Treize capitales slaves veillent aujourd’hui sur l’Europe centrale et orientale. De Moscou la tentaculaire a Podgorica la discrete, ces villes-meres concentrent chacune l’histoire, la langue, l’imaginaire et les institutions d’un peuple slave. Elles forment, mises bout a bout, une famille urbaine d’une cohesion improbable : meme racine linguistique, traditions chretiennes (orthodoxes ou catholiques) profondement ancrees, architectures partagees du baroque au constructivisme, et un gout commun pour les grandes places publiques, les avenues monumentales et les boulevards arboree.
Ce panorama propose de parcourir ces treize capitales en quatre familles geographiques : les Slaves de l’Est (Moscou, Kiev, Minsk), les Slaves de l’Ouest (Varsovie, Prague, Bratislava), et deux groupes balkaniques pour les Slaves du Sud. La logique est exposee plus en detail dans notre pilier sur les peuples slaves, qui retrace les divisions linguistiques heritees du haut Moyen Age. Pour situer les capitales sur le territoire, la carte des 13 pays slaves accompagne utilement cette lecture.
L’objectif n’est pas l’encyclopedisme : il s’agit de restituer ce qui distingue chaque ville-mere, et ce qui rend leur ensemble si particulier dans le paysage europeen. On y croisera des forteresses, des avenues staliniennes, des reconstructions d’apres-guerre, des centres baroques classes a l’UNESCO, et des chantiers contemporains qui reinventent l’identite urbaine slave au XXIe siecle.
Pourquoi parler de “capitales slaves” plutot que de simples capitales europeennes ?
La famille slave est la plus vaste famille linguistique d’Europe : pres de 250 millions de locuteurs, treize Etats independants, trois alphabets en usage (cyrillique, latin, et meme un peu de glagolitique liturgique en Croatie). Parler de “capitales slaves” n’a donc rien d’arbitraire : ces villes partagent un substrat linguistique commun, une histoire d’echanges intenses (migrations, traductions, reformes religieuses, alliances dynastiques), et des institutions culturelles qui dialoguent depuis des siecles.
Sur le plan urbain, beaucoup de ces capitales ont ete planifiees au croisement de routes commerciales medievales (Kiev sur le Dniepr, Prague sur la Vltava, Belgrade au confluent du Danube et de la Save). Elles partagent aussi des etapes urbanistiques marquantes : centres baroques jesuitiques aux XVIIe-XVIIIe siecles, ferroviarisation au XIXe, Art nouveau (souvent appele Secession) avant 1914, modernisme et avant-gardes des annees 1920, planifications socialistes apres 1945, puis renaissance post-1989 ou post-1991.
Ce qui les distingue les unes des autres, ce sont les choix religieux et politiques : Moscou et Belgrade dans la sphere orthodoxe, Varsovie et Zagreb dans le monde catholique latin, Sarajevo a la croisee des trois monotheismes. Comme l’explique notre interview avec un slaviste, c’est cette combinaison d’unite linguistique et de diversite confessionnelle qui rend l’espace slave si singulier.
Les capitales des Slaves de l’Est : Moscou, Kiev, Minsk
Les Slaves orientaux forment le bloc le plus peuple de la famille. Russes, Ukrainiens et Bielorusses partagent un heritage commun qui remonte a la Rus’ de Kiev (IXe-XIIIe siecle) et a sa christianisation orthodoxe en 988. Leurs trois capitales actuelles racontent chacune un chapitre different de cette histoire fragmentee, marquee par les fractures du XXe siecle et les conflits ouverts du XXIe.
Moscou (Russie) — environ 12,6 millions d’habitants
Capitale de la Russie depuis le XVe siecle (sauf l’intermede petersbourgeois de 1712 a 1918), Moscou est aussi la plus grande ville d’Europe. Son centre historique s’organise autour du Kremlin, forteresse aux murs de brique rouge construite a la fin du XVe siecle par des architectes italiens, et de la place Rouge dominee par la cathedrale Saint-Basile aux coupoles polychromes (1561). Au XXe siecle, le constructivisme moscovite (Melnikov, Ginzburg) et le neoclassicisme stalinien (les “Sept Soeurs”, gratte-ciels staliniens) ont laisse une empreinte mondiale sur l’urbanisme. La galerie Tretiakov reste l’institution majeure pour decouvrir la peinture russe : on y suit l’epopee des peintres russes celebres d’Ivanov a Malevitch. Pour qui souhaite explorer plus largement le pays, voir aussi les destinations russes classiques au-dela de la capitale.
