Le spectacle et la distribution

L’Histoire du soldat marque la naissance du théâtre musical au XXe siècle : en 1917, année de guerre en Europe, Stravinski et l’écrivain suisse Ramuz inventent, à partir d’un conte populaire russe, Le Déserteur et le Diable, un genre nouveau, pensé pour « un petit théâtre ambulant », mêlant musique, théâtre parlé, mime et danse. Ce conte universel s’adresse aux adultes comme à de grands enfants, et n’a rien perdu de sa portée aujourd’hui, avec l’« inquiétante étrangeté » du diable, les transgressions du soldat naïf qui traîne avec lui la misère de l’errance et des guerres, autour de l’enjeu d’un violon-âme.

  • Musique : Igor Stravinski

  • Texte : Charles-Ferdinand Ramuz

  • Direction musicale : Hélène Bouchez

  • Mise en scène : Roland Auzet

  • Le soldat (fantassin) : Thomas Fersen

Les tentations d Le théâtre s’inspire des grandes oeuvres russes — ici Les tentations d’Aliocha d’après Dostoïevski, à l’affiche dans la même saison.

Le conte : l’âme et le violon

L’âme, c’est la petite pièce de bois placée à l’intérieur de la caisse de résonance des instruments à cordes, celle qui transmet les vibrations et permet de supporter la pression. Le soldat y pensait-il en échangeant son violon contre toutes les richesses que le diable promet ? Empruntant le thème d’un conte populaire russe, Le Déserteur et le Diable, Igor Stravinski et l’écrivain suisse Charles-Ferdinand Ramuz inventent un genre nouveau, mélange alors inédit de musique, de texte parlé, de danse et de mime, inspiré du théâtre ambulant des tréteaux de village.

En 1917, ils mettent en scène les tentations et les naïvetés d’un soldat revenant de guerre, et choisissent une forme modeste, populaire, universelle. Abandonnant le cycle de ses grands ballets, Stravinski se frotte en toute liberté aux nouveaux rythmes urbains du ragtime et du tango, s’offre un tour de valse, ou détourne avec malice un choral de Bach. Le metteur en scène Jean-Christophe Saïs a choisi de conserver au conte toute sa portée magique, plaçant un diable séducteur à la tête de l’orchestre, ouvrant grand le livre qui prédit l’avenir pour mieux « faire de l’argent », ou faisant danser une ensorcelante princesse.

Immédiate et éternelle, philosophique et enchantée, l’Histoire du soldat est ainsi accessible aux enfants comme aux adultes. Comme le disait Ramuz : « Il n’y a pas à comprendre : il n’y a qu’à se laisser faire. »

Igor Stravinski — Compositeur d’origine russe

Le Sacre du printemps de Stravinski par le Ballet Mariinsky — oeuvre majeure du compositeur russe Le Sacre du printemps de Stravinski par le Ballet Mariinsky — une autre grande oeuvre du compositeur à découvrir sur Art-Russe.com. Lire l’article

Compositeur d’origine russe, naturalisé d’abord français puis américain, Igor Stravinski (1882-1971) devient l’élève privé de Rimski-Korsakov, dont l’empreinte se retrouve dans son premier opéra féerique Le Rossignol. L’année 1910 marque le début d’une collaboration fructueuse avec Diaghilev qui lui commande la musique de L’Oiseau de feu : c’est un immense succès. Viendront ensuite Petrouchka puis Le Sacre du printemps (1913) qui lui assurent définitivement une place parmi les compositeurs les plus marquants du XXe siècle.

Stravinski ne reviendra que deux fois à l’opéra proprement dit : avec Mavra puis avec The Rake’s Progress. Diverses autres oeuvres avec chant se rattachent au théâtre ou au genre de la cantate dramatique : Œdipe Rex, Perséphone, au mimodrame avec parties vocales : Noces, Renard, voire au théâtre musical Histoire du soldat (1917). Adepte de la théorie de la musique considérée comme une fin en soi, et détachée de son sujet, Stravinski a consigné ses vues sur l’opéra dans ses Cours de poétique musicale, publiés à Paris en 1945.

Ramuz et l’histoire du texte

De février à août 1918, Ramuz rédige six versions différentes de cette pièce dont l’idée est empruntée à un conte russe. Il se rend pratiquement tous les jours à Morges chez Stravinski, où se trouve le piano sur lequel ce dernier travaille.

Début septembre 1918, Ramuz s’emploie à faire de la publicité pour l’Histoire du soldat ; le fait qu’il ne se bat pas en son nom propre mais tente de promouvoir une oeuvre collective atténue sa timidité de grand « rétracté » ; sa répugnance à jouer ce rôle de quémandeur reste cependant évidente.

