Qu’est-ce qu’un pays slave ?
On appelle pays slave un État dont la population majoritaire appartient au groupe ethnolinguistique des Slaves — le plus important d’Europe par le nombre de locuteurs. Avec plus de 300 millions de personnes réparties sur treize nations souveraines, les peuples slaves constituent une composante essentielle de la civilisation européenne, de son histoire politique et de son patrimoine artistique.
L’origine du mot « slave » fait l’objet de débats parmi les linguistes. Certains le rattachent au vieux slave slovo, qui signifie « parole » — les Slaves seraient donc « ceux qui parlent » (par opposition aux Nemtsy, les « muets », terme par lequel les Slaves désignaient les Germains). D’autres rapprochent le terme de slava, « gloire ». Quelle que soit l’étymologie retenue, elle témoigne de l’importance que ces peuples accordent à la langue comme marqueur identitaire.
Les langues slaves forment une branche de la grande famille indo-européenne. Elles se divisent en trois groupes distincts : les langues slaves orientales (russe, ukrainien, biélorusse), les langues slaves occidentales (polonais, tchèque, slovaque) et les langues slaves méridionales (serbe, croate, bulgare, slovène, macédonien, bosnien, monténégrin). Malgré leurs différences, ces langues conservent un fonds lexical commun considérable : un Russe et un Polonais, un Serbe et un Bulgare peuvent, avec un peu de patience, se comprendre mutuellement sur des sujets simples.
Les premières mentions historiques des Slaves remontent au VIe siècle, lorsque les chroniqueurs byzantins — Procope de Césarée, Jordanès — décrivent des peuples nombreux installés au nord du Danube. Mais les archéologues situent le berceau des proto-Slaves bien plus tôt, entre le IIe et le Ve siècle de notre ère, dans une région comprise entre la Vistule et le Dniepr, correspondant grossièrement à la Pologne orientale, à l’Ukraine occidentale et à la Biélorussie actuelles. C’est depuis ce foyer originel que les Slaves se sont progressivement dispersés dans trois directions, donnant naissance aux trois familles que nous connaissons aujourd’hui.
La civilisation slave a produit des réalisations remarquables dans tous les domaines : l’invention de l’alphabet cyrillique par les saints Cyrille et Méthode au IXe siècle, l’architecture monumentale des églises de Novgorod et de Kiev, la littérature universelle de Tolstoï, Dostoïevski et Tchekhov, la musique de Chopin, Dvořák et Tchaïkovski, et un art de l’icône qui demeure l’une des plus hautes expressions de la peinture médiévale européenne.
Carte des pays slaves
Si l’on déploie une carte des pays slaves, on découvre un arc immense qui s’étend de l’océan Arctique au nord jusqu’à la mer Adriatique et la mer Noire au sud, et de l’Europe centrale jusqu’à l’océan Pacifique à l’est. C’est un espace géographique d’une diversité saisissante : toundras sibériennes, plaines céréalières d’Ukraine, forêts de Pologne, montagnes des Balkans, côtes dalmates baignées de soleil méditerranéen.
Les Slaves de l’Est occupent le vaste espace eurasiatique : Russie, Ukraine et Biélorussie forment un bloc géographique continu qui s’étend de la frontière polonaise jusqu’au détroit de Béring. Les Slaves de l’Ouest — Pologne, Tchéquie, Slovaquie — occupent le coeur de l’Europe centrale, entre l’Allemagne à l’ouest et les pays slaves orientaux à l’est. Quant aux Slaves du Sud, ils forment un ensemble de sept nations dans la péninsule balkanique et le long de la côte adriatique : Serbie, Croatie, Bulgarie, Slovénie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine du Nord et Monténégro.
Cette répartition géographique n’est pas le fruit du hasard. Elle reflète les grandes migrations du haut Moyen Âge, lorsque les tribus slaves ont progressivement colonisé des territoires laissés vacants par le recul de l’Empire romain et les mouvements des peuples germaniques. Les Slaves du Sud, en particulier, ont franchi le Danube au VIe et VIIe siècle pour s’installer dans les Balkans, créant une séparation géographique durable avec leurs cousins du nord — une séparation accentuée par l’installation des Hongrois (peuple finno-ougrien) et des Roumains (peuple latin) entre les deux groupes.