Kiev (Ukraine) — environ 3 millions d’habitants
Mere des villes russes selon la chronique medievale, Kiev (Kyiv en ukrainien) est anterieure de plusieurs siecles a Moscou. Fondee au IXe siecle sur les rives escarpees du Dniepr, elle abrite deux ensembles classes a l’UNESCO : la Laure des Grottes (monastere troglodyte fonde en 1051) et la cathedrale Sainte-Sophie (XIe siecle, mosaiques byzantines). Le centre Maidan Nezalezhnosti et l’avenue Khreshchatyk ont ete reconstruits apres 1945 dans un style stalinien tempere. Depuis 2022, Kiev est aussi le symbole de la resistance ukrainienne. Pour decouvrir les villes ukrainiennes au-dela de Kiev, l’offre touristique reste contrainte par le conflit mais des circuits virtuels et editoriaux maintiennent le lien.
Minsk (Bielorussie) — environ 2 millions d’habitants
Detruite a 80 % pendant la Seconde Guerre mondiale, Minsk a ete entierement reconstruite dans les annees 1950 selon les canons du neoclassicisme stalinien. L’avenue de l’Independance (anciennement avenue Lenine), longue de 15 kilometres, en est l’epine dorsale : facades a colonnades, larges trottoirs, arcs monumentaux. Le Theatre Bolchoi de Bielorussie et le Musee national d’art proposent un panorama de la culture biellorusse. Capitale meconnue, Minsk merite le detour pour qui veut comprendre l’urbanisme socialiste a l’echelle d’une ville entiere reinventee apres 1945.

Les capitales des Slaves de l’Ouest : Varsovie, Prague, Bratislava
Les Slaves de l’Ouest, catholiques pour leur grande majorite, ecrivent en alphabet latin et appartiennent depuis 2004 a l’Union europeenne. Leurs trois capitales offrent trois experiences urbaines tres differentes : Varsovie reconstruite apres l’aneantissement nazi, Prague intacte et baroque, Bratislava petite et danubienne.
Varsovie (Pologne) — environ 1,86 million d’habitants
La capitale polonaise est un cas unique en Europe : sa vieille ville (Stare Miasto), pratiquement rasee par la Wehrmacht en 1944, a ete entierement reconstruite a l’identique entre 1949 et 1980 a partir de gravures, de photographies et de tableaux du Canaletto polonais. Cette reconstitution, classee a l’UNESCO en 1980, est un manifeste politique et artistique. A cote, le Palais de la Culture et de la Science (cadeau stalinien de 1955) domine la skyline et cohabite desormais avec les gratte-ciels post-1989. Le Musee national et le Musee de l’histoire des Juifs polonais (POLIN) sont des etapes majeures.
Prague (Republique tcheque) — environ 1,38 million d’habitants
Prague concentre, sur les deux rives de la Vltava, l’un des centres baroques les mieux preserves d’Europe. Le pont Charles (XIVe siecle) relie la vieille ville (Stare Mesto) au quartier de Mala Strana et au chateau de Prague, plus grand complexe castral du monde selon le Guinness. La cathedrale Saint-Guy, l’horloge astronomique, le quartier juif de Josefov et la maison municipale (Art nouveau, 1912) composent un ensemble inscrit a l’UNESCO en 1992. La Galerie nationale repartit ses collections sur sept sites, dont le palais Sternberg pour l’art ancien et le palais des Foires pour l’art moderne. Prague est aussi la ville de Kafka, de Smetana et de Dvorak — un haut lieu de la culture europeenne (voir aussi notre selection des grands auteurs litterature russe, souvent compares a leurs contemporains tcheques).
Bratislava (Slovaquie) — environ 475 000 habitants
La plus a l’ouest des capitales slaves, et la moins peuplee parmi celles d’Europe centrale. Bratislava se dresse au pied d’un chateau medieval reconstruit dans les annees 1950 sur les hauteurs du Danube. La vieille ville, baroque et compacte, a longtemps ete eclipsee par sa voisine Vienne (a 60 km a peine). Depuis 2004, Bratislava connait un essor urbain spectaculaire : nouveaux ponts, gratte-ciels du quartier financier, reactivation du front de Danube. Le Musee national slovaque et la Galerie nationale slovaque tiennent les institutions culturelles principales.
