour le territoire controle par Kiev oscillent autour de 33 millions, avec une marge d’incertitude considerable. Sa capitale Kiev (Kyiv en transcription officielle ukrainienne adoptee par la France en 2022) reste habitee, autour de 3 millions d’habitants. Lviv, a l’ouest, joue un role accru de capitale culturelle et logistique. Pour decouvrir les villes ukrainiennes et leur patrimoine architectural, malgre le contexte difficile, plusieurs initiatives editoriales continuent de documenter ce patrimoine.
La Bielorussie ferme le triptyque oriental avec environ 9 millions d’habitants. Sa capitale Minsk concentre pres de 2 millions de personnes, soit un cinquieme de la population nationale. Pays enclave entre la Pologne, la Russie, l’Ukraine et les pays baltes, la Bielorussie est restee politiquement alignee sur Moscou depuis l’arrivee au pouvoir d’Alexandre Loukachenko en 1994. Sa langue, le bielorusse, est etroitement apparentee au russe et a l’ukrainien, mais l’usage du russe domine largement dans les villes.
Les langues slaves orientales
Le russe, l’ukrainien et le bielorusse constituent un continuum dialectal qui s’est cristallise en trois langues standardisees aux XVIIIe et XIXe siecles. Le russe est la langue maternelle d’environ 150 millions de locuteurs et la langue seconde de millions d’autres en ex-URSS. L’ukrainien compte autour de 40 millions de locuteurs, le bielorusse environ 5 millions actifs (le bilinguisme russe-bielorusse etant la regle). Pour comprendre les origines de la langue russe, il faut remonter au vieux-slave d’eglise, langue liturgique adoptee a la fin du Xe siecle au moment de la christianisation de la Rus de Kiev par le prince Vladimir.
Slaves de l’Ouest : Pologne, Tchequie, Slovaquie
La Pologne est le poids lourd des Slaves de l’Ouest, avec environ 38 millions d’habitants en 2026. Sa capitale Varsovie (Warszawa) compte 1,8 million d’habitants intramuros, et l’agglomeration depasse les 3 millions. Cracovie (Krakow), ancienne capitale royale, reste le foyer culturel et touristique majeur du pays avec ses 800 000 habitants. La Pologne a connu un bond economique spectaculaire depuis son entree dans l’Union europeenne en 2004, et constitue aujourd’hui la sixieme economie de l’UE.
La Tchequie, anciennement appellee Republique tcheque (le nom court “Czechia” / “Tchequie” a ete officialise en 2016), compte environ 10,7 millions d’habitants. Prague, sa capitale, abrite 1,3 million de personnes et reste l’une des destinations urbaines les plus visitees d’Europe. La Tchequie occupe une position geographique singuliere : enclavee entre l’Allemagne, l’Autriche, la Slovaquie et la Pologne, elle est traversee par les bassins de l’Elbe (vers la mer du Nord), de l’Oder (vers la Baltique) et du Danube (vers la mer Noire), ce qui en fait un carrefour hydrographique unique.
La Slovaquie complete le trio occidental avec environ 5,4 millions d’habitants. Sa capitale Bratislava, situee a la frontiere autrichienne et hongroise, ne compte que 475 000 habitants — c’est l’une des plus petites capitales d’un pays slave par la population, mais une position geographique remarquable, a moins de 60 kilometres de Vienne. La separation a l’amiable de la Tchecoslovaquie en 1993 (le “divorce de velours”) a donne naissance a deux Etats voisins qui maintiennent depuis des relations etroites, leurs langues etant largement intercomprehensibles.
Heritages culturels occidentaux
Les Slaves de l’Ouest se distinguent par un heritage architectural et artistique fortement marque par les traditions occidentales : gothique flamboyant a Cracovie et Prague, baroque jesuite massif au XVIIe siecle, art nouveau spectaculaire au tournant du XXe siecle (Mucha en Tchequie, Wyspianski en Pologne). Cette osmose avec l’art germanique et italien donne une identite visuelle distincte de celle des Slaves de l’Est, ou les sources byzantines dominent. La connaissance de la peinture de cette zone passe par des figures comme Jan Matejko, Alfons Mucha ou Frantisek Kupka, dont les œuvres dialoguent avec celles des grands peintres russes du XIXe siecle tout en gardant une saveur centre-europeenne propre.
Slaves du Sud : des Balkans aux Carpates
Les Slaves du Sud forment le groupe le plus fragmente politiquement. Sept Etats independants se partagent l’ancien espace yougoslave et les marges balkaniques. La Slovenie ouvre la sequence au nord-ouest, avec environ 2,1 millions d’habitants et une capitale, Ljubljana, de 295 000 personnes. Independante depuis 1991, membre de l’Union europeenne et de la zone euro, la Slovenie est le plus prospere des pays sud-slaves.

