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Mariages russes : ’Hymne’ de Gogol et ’La Noce’ de Tchkhov
Du 28 novembre 2005 au 26 fvrier 2006

A cinquante ans d’intervalle, Gogol et Tchkhov se saisissent du rituel le plus codifi pour se moquer des hypocrisies, des gosmes et des troitesses de leur socit. La machine marier fonctionne alors comme une machine masques, une machine thtre, une machine dlire propre faire exploser par le rire, la sclrose et les verrous.

N’est il pas paradoxal d’voquer la vrit propos d’un thtre dont la veine comique est si puissante ? Le comique, on le sait, accentue, charge, dforme, dcale la ralit.

Les deux pices russes, Hymne de Gogol et La Noce de Tchkhov, nous placent au cœur de la contradiction : on y voit des caractres empreints d’authenticit mais croqus avec l’œil de l’humoriste dans le rythme du vaudeville. C’est qu’ils sont emports dans une dmence dont ils n’ont mme pas conscience. Une sorte de vertige verbal saisit les personnages, tous plus ou moins obsessionnels, et les entrane vers une conduite absurde ou mme dlirante.

Nous sommes cependant ici loin des intrigues savamment narres, des mcaniques huiles la Labiche. Les personnages, observs dans leurs petitesses et leurs ridicules mais aussi dans leur vrit intrieure, sont dessins avec justesse, pris sur le vif comme pour une photographie par des critiques froces. Tel est le thtre de Gogol et celui de Tchkhov qui fustigent avec la mme rjouissance, la mdiocrit, la vulgarit, les intrts matriels et mesquins. La satire s’exerce sur toutes les catgories sociales mais en particulier sur le petit monde des fonctionnaires que connat trs bien Gogol, le premier porter sur la scne russe le ralisme des caractres. Et le travail sur la langue de Tchkhov comme son comique sont bien dans le prolongement de l’criture de Gogol.

Il tait tentant de runir les deux pices en un seul spectacle enchan en trois actes, Aplombov, le mari de La Noce prolongeant l’histoire de Podkoliossine, le prtendant hsitant de Gogol. Mariage(s) o dfaut d’amour on ne parlera que d’argent et de dot, Mariage(s) o le rituel social rigoureusement codifi enferme les protagonistes sans leur laisser d’issue, Mariage(s) o la folie confine au fantastique moins qu’elle ne se fige dans des masques la Ensor.

Anne-Marie Lazarini

Gogol ’Hymne’ (crit de 1833 1842)

En 1833, aprs avoir crit une srie de nouvelles concernant la vie en Ukraine, Gogol est travaill par l’ide d’une comdie. Il cherche « un sujet innocent dont un commissaire de police ne s’effarouche pas ». Il esquisse une histoire de petits propritaires fonciers avides de riches mariages. Intitule Les Prtendants, elle est l’bauche de Hymne. On y trouve dj tous les types comiques, sauf celui du hros principal, Podkoliossine. Il semble qu’en 1835, il envoie le manuscrit d’Hymne Pouchkine et lui demande son avis. Puis en 1836, alors qu’il parle de fuir l’tranger, il annonce en mme temps qu’il a rcrit Hymne et que « cela commence ressembler quelque chose ». Il reprend encore son texte en 1839 en vue de l’dition de ses œuvres.

En 1840, il en est dj la quatrime version. Il n’en achve dfinitivement la rdaction qu’en 1842 et la pice est reprsente pour la premire fois le 9 dcembre au thtre Alexandrine de Ptersbourg. C’est un chec : les acteurs s’efforcent tort de chercher dans cette suite de scnes volontairement dcousues, des motivations psychologiques et des enchanements plausibles. Le 5 fvrier 1843, le grand acteur Stchepkine parvient imposer Hymne Moscou. Cre au thtre Marly, la pice reoit un succs d’estime et part en tourne.

Hymne reste le premier exemple en Russie d’un thtre dont le ralisme privilgie les types sociaux, les situations dcales o l’absurde pointe son nez plutt que les intrigues savamment noues des vaudevillistes de l’poque.