Les Slaves de l’Est : Russie, Ukraine, Biélorussie
Les trois nations slaves orientales partagent un héritage commun qui remonte à la Rus’ de Kiev, premier État slave oriental fondé au IXe siècle. C’est à Kiev, en 988, que le prince Vladimir adopta le christianisme orthodoxe, scellant pour des siècles le destin spirituel et culturel de ces peuples.
Russie — Moscou
La Russie (Rossiya) est le plus vaste pays du monde avec ses 17,1 millions de km², s’étendant sur onze fuseaux horaires. Sa capitale, Moscou, compte environ 13 millions d’habitants et constitue la plus grande ville d’Europe. La langue officielle est le russe, écrit en alphabet cyrillique, parlé par quelque 258 millions de personnes dans le monde.
La contribution de la Russie à la culture universelle est incommensurable. En littérature, Pouchkine, Gogol, Tolstoï, Dostoïevski et Tchekhov ont donné au roman et à la nouvelle leurs lettres de noblesse. En musique, Tchaïkovski, Moussorgski, Rimski-Korsakov et Rachmaninov ont créé un répertoire qui domine aujourd’hui encore les salles de concert du monde entier. Le ballet russe, porté par les Ballets russes de Diaghilev à Paris dès 1909, a révolutionné la danse occidentale. L’art de l’icône russe, de Roublev à Théophane le Grec, demeure l’une des plus hautes expressions de la peinture sacrée. Les artistes russes ont profondément marqué l’histoire de l’art en France, comme en témoigne le rayonnement de l’École de Paris au début du XXe siècle.
Ukraine — Kiev
L’Ukraine (Ukrayina) est le deuxième plus grand pays d’Europe par sa superficie (603 550 km²). Sa capitale, Kiev (Kyïv), fondée au Ve siècle, compte environ 3 millions d’habitants. La langue officielle est l’ukrainien, langue slave orientale distincte du russe, écrite elle aussi en cyrillique mais avec un alphabet comportant quelques lettres spécifiques.
Kiev fut le berceau de la civilisation slave orientale. La cathédrale Sainte-Sophie de Kiev, édifiée en 1037 par Iaroslav le Sage et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, conserve des mosaïques et des fresques byzantines d’une beauté saisissante. L’Ukraine a donné au monde le poète national Taras Chevtchenko (1814-1861), dont l’oeuvre est indissociable de la conscience nationale ukrainienne, ainsi que Nikolaï Gogol, né en Ukraine, qui écrivit en russe certaines des plus belles pages de la littérature slave.
Biélorussie — Minsk
La Biélorussie (Belarus’), littéralement la « Russie blanche », est un pays continental de 207 600 km² dont la capitale, Minsk, abrite environ 1,9 million d’habitants. Deux langues officielles coexistent : le biélorusse et le russe. La monnaie est le rouble biélorusse.
Pays de forêts et de lacs — la célèbre forêt de Białowieża, dernière forêt primaire d’Europe, s’étend en partie sur son territoire —, la Biélorussie conserve un patrimoine architectural remarquable. Le château de Mir et le château de Niasvij, tous deux inscrits au patrimoine mondial, témoignent de la splendeur de l’ancienne noblesse du Grand-Duché de Lituanie, dont la Biélorussie faisait partie. Marc Chagall, l’un des plus grands peintres du XXe siècle, est né à Vitebsk en 1887.
Les Slaves de l’Ouest : Pologne, Tchéquie, Slovaquie
Les trois nations slaves occidentales se distinguent par leur appartenance historique à la sphère d’influence de l’Église catholique romaine et par l’usage de l’alphabet latin. Situées au carrefour de l’Europe, elles ont développé des cultures originales, à la croisée des influences germaniques, latines et slaves.
Pologne — Varsovie
La Pologne (Polska) est le plus peuplé des pays slaves occidentaux avec 38 millions d’habitants, et sa capitale, Varsovie (Warszawa), en compte 1,8 million. La langue officielle est le polonais, écrit en alphabet latin enrichi de signes diacritiques caractéristiques (ą, ę, ł, ś, ź, ż). La monnaie est le złoty.