La Croatie suit, avec environ 3,8 millions d’habitants et Zagreb pour capitale (790 000 habitants). Membre de l’UE depuis 2013 et de la zone euro depuis 2023, elle vit largement du tourisme estival sur sa cote adriatique. La Serbie compte environ 6,6 millions d’habitants ; sa capitale Belgrade, avec 1,4 million de personnes, est la plus grande ville d’ex-Yougoslavie. La Bosnie-Herzegovine plafonne a 3,2 millions d’habitants, organises en deux entites politiques (la Federation croato-bosniaque et la Republika Srpska serbe), avec Sarajevo pour capitale officielle (275 000 habitants).
Le Montenegro est le plus petit pays slave par la population : 600 000 habitants seulement, capitale Podgorica (185 000 habitants). Independant de la Serbie depuis 2006, il a adopte l’euro unilateralement et candidat a l’UE. La Macedoine du Nord (renommee ainsi en 2019 apres un accord avec la Grece) compte environ 1,8 million d’habitants, capitale Skopje (540 000 habitants). La Bulgarie ferme la sequence au sud-est avec 6,4 millions d’habitants, capitale Sofia (1,2 million d’habitants), membre de l’UE depuis 2007.
Une mosaique religieuse unique
C’est dans les Balkans que la diversite religieuse atteint son maximum. La Slovenie et la Croatie sont catholiques, la Serbie, le Montenegro, la Macedoine du Nord et la Bulgarie sont orthodoxes (chacune avec son Eglise autocephale propre), la Bosnie est divisee entre les trois confessions abrahamiques, avec une majorite musulmane sunnite parmi les Bosniaques (environ 50% du pays), des Serbes orthodoxes (30%) et des Croates catholiques (15%). Cette diversite est l’heritage de cinq siecles d’occupation ottomane (XIVe-XIXe siecle) qui a islamise une partie de la population.
Combien d’habitants en 2026 ? Donnees demographiques actualisees
Le total des populations slaves d’Europe en 2026 se situe autour de 265 millions d’habitants, en baisse legere par rapport aux 280 millions estimes en 2010. Cette decroissance s’explique par trois facteurs convergents : un faible taux de natalite generalise (entre 1,2 et 1,6 enfant par femme dans la plupart des pays slaves, sous le seuil de renouvellement), une emigration economique massive vers l’Europe occidentale (particulierement depuis la Pologne, la Roumanie voisine et les Balkans dans les annees 2000-2020), et la guerre en Ukraine qui a redistribue plusieurs millions de personnes depuis 2022.
La hierarchie des populations slaves en 2026 se presente ainsi (chiffres arrondis) : Russie 143 millions, Pologne 38 millions, Ukraine 33 millions (territoire sous controle de Kiev), Tchequie 10,7 millions, Bielorussie 9 millions, Serbie 6,6 millions, Bulgarie 6,4 millions, Slovaquie 5,4 millions, Croatie 3,8 millions, Bosnie 3,2 millions, Slovenie 2,1 millions, Macedoine du Nord 1,8 million, Montenegro 0,6 million.
Si l’on ajoute les diasporas significatives — Russes de l’etranger proche (Kazakhstan, Etats baltes, Allemagne, Israel), Polonais des Etats-Unis, du Royaume-Uni et d’Allemagne, Ukrainiens recents en Pologne, Allemagne, Tchequie et Canada, Serbes de Suisse et d’Autriche — le nombre total de locuteurs natifs d’une langue slave dans le monde depasse 350 millions de personnes. Les villes ou cette diaspora est la plus visible incluent Chicago (parfois surnommee la deuxieme ville polonaise au monde), Toronto, Berlin, Vienne et Tel-Aviv.
Langues, alphabets et religions : un patchwork unifie
La famille des langues slaves comprend environ 14 langues vivantes officiellement reconnues, plus quelques langues regionales (kachoube en Pologne, sorabe en Allemagne, rusyn dans les Carpates). Toutes derivent du proto-slave parle entre le Ve et le VIIIe siecle, et toutes restent suffisamment proches pour qu’un locuteur cultive comprenne quelques mots dans n’importe quelle autre langue slave — l’apprentissage d’une seconde langue slave est nettement plus rapide qu’a partir d’une langue romane ou germanique.
Sur le plan alphabetique, la fracture cyrillique-latin recouvre presque exactement la fracture orthodoxe-catholique. L’alphabet cyrillique, adapte du grec au IXe siecle pour la liturgie slavonne par les disciples de Cyrille et Methode, est utilise en Russie, Ukraine, Bielorussie, Serbie, Macedoine du Nord et Bulgarie. L’alphabet latin couvre la Pologne, la Tchequie, la Slovaquie, la Slovenie et la Croatie. La Bosnie et le Montenegro utilisent les deux, avec une preference variable selon les communautes.