Les capitales slaves balkaniques (1) : Belgrade, Zagreb, Ljubljana
Les Slaves du Sud forment la famille la plus heterogene : trois religions principales (orthodoxe, catholique, musulmane), deux alphabets, et une histoire balkanique faite de cohabitations, de tensions et de guerres recentes (1991-2001). Belgrade, Zagreb et Ljubljana sont les capitales des trois Republiques yougoslaves les plus septentrionales.
Belgrade (Serbie) — environ 1,4 million d’habitants
Au confluent du Danube et de la Save, Belgrade (“la ville blanche”) porte les cicatrices de plus de quarante destructions et reconstructions. La forteresse de Kalemegdan, ouverte sur le parc du meme nom, domine les deux fleuves et offre l’un des plus beaux panoramas balkaniques. Le quartier bohemien de Skadarlija, l’eglise Saint-Sava (l’une des plus vastes eglises orthodoxes au monde) et le Musee national renove en 2018 forment le triangle culturel principal. Belgrade est aussi connue pour sa vie nocturne sur les “splavovi”, ces clubs flottants amarres aux deux rives.
Zagreb (Croatie) — environ 770 000 habitants
Zagreb est nee de la fusion historique de deux cites medievales : Gradec (la ville haute laique) et Kaptol (la ville haute ecclesiastique). La ville basse, planifiee au XIXe siecle, deroule le “Fer a cheval de Lenuci” — succession de places et de jardins qui forment un U autour de la gare. La cathedrale neogothique, le marche Dolac et le Musee Mimara concentrent les visites principales. Le tremblement de terre de mars 2020 a marque la ville (cathedrale partiellement endommagee, restauration en cours).
Ljubljana (Slovenie) — environ 285 000 habitants
La plus petite et la plus verdoyante des capitales slaves de cette liste. Ljubljana doit beaucoup a un seul homme : l’architecte Joze Plecnik (1872-1957), qui dessina ponts, marches couverts, bibliotheques et cimetiere dans un style moderniste personnel inspire de l’antiquite mediterraneenne. La vieille ville, dominee par le chateau, et le Triple Pont (Tromostovje) sont des classiques. Le Musee national et la Galerie nationale tiennent les collections principales. Ljubljana est aussi connue pour sa qualite de vie urbaine : centre pietonnier exemplaire, mobilite douce, espaces verts.

Les capitales slaves balkaniques (2) : Sarajevo, Podgorica, Skopje, Sofia
La seconde moitie des capitales balkaniques regroupe quatre villes tres differentes les unes des autres, mais qui partagent un trait : elles ont toutes ete profondement marquees par les heritages ottomans, et plusieurs ont connu des destructions massives au XXe siecle.
Sarajevo (Bosnie-Herzegovine) — environ 275 000 habitants
Sarajevo est sans doute la capitale slave la plus emblematique du metissage : a quelques rues de distance, on traverse le quartier ottoman de Bascarsija (mosquees, caravanserails, bazar), le centre austro-hongrois (cathedrale catholique, Musee national, immeubles Secession), et le centre socialiste d’apres 1945. La ville a survecu a un siege de 1 425 jours (1992-1996), le plus long de la guerre moderne. Aujourd’hui, le tunnel de l’espoir, la bibliotheque Vijecnica restauree et le Musee historique racontent ce passe. Le festival de cinema de Sarajevo est l’un des plus reputes des Balkans.
Podgorica (Montenegro) — environ 150 000 habitants
La plus petite capitale slave en population, et l’une des plus jeunes : Podgorica est la capitale du Montenegro depuis 1946 (avant cela, Cetinje, la capitale historique, a tenu ce role). Detruite par les bombardements allies en 1944, la ville a ete reconstruite a partir d’un plan socialiste et porte le nom de “Titograd” jusqu’en 1992. La cathedrale orthodoxe de la Resurrection (consacree en 2013) est le principal monument recent. Le Musee de la ville et la galerie d’art contemporaine “centar suvremene umjetnosti” tiennent les institutions culturelles, modestes a l’echelle balkanique.
Skopje (Macedoine du Nord) — environ 545 000 habitants
Detruite a 80 % par le tremblement de terre de 1963, Skopje a ete reconstruite avec l’aide internationale (notamment d’apres un plan de Kenzo Tange). Depuis 2010, le projet “Skopje 2014” a couvert le centre-ville d’une centaine de monuments neoclassiques en marbre et bronze (statues d’Alexandre le Grand, fontaines, ponts, ministeres a colonnades), un programme controverse mais spectaculaire. Le pont de pierre, la forteresse Kale, le bazar ottoman et le Memorial Maison Mere Teresa (nee a Skopje en 1910) restent les visites historiques.