(d’aprs le Cahier du Nouveau thtre d’Angers n°28 - 1994)

Tchkhov ’La Noce’ (crit en 1889, en quelques heures...)

A la suite de l’chec cuisant de la premire version d’Ivanov, Tchkhov se voit reprocher de « traiter trop ddaigneusement et la scne et les rgles dramatiques » (Lenski). Il annonce alors qu’il n’crira plus pour le thtre, sinon des petits levers de rideau comme La Noce, qu’il vient prcisment d’achever en quelques heures... La Noce, comdie miniature aux personnages nombreux, est l’une des plus clbres pices en un acte de Tchkhov. Il s’est servi de plusieurs textes antrieurs : un sketch humoristique, la Saison du mariage (1881), et deux nouvelles de 1884, Un Mariage d’intrt et Mariage avec un gnral. Il faut ajouter la documentation de premire main que lui fournirent en 1885 les mariages bruyants qui se tenaient Moscou dans l’appartement au-dessus du sien, qui tait souvent lou cet effet. Dans ces cas l, la famille de Tchkhov organisait parfois des mariages pour rire et se mettait au diapason du bruit de l’tage au-dessus, portant des toasts et dansant frntiquement sur la musique venue d’en haut.

La pice est une satire hilarante sur les mariages tels qu’ils se pratiquaient chez les boutiquiers et o il fallait toujours un gnral, engag pour l’occasion. Edite pour la premire fois en 1890, la pice subit des retouches en 1900 lors de la prparation de l’dition des Œuvres chez Marx.

(d’aprs Tchkhov de J. Simons et Tchkhov de Daniel Gilles)

En Russie l’poque de Mariage(s)...

La situation des acteurs russes est pitoyable. Alors que sous leurs yeux frmit et fourmille une population bien vivante, on leur fait jouer des rles dont ils n’ont jamais vu les originaux. (...) De grce, donnez-nous des caractres russes : donnez-nous nos semblables, nos originaux, nos fripons ; mettez-les sur la scne pour le divertissement de tous !

(Gogol, Notes sur le thtre Saint-Ptersbourg)

Deux figures types de la socit russe ont t largement utilises dans la littrature de l’poque et leur « caricature » est particulirement russie dans Hymne et La Noce... mme si un demi-sicle spare ces deux pices...

Les Fonctionnaires

Pierre Le Grand avait impos des rformes importantes au corps des fonctionnaires. Non seulement il institue le port de l’uniforme obligatoire (uniforme vert, avec insigne du grade et ministre de rattachement), mais en 1722 il rorganise la fonction publique sur le modle de l’arme : le tchin rgle toutes les questions de respect et de prsance, du grade 1er de Chancelier au 14me de Rgistrateur de collge en passant par le 8me d’Assesseur de collge. Ce modle d’organisation se rvle parfaitement inefficace dans la Russie du XVIIIme et du XIXme sicle. Ces fonctionnaires sont pour la plupart pusillanimes, irresponsables, bien moins proccups du service public que de leur propre carrire, mprisants avec les humbles, serviles avec les « personnages importants ». Gogol lui-mme occupe en 1829 et 1830 deux postes modestes dans des ministres et c’est en connaissance de cause qu’il crit dans Le Manteau : « Le rgistrateur de collge devait faire son rapport au secrtaire de province, le secrtaire de province s’adressait au conseiller titulaire ou quelque autre fonctionnaire, et ainsi de suite, en passant par tous les degrs de la hirarchie. C’est ainsi que les choses se passent dans notre sainte Russie : chacun y joue au chef et copie son suprieur ». Le vocable officiel pour dsigner le fonctionnaire, tchinovnik, est devenu une injure en Russie sovitique. Si les crivains n’taient gure respectueux des fonctionnaires de haut rang, les grades infrieurs taient nettement les plus comiques : la seule mention de « conseiller titulaire » (9me grade) prparait les spectateurs un vnement burlesque.