La Pologne a donné au monde Frédéric Chopin, dont les polonaises et les mazurkas ont élevé la musique nationale au rang d’art universel. En littérature, Henryk Sienkiewicz (prix Nobel 1905), Władysław Reymont (prix Nobel 1924), Czesław Miłosz (prix Nobel 1980) et Wisława Szymborska (prix Nobel 1996) témoignent d’une tradition littéraire d’une richesse exceptionnelle. Le physicien Nicolas Copernic (1473-1543), né à Toruń, a révolutionné notre compréhension de l’univers. Membre de l’Union européenne depuis 2004, la Pologne est aujourd’hui la sixième économie de l’UE.
Tchéquie — Prague
La Tchéquie (Česko), anciennement République tchèque, compte 10,7 millions d’habitants. Sa capitale, Prague (Praha), est l’une des plus belles villes d’Europe avec son centre historique inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. La langue officielle est le tchèque et la monnaie la couronne tchèque (koruna).
Prague, la « ville aux cent clochers », a été le creuset d’une vie intellectuelle et artistique intense. Franz Kafka y écrivit ses oeuvres majeures, Antonín Dvořák y composa sa Symphonie du Nouveau Monde, et Alphonse Mucha y créa les chefs-d’oeuvre de l’Art nouveau. La tradition brassicole tchèque — la Bohême est le berceau de la bière de type pilsner, inventée à Plzeň en 1842 — fait partie intégrante du patrimoine culturel national.
Slovaquie — Bratislava
La Slovaquie (Slovensko) est un pays de 5,4 millions d’habitants dont la capitale, Bratislava, est la seule capitale au monde à être frontalière de deux pays (l’Autriche et la Hongrie). La langue officielle est le slovaque, très proche du tchèque, et la monnaie est l’euro depuis 2009.
Pays de montagnes — les Hautes Tatras culminent à 2 655 mètres au Gerlachovský štít —, la Slovaquie possède un patrimoine de châteaux et de villes médiévales remarquable. Le château de Spiš, l’un des plus grands d’Europe centrale, domine depuis le XIIe siècle les plaines de l’est du pays. Andy Warhol, icône du pop art américain, était fils d’immigrants slovaques originaires de Miková, un village des Carpates orientales.
Les Slaves du Sud : de la Serbie au Monténégro
Les sept nations slaves méridionales occupent la péninsule balkanique et la côte orientale de l’Adriatique. Leur histoire est marquée par la frontière entre les mondes catholique et orthodoxe, par cinq siècles de domination ottomane pour certaines d’entre elles, et par les guerres tragiques qui ont accompagné la dissolution de la Yougoslavie dans les années 1990. Malgré ces déchirements, elles partagent un patrimoine culturel d’une richesse considérable.
Serbie — Belgrade
La Serbie (Srbija) est le pays le plus peuplé des Balkans occidentaux avec 6,6 millions d’habitants. Sa capitale, Belgrade (Beograd, « la ville blanche »), fondée par les Celtes au IIIe siècle avant J.-C. au confluent du Danube et de la Save, est l’une des plus anciennes villes d’Europe. La langue officielle est le serbe, qui s’écrit à la fois en cyrillique et en latin — une particularité unique au monde. La monnaie est le dinar serbe.
La Serbie a donné au monde Nikola Tesla (1856-1943), inventeur du courant alternatif et visionnaire de la modernité technologique, ainsi que le cinéaste Emir Kusturica et le tennisman Novak Djokovic. Les monastères médiévaux serbes — Studenica, Sopoćani, Dečani —, ornés de fresques d’une qualité exceptionnelle, constituent l’un des ensembles les plus remarquables de l’art byzantin en Europe.
Croatie — Zagreb
La Croatie (Hrvatska) compte 3,9 millions d’habitants et sa capitale, Zagreb, en abrite environ 800 000. La langue officielle est le croate, écrit en alphabet latin, et la monnaie est l’euro depuis janvier 2023. Membre de l’UE depuis 2013 et de l’espace Schengen depuis 2023, la Croatie est le plus récent État slave à avoir rejoint la zone euro.
