La colonie russe à Nice (1860-1917)
À partir de 1860, sous l’impulsion de l’impératrice Alexandra Féodorovna, épouse du tsar Nicolas Ier, la colonie russe installée à Nice connaît un développement remarquable. L’impératrice, venue sur la Côte d’Azur pour soigner ses problèmes respiratoires, tombe sous le charme du climat méditerranéen et de la douceur de vivre niçoise. Sa présence attire dans son sillage une véritable cour d’aristocrates, de diplomates et de militaires russes.
La croissance de cette communauté impose rapidement la création d’un lieu de culte orthodoxe. Une première église est construite rue Longchamp entre 1857 et 1859, témoignant de l’enracinement de la colonie russe dans le tissu urbain niçois. Cette église, consacrée à Saint-Nicolas et Sainte-Alexandra, reste encore aujourd’hui l’un des plus anciens édifices orthodoxes de France.
La colonie russe connaît une nouvelle croissance au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. La famille impériale elle-même fréquente assidûment la Riviera : le tsarévitch Nicolas Alexandrovitch, fils aîné d’Alexandre II et héritier du trône, y séjourne pour sa santé fragile avant de s’éteindre à Nice en 1865, à l’âge de 21 ans. Sa mort tragique dans la Villa Bermond marquera profondément l’histoire russo-niçoise.
Avec l’appui de l’impératrice Marie Féodorovna, épouse du tsar Alexandre III, la construction d’une nouvelle et plus grande église orthodoxe est décidée. Ce projet aboutira à l’édification de la majestueuse cathédrale orthodoxe russe Saint-Nicolas, inaugurée en 1912, qui deviendra le symbole le plus visible de la présence russe à Nice.
Au tournant du XXe siècle, on estime que la colonie russe de Nice compte plusieurs milliers de membres. La ville accueille de nombreuses familles de la haute aristocratie qui y font construire de somptueuses villas, comme les Von Derwies dont le château de Valrose (aujourd’hui siège de l’Université Côte d’Azur) reste l’un des plus beaux témoignages architecturaux de cette époque.
« Âme slave au pays bleu » : le livre de Martine Arrigo-Schwartz
En marge de la semaine consacrée à la Russie, Martine Arrigo-Schwartz, docteur de l’Université de Nice-Sophia Antipolis, publie chez Serre Éditeur un ouvrage fondamental intitulé « Âme slave au pays bleu ». Ce livre retrace l’histoire de la colonie russe dans les Alpes-Maritimes, depuis l’arrivée des premiers aristocrates au milieu du XIXe siècle jusqu’à la révolution de 1917.
Le concept d’« âme slave », véritable morceau d’idéologie française, est une invention littéraire du XIXe siècle derrière laquelle se sont engouffrées des générations de gloseurs cartésiens qui ont étoffé le mythe. Ses composantes flamboyantes, sous le signe de la musique et de la démesure, du sens de la fête et d’un certain décadentisme, se retrouvent entre 1845 et la Révolution bolchevique dans le microcosme slave très aristocratique du pays de Nice.
L’ouvrage fait surgir quelques portraits d’hommes et de femmes au destin exceptionnel dans ce « Pays Bleu », tour à tour lieu de villégiature, d’exil et de mort. On y découvre des familles comme les Gagarine, les Troubetskoy, les Galitzine ou les Demidoff, qui ont laissé une empreinte durable sur la région. L’auteure explore également la vie culturelle et mondaine de cette communauté, ses bals, ses réceptions et ses oeuvres de bienfaisance.
Martine Arrigo-Schwartz a développé ce thème au cours d’une conférence au Centre Universitaire Méditerranéen, dans le cadre de la semaine consacrée aux 150 ans de présence russe sur la Côte d’Azur.
Programme des conférences et concerts (2008)
Le Centre Universitaire Méditerranéen (CUM), en collaboration avec la chaire Tchekhov, a organisé du 31 mars au 4 avril 2008 une semaine dédiée à la découverte de ce riche passé russe à Nice et sur la Riviera, à travers une exposition, des conférences, un colloque et un concert.
Exposition
Du lundi 31 mars au vendredi 4 avril : Un siècle et demi de présence russe sur la Côte d’Azur — exposition au CUM, 65 promenade des Anglais, Nice.
Conférences
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Lundi 31 mars à 16h — Destin hors pair : les Von Derwies sur la Côte d’Azur, par Dominique Laredo, historienne. Suivie d’une séance de dédicaces.
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Mardi 1er avril à 16h — Âme slave au pays bleu, par Martine Arrigo-Schwartz, docteur en littérature à l’Université de Nice-Sophia Antipolis.
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Mercredi 2 avril à 9h — Les frères Michaut, des Niçois au service de leurs souverains et des tsars, par Michel Gerhart, ancien principal du collège Jean Cocteau (Beaulieu-sur-Mer).
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Mercredi 2 avril à 10h30 — Itinéraires russes dans les Alpes, des grands-ducs aux savants atomistes, par Jacques Vidal, professeur de sciences physiques.
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Mercredi 2 avril à 14h — Les églises russes et leurs architectes, de Saint-Raphaël à San Remo, par Luc Thévenon, conservateur en chef du Patrimoine honoraire.
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Mercredi 2 avril à 16h — Le mythe méditerranéen dans la littérature russe, par Marie-José Rizzi, proviseur du lycée Pierre et Marie Curie.
Colloque
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Jeudi 3 avril à 10h — Résultats d’études des dernières années de présence russe dans notre région (colloque en russe avec traduction), par Tamara Prikhodko et Victor Moskvine, directeur de la Maison des Russes de l’Étranger à Moscou.