Religieusement, la geographie slave illustre parfaitement la fracture du grand schisme de 1054 entre Rome et Constantinople. Les peuples slaves convertis depuis Constantinople (Bulgares au IXe siecle, Russes a la fin du Xe, Serbes au XIIe) sont restes orthodoxes. Les peuples slaves convertis depuis Rome (Polonais en 966, Tcheques au IXe siecle, Croates au IXe egalement) sont devenus catholiques. La diffusion de la culture russe en France et plus largement de la culture slave reste fortement marquee par cette double tradition liturgique, visible dans la peinture sacree, la musique d’eglise et les calendriers liturgiques distincts (Noel le 7 janvier dans les Eglises orthodoxes traditionnelles).
L’art slave aujourd’hui : un fil conducteur pour le voyageur
Au-dela des frontieres etatiques, l’espace slave a produit un patrimoine artistique d’une densite remarquable, encore largement sous-estime en Europe occidentale. La peinture, la musique, la litterature et l’architecture forment quatre fils continus qui relient les nations entre elles malgre les vicissitudes politiques.
En peinture, le XIXe siecle a vu emerger des ecoles nationales puissantes : les Ambulants russes (Repine, Sourikov, Levitan), les paysagistes ukrainiens, les peintres d’histoire polonais (Matejko), les realistes tcheques. Le XXe siecle a apporte des avant-gardes radicales — suprematisme malevitchien, constructivisme russo-ukrainien, ecole de Cracovie — qui ont influence l’art mondial. Pour qui veut s’orienter dans cette histoire, une initiation aux peintres russes celebres constitue un point d’entree solide, a completer ensuite par les ecoles polonaises et tcheques.
En musique, la tradition slave a donne au repertoire mondial certains de ses sommets : Tchaikovsky, Moussorgski, Rachmaninov pour la Russie ; Chopin pour la Pologne ; Smetana et Dvorak pour la Tchequie ; Janacek pour la Moravie ; Bartok (hongrois mais formes a la musique slovaque) ; Stravinsky a cheval sur la Russie et l’Occident. Une introduction aux grands compositeurs russes ouvre naturellement sur les autres ecoles slaves, qui ont toutes dialogue avec la tradition petersbourgeoise et moscovite.
En litterature, l’apport slave depuis 1850 a redefini le roman europeen. Tolstoi, Dostoievski, Tchekhov, Gogol, Pouchkine pour la Russie ; Mickiewicz, Sienkiewicz, Schulz pour la Pologne ; Hasek, Kundera pour la Tchequie ; Andric pour la Yougoslavie. Une exploration des grands auteurs de la litterature russe reste le point de depart le plus naturel pour qui veut comprendre la sensibilite litteraire slave dans son ensemble.
Pour le voyageur, la geographie slave offre une variete de paysages qui va de la taiga siberienne aux plages dalmates, en passant par les marais du Pripet, les plateaux de Boheme et les Tatras polonaises. Les destinations de la Russie europeenne (Moscou, Saint-Petersbourg, l’Anneau d’or) representent l’entree classique, mais les Carpates ukrainiennes, la cote dalmate, la Boheme du sud ou la Macedoine du Nord meritent une attention egale pour qui sort des sentiers battus.
Conclusion : penser l’Europe en geographie slave
La carte des 13 pays slaves n’est pas une curiosite academique. Elle structure une part essentielle de l’Europe contemporaine : un tiers de la population du continent, deux tiers de sa surface terrestre, une diversite linguistique et religieuse unique a cette echelle. Comprendre cette carte, c’est se donner les moyens de lire les actualites politiques (guerre en Ukraine, tensions aux Balkans, Pologne motrice de l’UE), les heritages culturels (musique de concert, litterature classique, peinture sacree), et les realites contemporaines (migrations, economie, tourisme).
Trois grilles de lecture conjointes permettent d’organiser cette geographie : la grille linguistique tripartite (Est, Ouest, Sud), la grille religieuse binaire (orthodoxe ou catholique, avec exceptions musulmanes en Bosnie), la grille alphabetique (cyrillique ou latin, avec zones doubles). Aucune des trois ne suffit seule, mais leur croisement donne une carte mentale operationnelle.
Les grandes capitales slaves d’Europe orientale constituent le maillage urbain de cet ensemble : 13 villes-capitales, des metropoles de plus de 13 millions d’habitants (Moscou) aux capitales miniatures (Podgorica, 185 000), chacune racontant une histoire nationale particuliere. Pour celui ou celle qui souhaite approfondir, un entretien avec un slaviste ou la lecture des classiques litteraires constitue le pas suivant naturel apres avoir maitrise la geographie de base.