Les Marchands

Les marchands reprsentaient, dans la socit russe, une classe part, qui comprenait aussi bien des propritaires d’usines que des commerants. Ces hommes d’affaires ne formaient pas un ordre social au mme titre que le clerg et la noblesse, car leur statut tait prcaire. Il n’tait pas hrditaire et s’obtenait par le paiement des cotisations dues pour tre admis dans l’une des deux guildes, la premire rserve aux riches, y compris ceux qui s’occupaient du commerce avec l’tranger, la seconde aux professionnels plus modestes. Lorsqu’un marchand ne pouvait plus payer sa patente, il redevenait bourgeois ou paysan.

Les marchands constituaient, aux cts du clerg et de la paysannerie, la partie la moins europanise de la nation. Ils avaient de grandes barbes et portaient la raie au milieu. Les plus conservateurs s’obstinaient se vtir d’un long habit noir crois boutonn jusqu’ la taille dans le style russe traditionnel, alors que les gentilshommes s’habillaient dj l’europenne. Les marchands ne parlaient gnralement que le russe et ne savaient parfois ni lire ni crire, mais on aurait pay cher l’erreur de les prendre pour de pitres ngociants. Nombre de ceux qui russissaient brillamment taient des « vieux croyants », et, selon l’ancienne coutume moscovite, ils tenaient leurs femmes et leurs filles l’cart de la vie sociale.

Ils taient fort hospitaliers et donnaient de coteux banquets o l’on servait volont esturgeon et champagne et auxquels participait, l’occasion, un haut fonctionnaire ou quelque gnral, pour crer l’ambiance. Les riches marchands se faisaient construire des maisons minutieusement agences, achetaient fort cher de superbes miroirs, des pianos queue dont nul ne se servait jamais, et d’autres meubles de prix. Tout ceci n’tait que parade, car, lorsqu’ils ne recevaient pas, ces htes fastueux se contentaient d’occuper, avec leur famille, quelques pices minuscules dans un coin de la maison.

(d’aprs Les Ecrivains russes et la socit 1825/1904 de Ronald Hingley, Hachette)

Nikola Gogol (1809-1855) :

- Jeunesse

Le 1er avril 1809, Gogol nat Sorotchinsky en Ukraine. Ses parents appartiennent la petite noblesse. Son pre, petit fonctionnaire la retraite, crit de courtes comdies et participe leur mise en scne. Sa mre, dvote, trs attache son fils, exerce une influence morale et religieuse importante. Nikola sera l’an de douze enfants dont cinq seulement, lui et quatre sœurs, atteindront l’ge adulte. En 1821 il devient pensionnaire au Lyce de Niejine. C’est un lve mdiocre mais il s’essaie dj dessiner, peindre, crire et jouer la comdie. En 1825, le pre meurt, et Gogol, seul homme de la famille, se sent investi de la mission de prendre soin de sa mre et de ses sœurs.

- Fonctionnaire.

Lorsqu’il part pour Ptersbourg en 1828, c’est pour devenir fonctionnaire. Mais loin d’avoir eu un parcours brillant, il peine trouver un emploi, et, du Ministre de l’Intrieur au Ministre de la Cour, travail restera trs peu panouissant. En 1831, il enseigne l’histoire l’Institut patriotique de jeunes filles... et les ennuie ; en 1834 il enseigne de nouveau cette matire l’Universit, mais son cours, jug dsinvolte, sera dfinitivement suspendu en dcembre 1835.

- Ecriture.

Pourtant, Gogol est persuad qu’il doit raliser de grandes choses pour son pays. Sa prtention devenir comdien des thtres Impriaux tant due, il se met crire, d’abord sous un pseudonyme. Il publie deux pomes : le lyrique Italie et le sentimental Hans Kchelgarten. Mcontent de l’accueil rserv l’ouvrage il le dtruit par le feu, geste qui deviendra chez lui presque une habitude, puisqu’en proie une insatisfaction chronique, extrmement sensible aux critiques, il brlera ou reniera rgulirement ses œuvres antrieures. Il lui arrivera mme de faire le tour des librairies pour en acheter les derniers exemplaires disponibles. Le premier succs vient avec les nouvelles qu’il crit inspires de la vie en Ukraine et regroupes dans les deux volumes des Veilles du hameau (1831 et 1832).