Avec ses 1 244 îles et sa côte adriatique de 1 778 km, la Croatie possède un littoral d’une beauté spectaculaire. La vieille ville de Dubrovnik, surnommée la « perle de l’Adriatique », le palais de Dioclétien à Split et les lacs de Plitvice figurent parmi les sites les plus visités d’Europe du Sud-Est. L’invention de la cravate (du croate kravata) est attribuée aux cavaliers croates du XVIIe siècle.
Bulgarie — Sofia
La Bulgarie (Balgaria) est un pays de 6,5 millions d’habitants dont la capitale, Sofia, fondée il y a 7 000 ans, est l’une des plus anciennes villes d’Europe. La langue officielle est le bulgare, écrit en cyrillique, et la monnaie est le lev. La Bulgarie est membre de l’Union européenne depuis 2007.
C’est en Bulgarie — plus précisément dans le Premier Empire bulgare — que l’alphabet cyrillique a été développé au IXe siècle par les disciples de Cyrille et Méthode. Cette invention capitale a permis la christianisation des peuples slaves et la diffusion de la culture écrite dans l’ensemble du monde slave oriental et méridional. Le trésor thrace de Panagyurishte, datant du IVe siècle avant J.-C., témoigne de la profondeur historique de ce territoire.
Slovénie — Ljubljana
La Slovénie (Slovenija) est un petit pays alpin de 2,1 millions d’habitants dont la capitale, Ljubljana, séduit par son architecture baroque et Art nouveau. La langue officielle est le slovène et la monnaie est l’euro depuis 2007. Membre de l’UE depuis 2004, la Slovénie est le pays slave le plus prospère en termes de PIB par habitant.
L’architecte Jože Plečnik a transformé Ljubljana au XXe siècle en un joyau urbanistique comparable à la Prague de la même époque. Le lac de Bled, avec son île et son église, est devenu l’une des images les plus emblématiques de l’Europe centrale. Les manuscrits de Freising (Brižinski spomeniki), datant du Xe siècle, sont les plus anciens textes connus en langue slovène et parmi les plus anciens en langue slave.
Bosnie-Herzégovine — Sarajevo
La Bosnie-Herzégovine (Bosna i Hercegovina) compte 3,2 millions d’habitants. Sa capitale, Sarajevo, célèbre pour avoir accueilli les Jeux olympiques d’hiver de 1984, est un carrefour unique entre Orient et Occident où mosquées, églises orthodoxes, cathédrales catholiques et synagogues coexistent à quelques pas les unes des autres. Trois langues officielles coexistent : le bosnien, le croate et le serbe. La monnaie est le mark convertible.
Sarajevo est entrée tragiquement dans l’histoire mondiale le 28 juin 1914, lorsque l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche déclencha la Première Guerre mondiale. La ville a également subi le plus long siège de l’histoire moderne (1992-1996). Malgré ces épreuves, Sarajevo conserve un patrimoine ottoman et austro-hongrois d’une grande richesse, et le pont de Mostar, reconstruit en 2004, est devenu un symbole mondial de réconciliation.
Macédoine du Nord — Skopje
La Macédoine du Nord (Severna Makedonija) est un pays enclavé de 2 millions d’habitants dont la capitale, Skopje, fut en grande partie détruite par le tremblement de terre de 1963. La langue officielle est le macédonien, écrit en cyrillique, et la monnaie est le denar. Le pays a adopté son nom actuel en 2019, mettant fin à un différend de trente ans avec la Grèce.
Le lac d’Ohrid, partagé avec l’Albanie, est l’un des plus anciens lacs d’Europe (2 à 3 millions d’années) et un site du patrimoine mondial. La ville d’Ohrid, surnommée la « Jérusalem des Balkans » en raison de ses 365 églises, fut le siège de l’un des premiers centres d’enseignement slave au Xe siècle. Mère Teresa, née Anjezë Gonxhe Bojaxhiu à Skopje en 1910 dans une famille albanaise, est la personnalité la plus célèbre de cette capitale slave.