Sofia (Bulgarie) — environ 1,2 million d’habitants
La plus meridionale des capitales slaves. Sofia est dominee par la cathedrale Alexandre Nevski (1882-1912), edifice neo-byzantin aux 12 coupoles dorees, dedie aux soldats russes, ukrainiens, finlandais, bulgares et roumains tombes lors de la guerre de 1877-1878. Le centre superpose les couches archeologiques (vestiges romains de Serdica, basilique Sainte-Sophie du VIe siecle, mosquee ottomane, eglise russe Saint-Nicolas) et le centre socialiste tres bien preserve (le “Largo”, ensemble monumental des annees 1950). Le Musee national d’histoire et la Galerie nationale Quadrat 500 tiennent les collections majeures.
Architectures emblematiques : du baroque praguois au constructivisme moscovite
Les treize capitales slaves offrent un eventail architectural remarquablement complet. On peut tracer cinq grandes lignes esthetiques qui les traversent :
- Le baroque jesuitique (XVIIe-XVIIIe siecles) : Prague est la capitale absolue de cette esthetique en terre slave, mais Bratislava, Zagreb et Ljubljana en portent egalement de tres beaux exemples (cathedrales, palais episcopaux, eglises a coupoles).
- Le neoclassicisme imperial (fin XVIIIe-XIXe siecle) : Saint-Petersbourg en a donne le ton ; Sofia, Belgrade et Bucarest l’ont decline a leur echelle dans la seconde moitie du XIXe siecle apres l’independance vis-a-vis de l’Empire ottoman.
- L’Art nouveau / Secession (1890-1914) : Prague, Ljubljana, Zagreb et Sarajevo offrent les plus beaux ensembles. La maison municipale de Prague (1912) est sans doute le chef-d’oeuvre absolu.
- L’avant-garde des annees 1920 : le constructivisme moscovite (Melnikov, Ginzburg, freres Vesnine) reste mondialement celebre, mais Varsovie et Belgrade ont egalement vu naitre des courants moderniste vigoureux.
- Le neoclassicisme socialiste (1945-1955) : Moscou et ses “Sept Soeurs”, Varsovie et son Palais de la Culture, Sofia et son “Largo”, Minsk et son avenue de l’Independance, Belgrade et son Novi Beograd. C’est probablement le style architectural qui unifie le plus visuellement les capitales slaves.
A cela s’ajoutent les architectures contemporaines de l’apres-1989 (musees, ponts, gares, gratte-ciels) qui dialoguent avec ces strates anterieures, parfois de maniere convaincante (Ljubljana), parfois de maniere plus contestee (Skopje 2014).
Musees et institutions culturelles : ou voir l’art slave aujourd’hui
Si l’on cherche une carte des grandes institutions culturelles slaves, voici les rendez-vous incontournables, capitale par capitale :
- Moscou : galerie Tretiakov (peinture russe du XIe au XXe siecle), musee Pouchkine (collections occidentales), Garage (art contemporain). Voir aussi nos pages [/categories/peinture] et [/categories/expositions] pour le suivi des temps forts.
- Saint-Petersbourg (n’est pas capitale mais merite la mention pour qui visite la Russie) : Ermitage et Musee russe.
- Kiev : Musee national d’art ukrainien, Musee Khanenko, complexe museal de la Laure des Grottes.
- Varsovie : Musee national, Musee POLIN, Chateau royal reconstruit.
- Prague : Galerie nationale (sept sites), Musee de la litterature tcheque, Musee juif.
- Bratislava : Galerie nationale slovaque, Musee national slovaque.
- Ljubljana : Galerie nationale, Musee d’art moderne, Musee d’architecture et de design.
- Zagreb : Musee Mimara, Galerie Strossmayer, Musee d’art contemporain.
- Belgrade : Musee national, Musee d’art contemporain (renove en 2017), maison-musee Ivo Andric.
- Sarajevo : Musee national de Bosnie-Herzegovine, Musee historique, Galerie d’art contemporaine Charlama.
- Podgorica : Musee de la ville, Galerie nationale (a Cetinje, l’ancienne capitale).
- Skopje : Musee national, Musee d’art contemporain, Memorial Mere Teresa.