- Pouchkine.

En 1831, Gogol fait la connaissance de Pouchkine, rencontre essentielle puisque ce dernier lui suggrera plusieurs sujets d’criture ; ce sera le cas pour Le Rvizor (1835, au moins 5 versions rdiges) et surtout Les mes mortes, l’œuvre de sa vie, commence en 1835 et reste inacheve jusqu’ sa mort en 1855, sans cesse brle puis remanie, mme s’il se fait un devoir d’en reprendre l’criture la mort de Pouchkine en 1837, « pour sa mmoire ».

- Censure.

L’crivain n’est gure pargn par la censure. Si Pouchkine russit viter que Le Rvizor ait la subir - le tsar Nicolas 1er en ordonne mme la mise en scne par les thtres Impriaux et assiste la reprsentation - la premire partie de Les mes mortes est interdite par le comit en 1841 et ne parat qu’aprs corrections et suppressions en 1842.

Mais il reste finalement le principal censeur de son oeuvre : malgr le succs du Rvizor en 1836, auprs des libraux, Gogol ne retient que le scandale qu’elle provoque chez les conservateurs, se sent incompris et renie rapidement cette comdie, « une btise ». En 1844, Gogol cesse d’crire et ne rdige plus que des lettres ses amis o il se pose en donneur de leons et professe les ides les plus ractionnaires : il publie en 1847 ces Extraits choisis de ma correspondance pour racheter « le mal fait par ses œuvres prcdentes ».

Parmi ses autres œuvres : Les Prtendants, Hymne (crites en 1833), Le Portrait, Le Journal d’un Fou, Taras Boulba (crites en 1834), Le Nez (acheve en 1836). Les œuvres de Gogol ont t publies en 1835 dans Les Arabesques en deux volumes, en 1843 en quatre volumes et rdites la mort de Nicolas 1er, en 1855, aprs trois ans d’interdiction totale.

- Voyages.

En 1836, Gogol part soudainement l’tranger : c’est le dbut d’une srie de dplacements presque incessants qui durera jusqu’ la fin de sa vie. Gogol voyage pour retrouver sant et inspiration. « C’est en cours de route que d’habitude se dveloppe en moi le contenu de mes crits ; presque tous mes sujets, c’est en voyage que je les labore. » En 1840, Gogol tombe malade et sombre dans une dpression qui, entrecoupe de priodes d’exaltation intense, durera toute sa vie. « Ma sant est peut-tre mauvaise, mais je suis mieux qu’en bonne sant (...) Je vis d’une vie merveilleuse, intrieure, immense, enferme en moi-mme. »

- Mysticisme.

En 1842, aprs la publication des mes mortes, Gogol se trouble et perd pied. Il passe son temps tudier les vangiles, s’interroger sur la ncessit d’entrer au couvent et projette un voyage Jrusalem, voyage qu’il ralisera au printemps 1848. La pit de Gogol tourne peu peu au fanatisme religieux, il veut travailler sans cesse au salut de son me. Ses amis le mettent en garde contre ce mysticisme qui touffe en lui l’artiste tandis que le pre Matve Konstantinovski, prtre fanatique, l’incite renoncer la littrature et redoubler de pit.

- Mort (43 ans).

En octobre 1851, Gogol se dbat entre l’amour de son art, qui reste jusqu’au bout une exigence absolue, et la peur de l’enfer : il se consacre la prire et au jene. Il veut se prparer la mort. En fvrier 1852, pendant le carme, il passe son temps l’glise et cesse de se nourrir. Il ne quitte plus sa chambre, refuse les soins. Son agonie dure huit jours. Il meurt le 21 aprs avoir prononc ces derniers mots : « une chelle... vite une chelle... »

Quelques repres historiques...