Lettre 1900-1918, Lettre à René Auberjonois, 6 septembre 1918 :

« […] j’aurais besoin de concours mondains : qui ? dites-le moi ; je ferai tout ce que vous voudrez ; […] Recommandez-moi : je suis généralement bien reçu et je peux plaire, si je veux. Je fais un métier de proxénète — j’entends maintenant le faire jusqu’au bout ; je dis : “Ce n’est pas pour moi que je viens”, j’ai le bonheur de n’être pas seul en cause. »

La première de l’Histoire du soldat a lieu à Lausanne le 28 septembre 1918. La représentation est un échec dont Ramuz donne son interprétation dans une lettre aux organisateurs de la représentation zurichoise de la pièce :

« Je suis fâché que nos spectateurs de Lausanne n’aient pas compris : c’est apparemment qu’ils ont cherché trop loin. Il n’y a pas à comprendre : il n’y a qu’à se laisser faire. » — C.F. Ramuz, Lettre aux Zurichois, 1918

Cette dernière phrase s’applique particulièrement bien à sa propre tentative d’amener sa raison à diminuer le contrôle qu’elle exerce sur ses sensations et sur ses sentiments. Il notera bientôt : « On n’a pas à expliquer ses intentions : on a à les imposer. »

— Extrait de C.F. Ramuz à visage découvert de Jacqueline Goecking-Muret, éditions Cabédita

La naissance du théâtre musical

L’Histoire du soldat est souvent citée comme l’acte fondateur du théâtre musical moderne. En rompant avec les grandes machines d’opéra et de ballet qui caractérisaient la fin du XIXe siècle, Stravinski et Ramuz inventèrent une forme légère, itinérante, populaire. L’oeuvre est écrite pour un ensemble de chambre de sept instruments seulement — violon, contrebasse, clarinette, basson, cornet à piston, trombone et percussion — et peut être jouée sur n’importe quelle scène, de village en ville.

Cette liberté formelle, cette volonté de rejoindre un public large avec des moyens modestes, préfigura toutes les grandes formes du théâtre musical du XXe siècle : de l’Opéra de quat’sous de Brecht et Weill aux comédies musicales de Leonard Bernstein. L’oeuvre n’a rien perdu de sa modernité ni de sa puissance.

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Informations pratiques

Athénée Théâtre Louis-Jouvet

Square de l’Opéra Louis-Jouvet — 7 rue Boudreau — 75009 Paris

Métro : Opéra, Havre-Caumartin — RER A : Auber

Réservation : 01 53 05 19 19

Représentations du 21 février au 2 mars 2013.

L’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, situé dans le 9e arrondissement de Paris, est l’une des salles les plus élégantes de la capitale. Inauguré en 1896, il est classé monument historique et accueille des créations théâtrales et musicales d’exception.

Questions fréquentes sur l’Histoire du soldat

Qu’est-ce que l’Histoire du soldat d’Igor Stravinski ?

L’Histoire du soldat est une oeuvre de théâtre musical créée en 1917 par Igor Stravinski (musique) et Charles-Ferdinand Ramuz (texte). Inspirée du conte russe Le Déserteur et le Diable, elle raconte l’histoire d’un soldat qui vend son violon — symbole de son âme — au Diable en échange de richesses. Mêlant musique de chambre, théâtre parlé, mime et danse, elle est considérée comme l’acte fondateur du théâtre musical au XXe siècle. L’oeuvre est écrite pour sept instruments seulement et peut être jouée sur n’importe quelle scène.

Quel conte russe a inspiré l’Histoire du soldat ?

L’Histoire du soldat est inspirée d’un conte populaire russe intitulé Le Déserteur et le Diable. Dans ce conte, un soldat rentrant de guerre rencontre le Diable qui lui propose un marché : son violon contre un livre qui prédit l’avenir et fait la fortune. Ce thème universel du pacte avec le Diable, présent dans de nombreuses cultures depuis Faust, est transposé par Stravinski et Ramuz en 1917 dans une forme théâtrale moderne, populaire et ambulante, pensée pour toucher le plus grand nombre de spectateurs.

Qui est Thomas Fersen et quel rôle joue-t-il dans l’Histoire du soldat ?

Thomas Fersen est un chanteur et compositeur français connu pour son univers poétique et décalé, peuplé de personnages hauts en couleur. Dans cette production de l’Histoire du soldat mise en scène par Roland Auzet, avec la direction musicale d’Hélène Bouchez, il incarne le soldat : un fantassin candide et vulnérable qui, rentrant de guerre avec son violon, se laisse séduire par les promesses du Diable. Son timbre particulier et son sens du conte font de lui un interprète idéal pour ce rôle de narrateur-protagoniste.

Qui est Charles-Ferdinand Ramuz, l’auteur du texte ?

Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947) est un écrivain suisse de langue française, considéré comme l’un des grands romanciers de la première moitié du XXe siècle. Sa collaboration avec Igor Stravinski pour l’Histoire du soldat (1917-1918) fut particulièrement intense : il se rendit pratiquement chaque jour chez Stravinski à Morges pour travailler sur le texte, dont il rédigea six versions différentes. La première eut lieu à Lausanne le 28 septembre 1918. Il est notamment l’auteur de Derborence (1934) et de La Beauté sur la terre (1927).

Pourquoi l’Histoire du soldat est-elle considérée comme fondatrice du théâtre musical ?

En 1917, en pleine guerre mondiale, Stravinski et Ramuz inventèrent une forme artistique entièrement nouvelle. Abandonnant les grandes productions d’opéra et de ballet, ils conçurent une oeuvre pour « un petit théâtre ambulant », accessible à tous. Ce mélange inédit de musique de chambre (sept instruments seulement), de texte parlé, de danse et de mime, pensé pour circuler de village en village, préfigurait toutes les formes de théâtre musical du XXe siècle : de l’Opéra de quat’sous de Brecht et Weill aux comédies musicales de Leonard Bernstein en passant par le théâtre musical contemporain.

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