Monténégro — Podgorica
Le Monténégro (Crna Gora, littéralement « montagne noire ») est le plus petit des pays slaves avec 13 812 km² et environ 620 000 habitants. Sa capitale administrative est Podgorica, tandis que la capitale historique et culturelle est Cetinje. La langue officielle est le monténégrin et la monnaie est l’euro, adopté unilatéralement. Indépendant depuis 2006, le Monténégro est candidat à l’adhésion à l’Union européenne.
Les bouches de Kotor (Boka Kotorska), un fjord méditerranéen inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, sont l’un des paysages les plus spectaculaires de la Méditerranée. La vieille ville de Kotor, enserrée dans ses remparts vénitiens, conserve un patrimoine médiéval intact. Le parc national du Durmitor, avec ses gorges de la Tara — les plus profondes d’Europe après celles du Verdon —, offre des paysages de montagne d’une beauté sauvage.
Tableau comparatif des 13 pays slaves
Pays Capitale Population Langue officielle Monnaie Groupe slave
Russie Moscou 144 millions Russe Rouble Est
Ukraine Kiev 37 millions Ukrainien Hryvnia Est
Biélorussie Minsk 9,2 millions Biélorusse, russe Rouble biélorusse Est
Pologne Varsovie 38 millions Polonais Złoty Ouest
Tchéquie Prague 10,7 millions Tchèque Couronne tchèque Ouest
Slovaquie Bratislava 5,4 millions Slovaque Euro Ouest
Serbie Belgrade 6,6 millions Serbe Dinar serbe Sud
Croatie Zagreb 3,9 millions Croate Euro Sud
Bulgarie Sofia 6,5 millions Bulgare Lev Sud
Slovénie Ljubljana 2,1 millions Slovène Euro Sud
Bosnie-Herzégovine Sarajevo 3,2 millions Bosnien, croate, serbe Mark convertible Sud
Macédoine du Nord Skopje 2 millions Macédonien Denar Sud
Monténégro Podgorica 620 000 Monténégrin Euro Sud
L’héritage culturel slave
La contribution des peuples slaves à la culture universelle est d’une ampleur que l’on sous-estime souvent en Occident. Dans le domaine de la littérature, les pays slaves ont produit un nombre extraordinaire d’écrivains de premier plan : Tolstoï, Dostoïevski, Tchekhov et Boulgakov pour la Russie ; Chopin (par sa mère) et Sienkiewicz pour la Pologne ; Kafka et Kundera pour la Bohême ; Ivo Andrić (prix Nobel 1961) pour la Bosnie. L’apport slave à la littérature mondiale est comparable à celui des traditions française, anglaise ou allemande.
En musique, les compositeurs slaves ont créé un répertoire d’une richesse inouïe. Frédéric Chopin a donné au piano ses pages les plus poétiques. Tchaïkovski a composé les ballets les plus joués au monde — Le Lac des cygnes, Casse-Noisette, La Belle au bois dormant. Dvořák a enchanté le monde avec sa musique imprégnée de mélodies populaires tchèques. Stravinsky, avec Le Sacre du printemps (1913), a provoqué une révolution esthétique dont les ondes de choc se ressentent encore. La tradition chorale slave, des polyphonies bulgares (inscrites au patrimoine immatériel de l’UNESCO) aux choeurs de l’Armée rouge, possède une puissance émotionnelle sans équivalent.
L’art visuel slave est dominé par la tradition de l’icône, née à Byzance et portée à son apogée dans les ateliers de Novgorod, de Moscou et des monastères bulgares et serbes. Andreï Roublev, dont la Trinité (vers 1425) est considérée comme l’un des chefs-d’oeuvre absolus de la peinture médiévale, incarne cette tradition. Plus récemment, les avant-gardes russes — Malevitch, Kandinsky, Tatline, Rodtchenko — ont révolutionné l’art du XXe siècle. Le Carré noir de Malevitch (1915) demeure l’un des gestes artistiques les plus radicaux de l’histoire. On trouvera sur Art-Russe.com de nombreux portraits et biographies d’artistes russes qui ont marqué la scène artistique française.