- 1801-1825 : Rgne d’Alexandre 1er.
- 1815 : La Sainte Alliance, conclue entre les empereurs de Russie et d’Autriche et le roi de Prusse, Charte morale de l’Europe, est fonde sur les prceptes religieux et doit protger les monarques qui gouvernent leurs peuples comme dlgus de Dieu et combattre tout mouvement subversif et rvolutionnaire.
- 1825 : Quelques ouvertures presque librales et veil d’une vie intellectuelle moderne. Mcontentement de toutes les couches sociales. Famines.
- 19 novembre : Mort d’Alexandre 1er dans des circonstances troubles.
- 1825-1855 : Rgne de Nicolas 1er. Les archasmes de la socit russe deviennent particulirement criants. Raction brutale aux « liberts » cdes par Alexandre 1er en particulier dans l’ducation. Renforcement de la censure et instauration d’une politique ractionnaire touffante.
- 1825 : L’empereur n’est pas populaire dans la Garde, compose de jeunes officiers nobles, hautement instruits, organiss en groupes plus ou moins secrets qui souhaitent un changement profond de la Russie.
- 14 dcembre : mouvement des Dcembristes. Alors que la Garde doit prter serment l’empereur, les officiers poussent leurs hommes la rvolte : 120 officiers et civils passent en jugement, 36 condamns mort (5 excuts, 31 travailleurs forcs), de nombreux dplacs en Sibrie.
- 1833 : « Orthodoxie, Autocratie, Nationalit » sont les principes sur lesquels repose la Monarchie et auxquels toute personne doit se conformer. Le Tsar se mfie de la noblesse qu’il renvoie sur ses terres et engage dans les administrations un personnel nouveau, instruit, mais issu d’un milieu souvent modeste : devant sa promotion l’Etat, cette nouvelle lite le servira mieux.

Ces lites comprennent qu’aucun changement n’interviendrait en Russie sans le soutien du peuple, mais leur intrt se heurte au plus grand problme de l’poque : le servage. 1855 : Nicolas 1er meurt au moment o il perd la guerre de Crime.


Anton Tchkhov (1860-1904) :

- Jeunesse.

Le 17 janvier 1860, 5 ans aprs la mort de Gogol, Tchkhov nat Taganrog, petit port de la mer d’Azov, troisime enfant d’une famille qui en comptera six. Le pre, qui pratique la brutalit comme mthode ducative, a ouvert une picerie dont il impose bientt la garde ses trois fils ans. Les enfants partagent donc leur temps entre l’cole, la boutique (ouverte de 5h 23h) et l’glise o leur pre, trs pieux, les oblige passer de longues heures chanter dans le chœur qu’il a form et dirige. En 1876, le pre, ayant fait faillite, se rfugie Moscou o se trouvent dj ses deux fils ans. Sa famille le rejoint quelques semaines plus tard. Anton reste Taganrog. Il doit, seize ans, vivre seul, terminer ses tudes, gagner sa propre subsistance en donnant des leons, mais aussi venir en aide aux siens, responsabilit qu’il assumera toute sa vie, ne gardant aucune rancune des mauvais traitements subits dans l’enfance. Il rejoint sa famille en 1879 et s’inscrit la facult de mdecine.

- Ecriture.

Paralllement ses tudes, il gagne sa vie et celle des siens en crivant de courts rcits et des chroniques thtrales pour des revues humoristiques. Sa facilit d’criture est prodigieuse, son imagination fconde, et ses nouvelles connaissent un rapide succs... mme s’il continue lui-mme les qualifier d’ « excrments littraires ». Il faudra, en 1886, une lettre de l’crivain Grigorovitch pour qu’il prenne conscience de son talent : « Par les diverses qualits de votre indiscutable talent, par la vrit de l’analyse intrieure, par la matrise des descriptions, par le sens plastique... vous tes destin crire quelques œuvres excellentes, vraiment artistiques ». Il promet alors de respecter ce « don », de se consacrer une grande œuvre, de signer de son vrai nom et sortir ainsi au plus vite de « l’ornire o il s’embourbait ». En 1887, il crit sa premire pice Ivanov qui connat un chec retentissant avant d’tre couronne de succs, aprs quelques remaniements en 1889. En 1888, il crit des petites pices lgres Une demande en mariage, L’ours, des rcits plus longs et graves dont La Steppe et reoit le prix Pouchkine pour son recueil Dans le crpuscule. Il retravaille une pice, L’Esprit des bois, dont on avait dit qu’elle « manquait de qualits dramatiques » et la rebaptise Oncle Vania. Puis il revient des petits « levers de rideau » avec les deux comdies La Noce et Tragdien malgr lui (1889).