- Sofia : Musee national d’histoire, Galerie nationale Quadrat 500, Musee national d’archeologie.
Pour un panorama plus thematique de la culture slave, le centre culturel russe en France propose toute l’annee des expositions et conferences sur les arts slaves, souvent en complement des grandes manifestations parisiennes. La danse a aussi ses grandes figures : voir notre dossier sur les danseurs russes celebres pour comprendre comment l’ecole de ballet imperiale a essaime dans toute l’Europe slave.
Capitales et conflits : memoires recentes, perspectives 2026
Aucune visite des capitales slaves ne peut faire l’impasse sur les conflits du XXe et du XXIe siecles, qui ont profondement marque ces villes. La Seconde Guerre mondiale a vu Varsovie, Minsk, Belgrade et Kiev parmi les plus durement bombardees. Les guerres yougoslaves (1991-2001) ont deplace des dizaines de milliers de Sarajeviens, modifie les frontieres entre Croates, Serbes et Bosniaques, et laisse des memoires divergentes sur la nature meme du conflit.
Depuis 2014 et a fortiori depuis fevrier 2022, la guerre en Ukraine a remis le couple Moscou-Kiev au centre des relations europeennes. Les visites touristiques en Ukraine restent fortement contraintes en 2026 ; celles en Russie sont possibles mais soumises a un climat geopolitique tendu. Plusieurs musees occidentaux ont par ailleurs revu la presentation de leurs collections d’art russe et ukrainien pour distinguer plus nettement les origines (un tableau de Repine, par exemple, est aujourd’hui presente comme ukrainien et non plus simplement comme “russe imperial”).
Cette actualite ne doit pas eclipser le fait que les treize capitales slaves continuent de produire de la culture, d’accueillir des residences d’artistes, d’organiser des festivals et de restaurer leurs monuments. Sarajevo Film Festival, Prague Quadriennale (scenographie), Belgrade Music Festival (BEMUS), Varsovie Autumn (musique contemporaine) : autant d’evenements qui maintiennent une vie culturelle slave dynamique et reliee aux scenes europeennes.
Itineraire suggere : 4 capitales slaves a decouvrir en train
Pour qui dispose d’une dizaine de jours, l’itineraire suivant permet de relier en train quatre capitales slaves d’Europe centrale, en evitant l’avion :
- Vienne (point d’entree non-slave) -> Bratislava : 1 heure de train (60 km).
- Bratislava -> Prague : environ 4 heures (Eurocity).
- Prague -> Varsovie : environ 9 heures (train de jour) ou 11 heures (train de nuit).
- Varsovie -> Berlin : environ 6 heures (Berlin-Warszawa-Express) pour boucler.
Cet itineraire permet de voir le baroque praguois, la reconstruction varsovienne, le contraste entre Bratislava (petite, danubienne) et Prague (millionnaire, mondialisee). Pour aller plus au sud (Ljubljana, Zagreb, Belgrade, Sarajevo, Skopje, Sofia), les liaisons ferroviaires existent mais sont plus lentes et necessitent davantage de temps. Pour les capitales orientales (Moscou, Kiev, Minsk), les liaisons ferroviaires depuis l’Europe occidentale sont actuellement suspendues ou tres limitees.
Conclusion : treize capitales, une famille
Treize capitales slaves, treize histoires distinctes, et pourtant un sentiment commun de famille urbaine. De la grandeur tentaculaire de Moscou a la discretion de Podgorica, de la reconstruction integrale de Varsovie a la preservation baroque de Prague, ces villes-meres composent un panorama urbain unique en Europe. Elles partagent une langue (en treize variantes), une histoire de migrations et de re-fondations, et une certaine maniere d’occuper l’espace public — vastes places, avenues monumentales, eglises a coupoles ou a fleches, theatres au coeur de la cite.
Les visiter, c’est parcourir un millenaire d’histoire europeenne sous un angle peu mediatise dans le tourisme classique. C’est aussi prendre la mesure du fait que la culture slave n’est pas un bloc, mais une famille de cousins qui se ressemblent et se distinguent en meme temps. Chaque capitale, par son architecture, ses musees, ses institutions et ses memoires, raconte un chapitre different de cette histoire commune.
Le voyageur attentif, le lecteur curieux ou le simple amateur d’art y trouveront chacun matiere a decouverte. Et il restera toujours, apres avoir visite Moscou et Prague, ce sentiment d’avoir fait connaissance avec deux versions tres differentes — et pourtant complementaires — d’une meme idee europeenne.