L’architecture slave offre un panorama d’une diversité éblouissante : les bulbes dorés des églises russes, les toits de tuiles rouges de Dubrovnik, l’Art nouveau de Prague et de Riga, le constructivisme soviétique, les monastères peints de Bucovine. Le quartier de Montmartre à Paris conserve lui-même la mémoire des artistes russes qui y ont vécu au début du XXe siècle, de Chagall à Soutine, de Zadkine à Archipenko. L’histoire du dernier roi d’Arménie, dont le tombeau se trouve en France, rappelle par ailleurs les liens anciens entre la France et les peuples du Caucase et de l’Europe orientale.
La danse slave — du ballet classique russe à la hora bulgare, du krakowiak polonais au kolo serbe — est une expression artistique d’une vitalité extraordinaire. Le ballet russe, en particulier, a transformé l’art chorégraphique mondial. Lorsque Serge de Diaghilev installa ses Ballets russes à Paris en 1909, avec Nijinski, Pavlova et Karsavina, il déclencha une révolution esthétique qui irrigua tout l’art du XXe siècle, de la peinture (les décors de Bakst, Benois, Goncharova) à la mode (Coco Chanel) en passant par la musique (Stravinsky, Prokofiev).
Les échanges culturels entre la France et les pays slaves
Les liens entre la France et le monde slave sont anciens, profonds et multiformes. Dès le XIe siècle, Anne de Kiev, fille du prince Iaroslav le Sage, épousait le roi de France Henri Ier (1051), devenant reine de France et apportant avec elle des manuscrits slavons dont l’un — l’Évangéliaire de Reims — servit pendant des siècles au sacre des rois de France. Ce mariage fondateur témoigne de l’ancienneté des relations franco-slaves.
Au XVIIIe siècle, la correspondance entre Voltaire et Catherine II de Russie illustra l’attrait réciproque entre les Lumières françaises et l’élite russe. La noblesse russe adopta le français comme langue de culture, au point que Tolstoï ouvrit Guerre et Paix par une conversation en français. Chopin, arrivé à Paris en 1831, y trouva une seconde patrie et contribua de manière décisive à la vie musicale parisienne. Les émigrés russes de l’après-1917 — artistes, intellectuels, aristocrates — enrichirent considérablement la vie culturelle française.
Aujourd’hui encore, les échanges culturels et humains entre la France et les pays slaves restent d’une grande vitalité. De nombreux Français s’intéressent à la culture slave sous toutes ses formes — la langue, la littérature, la musique, les traditions. Cet intérêt se manifeste aussi dans les liens personnels : les rencontres entre Français et femmes russes et slaves ont donné naissance à des milliers de familles franco-slaves qui contribuent au rapprochement entre les deux cultures. Pour ceux qui souhaitent découvrir la Russie en profondeur, le site Voyage Russie propose des itinéraires et des conseils pratiques pour explorer ce pays fascinant.
Le patrimoine slave en France est plus présent qu’on ne le pense. La cathédrale orthodoxe russe Saint-Alexandre-Nevski, rue Daru à Paris, édifiée en 1861, est un joyau d’architecture néo-byzantine. Le Centre spirituel et culturel orthodoxe russe, inauguré quai Branly en 2016, témoigne de la continuité de la présence culturelle russe à Paris. À Nice, la cathédrale Saint-Nicolas, la plus grande église orthodoxe russe hors de Russie, rappelle l’attachement de l’aristocratie russe à la Côte d’Azur dès le XIXe siècle. Le site Héritage Russe recense de nombreux lieux et témoignages de cette présence historique.
La France compte également d’importantes communautés polonaise, serbe, croate et bulgare, chacune avec ses associations culturelles, ses paroisses et ses traditions maintenues vivantes. Les festivals de cinéma d’Europe de l’Est, les concerts de musique slave, les expositions d’art contemporain des Balkans enrichissent chaque année la programmation culturelle française. Pour approfondir la découverte de la culture slave dans toute sa diversité, de nombreuses ressources en français sont désormais accessibles en ligne. Sur Art-Russe.com, nous nous efforçons depuis 2002 de recenser les capitales et pays slaves et les événements culturels qui témoignent de cette richesse sur le sol français.