- Mdecine.

La proccupation principale de Tchkhov reste dans un premier temps la mdecine et mme aprs avoir pris conscience de l’importance de sa « mission » littraire, il garde de cette premire vocation une haute conception du devoir qu’il a envers les hommes. Les succs que l’crivain rencontre ne parviennent pas soulager une certaine insatisfaction et il juge sa vie inutile. En 1890, il part en mission sur l’le Sakhaline, en Sibrie, pour une tude sur la vie des forats. Il passe trois mois, aprs un voyage prilleux, observer les conditions terribles dans lesquelles survivent les exils et leur famille : problmes sanitaires, prostitution... Son rapport, L’le de Sakhaline, dnonce cet avilissement de la personne humaine et donnera mme lieu des rformes administratives. En 1892, lorsqu’il s’installe avec sa famille dans une proprit, non loin de Moscou, il se consacre la lutte contre la famine et contre l’ignorance, rinvestissant ses recettes thtrales pour construire des routes, des coles et soigner la population atteinte du cholra. Pour travailler, l’crivain fait construire un petit pavillon en bois au fond du verger : il y crit notamment Salle n°6 (1892) et Les Moujiks (achev en 1897) o il fait en quelque sorte la somme de ses expriences paysannes. Quelques annes plus tard, Yalta o il s’installe dfinitivement en 1899, il recueille des fonds pour venir au secours des tuberculeux ncessiteux et leur procurer un sanatorium. A la toute fin de sa vie, en 1904, lorsque la guerre russo-japonaise clate, il rve encore de partir sur le front en qualit de mdecin...

- Sant.

Cette double vie est d’autant plus harassante que lui-mme, depuis 1884, souffre d’une tuberculose, qu’il soignera toujours assez mal, et est victime d’hmorragies rgulires. Sa maladie l’oblige souvent s’loigner de Moscou o son mal empire. Ces activits sont entrecoupes de sjours en clinique, en Crime, Yalta o il devrait passer tous ses hivers, ou l’tranger o il est cens se soigner sous un climat plus favorable. Mais Tchkhov ne voyage pas seulement pour se soigner. Certes son premier priple en Europe, qui suit de prs l’pisode prouvant de Sakhaline, est motiv par le besoin d’oublier les visions du bagne mais Tchkhov sera aussi toute sa vie parcouru du dsir de voir et de connatre des lieux et des hommes nouveaux... et il voyagera jusqu’ sa mort.

- Thtre d’Art.

Ds la premire reprsentation d’Ivanov, Tchkhov se sent dpossd de son œuvre par les comdiens qui, lui semblait-il « ne comprenaient rien, accumulaient les sottises, prenaient des rles qui ne leur convenaient pas ». De nouveau en 1896, lorsque La Mouette est joue Saint-Ptersbourg, l’auteur est dcourag par les acteurs qui, mal dirigs, dclament avec emphase alors qu’il les supplie, vainement, d’tre naturels. Ds lors s’installe chez l’crivain une grande mfiance l’gard de l’interprtation de l’poque. A tel point que lorsqu’en 1898 Nemirovitch-Dantchenko et Stanislavski lui demandent de monter La Mouette, il refuse. Pourtant les deux crateurs du Thtre d’Art Moscou rvent de bouleverser les traditions thtrales grandiloquentes et d’imposer le naturel et la simplicit. Finalement Tchkhov cde. Quelques mois plus tard, il assiste aux rptitions et pour la premire fois il a l’impression d’tre compris par ses interprtes... qui font triompher La Mouette. Ds lors, l’œuvre de Tchkhov est lie au Thtre d’Art. C’est l qu’auront lieu les premires de Oncle Vania (1899), des Trois sœurs (1901) et de La Cerisaie (1904).