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Jeudi 3 avril à 16h — Les descendants du lycée impérial de Saint-Pétersbourg en France, par Sergueï Nekrassov, directeur des musées littéraires de Saint-Pétersbourg.
Concert
Vendredi 4 avril à 19h — Cantabile, concert de musique de chambre avec des oeuvres de Rachmaninov, Rimski-Korsakov, Stravinsky et Glazounov, interprétées par le quatuor à cordes des étudiants du Conservatoire Tchaïkovski de Moscou.
Lieu : Centre Universitaire Méditerranéen, 65 promenade des Anglais, 06000 Nice.
L’héritage russe sur la Côte d’Azur aujourd’hui
Plus d’un siècle et demi après l’arrivée des premières familles russes, l’héritage de cette présence reste profondément inscrit dans le paysage et la culture de Nice et de la Côte d’Azur. Plusieurs sites emblématiques témoignent de cette histoire singulière.
La cathédrale orthodoxe russe Saint-Nicolas
Joyau architectural de Nice, la cathédrale Saint-Nicolas, située boulevard du Tsarévitch, est la plus grande église orthodoxe russe hors de Russie. Inaugurée en 1912 et classée monument historique depuis 1987, elle a été construite sur le terrain de la Villa Bermond, lieu de décès du tsarévitch Nicolas Alexandrovitch en 1865. Ses bulbes polychromes, ses icônes et sa riche décoration intérieure en font un incontournable de la visite de Nice. Si la Russie et son patrimoine vous fascinent, découvrez les voyages en Russie pour explorer ces trésors architecturaux dans leur pays d’origine.
L’église russe de la rue Longchamp
Première église orthodoxe construite à Nice entre 1857 et 1859, l’église de la rue Longchamp reste un témoignage émouvant des débuts de la communauté russe. Consacrée à Saint-Nicolas et Sainte-Alexandra, elle a accueilli les offices de la colonie russe pendant plus d’un demi-siècle avant l’ouverture de la cathédrale.
Le château de Valrose
Construit entre 1867 et 1870 par le baron Paul Von Derwies, richissime industriel russe des chemins de fer, le château de Valrose est un chef-d’oeuvre d’architecture éclectique entouré d’un parc de 10 hectares. Von Derwies y entretenait un orchestre privé et donnait des fêtes somptueuses. Racheté par la ville de Nice en 1965, il abrite aujourd’hui le siège de l’Université Côte d’Azur.
Le cimetière orthodoxe de Caucade
Le cimetière russe de Caucade, fondé en 1867, est le lieu de repos de nombreuses figures de l’aristocratie et de la diaspora russes. On y trouve les tombes de généraux, de diplomates et de membres de grandes familles nobles, témoignant de l’importance de la communauté russe à Nice au fil des décennies.
Autres traces de la présence russe
De nombreux autres lieux rappellent cette histoire : la Villa Belvédère, les villas du quartier du Parc Impérial, le boulevard du Tsarévitch, ainsi que les archives municipales qui conservent une documentation exceptionnelle sur la colonie russe. Les amateurs d’expositions d’art russe pourront également découvrir les collections du musée Chagall à Nice, consacrées au peintre russe Marc Chagall, qui vécut à Saint-Paul-de-Vence.
Questions fréquentes
Pourquoi les Russes se sont-ils installés à Nice au XIXe siècle ?
Dès les années 1850, l’aristocratie russe a été attirée par le climat doux de la Côte d’Azur. L’impératrice Alexandra Féodorovna, épouse du tsar Nicolas Ier, a séjourné à Nice pour sa santé, entraînant dans son sillage toute une colonie de nobles et d’artistes russes. Le rattachement de Nice à la France en 1860 a encore renforcé cette présence, Nice devenant la destination hivernale favorite de l’élite russe.
Quelle est l’histoire de la cathédrale orthodoxe russe Saint-Nicolas de Nice ?
La cathédrale orthodoxe russe Saint-Nicolas de Nice, inaugurée en 1912, est la plus grande église orthodoxe russe hors de Russie. Sa construction a été décidée pour remplacer la première église de la rue Longchamp (1857-1859), devenue trop petite pour la colonie russe croissante. Édifiée sur le terrain de la Villa Bermond où le tsarévitch Nicolas Alexandrovitch est décédé en 1865, elle est classée monument historique depuis 1987.
Quels vestiges de la présence russe peut-on voir à Nice aujourd’hui ?
Nice conserve de nombreux témoignages de la présence russe : la cathédrale orthodoxe Saint-Nicolas (boulevard du Tsarévitch), l’église russe de la rue Longchamp, le cimetière orthodoxe de Caucade, la Villa Belvédère, ainsi que de nombreuses villas construites par l’aristocratie russe sur la Promenade des Anglais et dans le quartier du Parc Impérial. Le château de Valrose des Von Derwies abrite aujourd’hui l’Université Côte d’Azur.
Qui étaient les Russes célèbres ayant vécu sur la Côte d’Azur ?
De nombreuses personnalités russes ont marqué la Côte d’Azur : les impératrices Alexandra Féodorovna et Marie Féodorovna, la famille Von Derwies (château de Valrose), Anton Tchekhov qui séjourna à Nice, les peintres Marc Chagall (Saint-Paul-de-Vence) et Nicolas de Staël, ainsi que de nombreux aristocrates exilés après la révolution de 1917, comme les Gagarine, Troubetskoy et Demidoff.