Questions fréquentes
Quels sont les 13 pays slaves ?
Les treize pays slaves sont répartis en trois familles. Les Slaves de l’Est : Russie, Ukraine et Biélorussie. Les Slaves de l’Ouest : Pologne, Tchéquie et Slovaquie. Les Slaves du Sud : Serbie, Croatie, Bulgarie, Slovénie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine du Nord et Monténégro. Ensemble, ces treize nations rassemblent plus de 300 millions d’habitants et couvrent un territoire immense, de l’Europe centrale au Pacifique.
Quelle est la plus grande capitale slave ?
Moscou est de loin la plus grande capitale slave, avec environ 13 millions d’habitants intra-muros et plus de 20 millions dans l’agglomération. C’est aussi la plus grande ville d’Europe. Elle est suivie par Minsk (1,9 million), Varsovie (1,8 million), Belgrade (1,7 million) et Kiev (environ 3 millions). Prague, Sofia et Zagreb comptent entre 800 000 et 1,3 million d’habitants chacune.
Quelle est l’origine des peuples slaves ?
Les peuples slaves sont issus de populations proto-slaves installées entre la Vistule et le Dniepr, dans une région correspondant à l’actuelle Pologne orientale, Ukraine occidentale et Biélorussie. Entre le Ve et le VIIe siècle de notre ère, ils se sont dispersés dans trois directions : vers l’est (Russie), vers l’ouest (Pologne, Bohême) et vers le sud (Balkans), formant les trois branches slaves que l’on connaît aujourd’hui. Les premières mentions écrites des Slaves datent du VIe siècle, dans les chroniques byzantines de Procope de Césarée.
Quelles langues parlent les Slaves ?
Les langues slaves forment une branche de la famille indo-européenne et se divisent en trois groupes : les langues slaves orientales (russe, ukrainien, biélorusse), les langues slaves occidentales (polonais, tchèque, slovaque) et les langues slaves méridionales (serbe, croate, bulgare, slovène, macédonien, bosnien, monténégrin). Certaines s’écrivent en alphabet cyrillique (russe, ukrainien, bulgare, serbe, macédonien), d’autres en alphabet latin (polonais, tchèque, slovaque, croate, slovène). Le serbe utilise les deux alphabets.
Quel est le plus petit pays slave ?
Le Monténégro est le plus petit pays slave, tant par sa superficie (13 812 km²) que par sa population (environ 620 000 habitants). Indépendant depuis 2006, ce petit État adriatique possède néanmoins un patrimoine naturel et culturel remarquable : les bouches de Kotor, inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, le parc national du Durmitor et la vieille ville de Kotor comptent parmi les sites les plus spectaculaires des Balkans.
Quels pays slaves font partie de l’Union européenne ?
Sept pays slaves sont actuellement membres de l’Union européenne : la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie et la Slovénie (depuis 2004), la Bulgarie (depuis 2007) et la Croatie (depuis 2013). Parmi ceux-ci, la Slovaquie, la Slovénie et la Croatie ont également adopté l’euro. La Serbie et le Monténégro sont officiellement candidats à l’adhésion, et l’Ukraine a obtenu le statut de candidat en juin 2022. La Bosnie-Herzégovine a obtenu le statut de candidat en décembre 2022.
Où voir de l’art slave en France ?
L’art slave est présent dans de nombreux lieux en France. À Paris : la cathédrale Saint-Alexandre-Nevski (rue Daru, VIIIe), le Centre spirituel et culturel orthodoxe russe (quai Branly, VIIe), le Musée d’Art Moderne (oeuvres de Malevitch, Kandinsky). À Nice : la cathédrale Saint-Nicolas, la plus grande église orthodoxe russe hors de Russie. Le site Art-Russe.com recense toute l’année les expositions, spectacles, concerts et festivals liés à la culture slave en France, des représentations du Bolchoï aux expositions d’icônes en passant par les festivals de cinéma d’Europe de l’Est.