- Olga Knipper.

Le Thtre d’Art, c’est aussi la rencontre avec la comdienne Olga Knipper. En 1898, lorsqu’il assiste aux rptitions de La Mouette, il est particulirement sensible la beaut et au jeu de cette comdienne qui interprte le rle d’Arkadina. La jeune femme partage son trouble mais Tchkhov doit trs vite quitter Moscou pour aller se soigner Yalta, et la mort de son pre le dcide s’y installer dfinitivement. Au printemps 1899, lors d’une reprsentation prive de La Mouette, son attirance pour Olga Knipper se renforce et aprs qu’ils aient pass une partie de l’t ensemble, une correspondance quasi quotidienne s’engage entre l’crivain et l’actrice. Il ne retrouve la comdienne que lorsque le Thtre d’Art se rend en avril 1900 Yalta et Sbastopol. Leur mariage est clbr en 1901, dans le plus grand secret, mais leur relation continue d’tre faite de retrouvailles et de sparations.

- Mort (44 ans).

Aprs trois mois de vie conjugale, Olga reprend ses rptitions Moscou, Anton passe Yalta les trente mois qui lui restent vivre, avec de rares sjours Moscou, dont chaque fois il revient plus malade. En 1903, il crit La Cerisaie, qui sera prsente en janvier 1904. Il passe l’hiver Moscou. Dbut juin il part avec sa femme dans un sanatorium de la Fort Noire, Badenweiler o il meurt dans la nuit du 2 juillet aprs avoir bu un verre de champagne et dclar en allemand : « Ich sterbe » (je meurs).

Petits repres historiques
- Rgne d’Alexandre II depuis 1855.
- 1861 : Emancipation des serfs. Rformes du Service Militaire visant lever le niveau culturel des officiers, duquer les soldats, abroger les peines corporelles... Suppression de certaines restrictions la libert des coles et universits.
- 1862 : Jacqueries et srie d’incendies attribus aux extrmistes rvolutionnaires.
- 1863 : Insurrection polonaise.
- 1866 : Tentative d’assassinat sur la personne du Tsar par un tudiant.
- 1870 : Les intellectuels et tudiants participent au mouvement populiste : rpandus dans les villages ils se proposent d’duquer la paysannerie et de fomenter l’agitation. Rpression. Terrorisme.
- 1881 : Assassinat d’Alexandre II. Rgne d’Alexandre III : « Orthodoxie, Autocratie, Nationalisme ». Nouvelles restrictions aux rformes d’Alexandre II.
- 1891-1892 : Grande famine. Le gouvernement est incapable de surmonter ces crises, les secours sont l’initiative de privs : cela renforce la position des forces librales.[ Tolsto et Tchkhov sont actifs.]
- 1894 : Mort d’Alexandre III, Nicolas II qui lui succde maintient un rgime autocratique.
- 1895 : Lnine organise Ptersbourg « L’Union de la Lutte pour la Libration de la Classe Ouvrire ». [ En aot, Tchkhov, chez Tolsto, assiste une lecture de Rsurrection. Il est mis sous surveillance officieuse de la police.]
- 1896 : Catastrophe au cours du couronnement de Nicolas II : ombre sinistre sur le rgne du dernier empereur.
- 1902 : [ Tchkhov dmissionne de l’Acadmie russe parce que Gorki, sur l’ordre du Tsar, n’y a pas t admis.]

A partir du 28 novembre 2005 :
- mardi 20h (nouvel horaire) ;
- mercredi, jeudi 19h ;
- vendredi, samedi 20h30 ;
- samedi, dimanche 16h ;
- relche lundi.

Soyez les premiers aux premires jusqu’au 18 dcembre 2005

Prix des places : 25 € ;
tarif rduit : 14 € ;
tarif jeune (-26 ans) : 10 €

- Location : 01 43 56 38 32 - FNAC - Virgin - Agences

Thtre Artistic Athvains
45 bis rue Richard Lenoir
75011 Paris mtro Voltaire
Tl 01 43 56 38 32 - Fax 01 43 56 08 97


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