Questions frequentes
Quelle est la capitale slave la plus peuplee ?
Moscou, capitale de la Russie, est de loin la plus peuplee avec environ 12,6 millions d’habitants intra-muros (plus de 17 millions pour l’aire metropolitaine). Elle est suivie par Kiev (environ 3 millions avant 2022), Minsk (environ 2 millions), Varsovie (environ 1,86 million), Belgrade (environ 1,4 million) et Prague (environ 1,38 million).
Y a-t-il des capitales slaves a l’ouest de Berlin ?
Non. Bratislava (Slovaquie) est la capitale slave la plus occidentale d’Europe : elle se trouve sur le meridien 17 est, soit nettement a l’est de Berlin (13 est) et a peine a 60 kilometres de Vienne. Toutes les autres capitales slaves se situent encore plus a l’est : Prague est a 14 est, Varsovie a 21 est, Belgrade a 20 est. Aucune capitale slave ne se situe en Europe occidentale au sens strict.
Pourquoi Belgrade et Sarajevo sont-elles si differentes alors qu’elles sont voisines ?
Parce qu’elles ont herite de traditions religieuses, imperiales et linguistiques distinctes. Belgrade est la capitale d’un peuple slave orthodoxe (les Serbes), longtemps sous influence ottomane puis emancipe au XIXe siecle. Sarajevo est la capitale d’une republique multiconfessionnelle (Bosniaques musulmans, Serbes orthodoxes, Croates catholiques) et a longtemps ete une ville austro-hongroise (1878-1918) apres avoir ete ottomane (1463-1878). Ces histoires expliquent leurs paysages urbains tres differents : minarets et bazars ottomans a Sarajevo, cathedrale orthodoxe et forteresse danubienne a Belgrade.
Quelle est la capitale slave la plus ancienne ?
Kiev est la plus ancienne au sens institutionnel : elle est mentionnee des le VIIIe-IXe siecle comme centre de la Rus’ de Kiev, premier Etat slave oriental. Sofia est elle aussi tres ancienne (la cite antique de Serdica, fondee par les Thraces, romanisee, byzantine, ottomane), mais elle n’est devenue capitale de la Bulgarie moderne qu’en 1879. Prague est attestee comme centre de pouvoir des le IXe siecle. Moscou n’apparait dans les chroniques qu’en 1147 et ne devient capitale qu’au XVe siecle.
Peut-on visiter plusieurs capitales slaves en train ?
Oui, en particulier en Europe centrale : Vienne -> Bratislava -> Prague -> Varsovie -> Berlin se fait sans difficulte en quatre liaisons ferroviaires modernes. Plus au sud, Vienne -> Ljubljana -> Zagreb -> Belgrade -> Sofia est possible mais plus lent (trains plus rares, certains nocturnes, frontieres a passer). Les liaisons vers Moscou, Kiev et Minsk sont actuellement tres limitees ou suspendues depuis 2022.
Quelles capitales slaves sont membres de l’Union europeenne ?
Sept des treize capitales slaves sont aujourd’hui membres de l’UE : Varsovie (Pologne, 2004), Prague (Republique tcheque, 2004), Bratislava (Slovaquie, 2004), Ljubljana (Slovenie, 2004), Zagreb (Croatie, 2013), Sofia (Bulgarie, 2007). La Serbie (Belgrade), le Montenegro (Podgorica), la Macedoine du Nord (Skopje) et la Bosnie-Herzegovine (Sarajevo) sont candidates ou en negociation. La Russie (Moscou), l’Ukraine (Kiev) et la Bielorussie (Minsk) ne font pas partie de l’UE en 2026, l’Ukraine ayant obtenu le statut de candidat en 2022.
Quelles capitales slaves utilisent l’alphabet cyrillique ?
Sept capitales slaves utilisent officiellement le cyrillique : Moscou (russe), Kiev (ukrainien), Minsk (bielorusse, en concurrence avec le latin), Belgrade (serbe, en concurrence avec le latin egalement), Podgorica (montenegrin, idem), Skopje (macedonien) et Sofia (bulgare). Les six autres (Varsovie, Prague, Bratislava, Ljubljana, Zagreb, Sarajevo) utilisent l’alphabet latin. Sarajevo presente un cas particulier : on y trouve les deux alphabets selon la composante linguistique (bosniaque, croate ou serbe).