L’Europe slave n’est pas un bloc uniforme, ni une periferie de l’Europe occidentale, ni une zone tampon vers l’Asie. C’est un sous-continent culturel a part entiere, avec ses propres centres de gravite, ses propres traditions intellectuelles, ses propres rythmes historiques. La connaitre, c’est doubler sa propre comprehension de l’Europe.
Questions frequentes
Combien y a-t-il de pays slaves en Europe ?
Il y a 13 pays slaves independants en Europe en 2026 : trois pour les Slaves de l’Est (Russie, Ukraine, Bielorussie), trois pour les Slaves de l’Ouest (Pologne, Tchequie, Slovaquie) et sept pour les Slaves du Sud (Slovenie, Croatie, Serbie, Bosnie-Herzegovine, Montenegro, Macedoine du Nord, Bulgarie). Au total, environ 265 millions de personnes vivent dans l’espace slave europeen, et plus de 350 millions dans le monde si l’on compte les diasporas.
Quelle est la difference entre Slaves de l’Est, de l’Ouest et du Sud ?
La distinction est avant tout linguistique : les trois sous-familles slaves ont diverge entre le IXe et le XIIe siecle. Les Slaves de l’Est (russe, ukrainien, bielorusse) utilisent l’alphabet cyrillique et sont historiquement orthodoxes. Les Slaves de l’Ouest (polonais, tcheque, slovaque) utilisent l’alphabet latin et sont historiquement catholiques. Les Slaves du Sud sont divises entre alphabet latin (Slovenie, Croatie) et cyrillique (Serbie, Macedoine, Bulgarie), avec une diversite religieuse maximale qui inclut l’orthodoxie, le catholicisme et l’islam (en Bosnie).
Quel est le plus grand pays slave par population ?
La Russie est de loin le plus grand pays slave, avec environ 143 millions d’habitants en 2026 selon les estimations de Rosstat ajustees. Elle concentre a elle seule plus de la moitie de la population slave europeenne. La Pologne arrive en deuxieme position avec 38 millions d’habitants, suivie de l’Ukraine avec environ 33 millions sur le territoire controle par Kiev (les chiffres ont beaucoup baisse depuis 2022 en raison de la guerre et des deplacements de population).
Tous les pays slaves utilisent-ils l’alphabet cyrillique ?
Non. L’alphabet cyrillique est utilise par six pays slaves : Russie, Ukraine, Bielorussie, Serbie, Macedoine du Nord et Bulgarie. L’alphabet latin est utilise par cinq pays : Pologne, Tchequie, Slovaquie, Slovenie et Croatie. La Bosnie-Herzegovine et le Montenegro utilisent officiellement les deux alphabets, avec une preference variable selon les communautes ethniques et religieuses.
Quels sont les pays slaves d’Europe centrale ?
Au sens geographique strict, l’Europe centrale slave regroupe la Pologne, la Tchequie, la Slovaquie et la Slovenie. Ces quatre pays sont membres de l’Union europeenne, et tous appartiennent a la zone euro a l’exception de la Pologne. Ils partagent une histoire commune marquee par l’appartenance a l’Empire austro-hongrois (sauf la Pologne, partagee entre trois empires au XIXe siecle), une orientation catholique majoritaire et une integration economique forte avec l’Allemagne.
La Hongrie est-elle un pays slave ?
Non, la Hongrie n’est pas un pays slave. Le hongrois (magyar) est une langue finno-ougrienne, apparentee au finnois et a l’estonien, mais sans aucun lien avec les langues slaves. Les Hongrois sont arrives dans le bassin des Carpates a la fin du IXe siecle et ont conserve leur identite linguistique distincte malgre des siecles de contact avec leurs voisins slaves. La Roumanie n’est pas non plus slave : les Roumains parlent une langue romane derivee du latin populaire.
Pourquoi les Balkans abritent-ils autant de pays slaves ?
La fragmentation politique des Balkans slaves resulte de plusieurs siecles d’histoire complexe : occupation ottomane prolongee (XIVe-XIXe siecle), constructions et deconstructions imperiales (Empire austro-hongrois, royaume de Yougoslavie, Yougoslavie titiste), guerres de dissolution dans les annees 1990. Sept pays slaves du Sud occupent aujourd’hui un espace qui formait, jusqu’en 1991, deux Etats seulement (Yougoslavie et Bulgarie). Cette fragmentation reflete les diversites religieuses, alphabetiques et historiques accumulees depuis le Moyen Age, exacerbees par les nationalismes du XXe siecle.