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V. Meyerhold, Ecrits sur le théâtre ( 1891-1917), présentation, traduction et notes par B. Picon-Vallin


’Le plus dangereux pour le théâtre, c’est de servir les goûts bourgeois de la foule. Il ne faut pas prêter l’oreille à sa voix, sous peine de tomber du sommet dans l’abîme.

Le théâtre est grand lorsqu’il fait monter la foule à lui, ou, s’il ne la fait pas monter, alors au moins l’attire vers les hauteurs. Si on écoute la voix de la foule bourgeoise, on peut très facilement dégringoler. Le désir des hauteurs n’a de raison d’être que s’il est sans compromis. Il faut se battre, coûte que coûte. En avant, en avant, toujours en avant ! Tant pis s’il y a des erreurs, tant pis si tout est extraordinaire, criard, passionné jusqu’à l’horreur, désespéré au point de choquer, de faire peur, tout sera mieux qu’une médiocrité dorée. Il ne faut jamais transiger, mais toujours innover, jouer de feux multicolores, nouveaux, jamais vus. Ces feux aveuglent d’abord , mais ils se mettent à flamber en vifs brasiers et ils nous habituent à leur lumière.’

Ainsi s’exprime en 1901 dans son Journal Vsevolod Meyerhold qui deviendra le plus important metteur en scène soviétique des années vingt, et une des figures-clefs du théâtre du vingtième siècle, celui en qui, au delà de leurs différences, Planchon et Krejča, Chéreau, Lioubimov et Ariane Mnouchkine, Corsetti, Sellars et Lebl peuvent reconnaître un de leurs précurseurs.

Meyerhold, metteur en scène révolutionnaire, Meyerhold, metteur en scène de la Révolution, disparaîtra en 1940, victime du stalinisme. Pour l’heure, âgé de vingt-sept ans, il se libère du naturalisme qu’il connaît en tant qu’acteur au Théâtre d’Art de Moscou, chez Stanislavski, son maître : en 1905 s’ouvre devant lui une période mouvementée de recherche, d’expérimentation, qui lui permet d’aborder le répertoire symboliste, et de s’essayer à tous les genres, du drame à la pantomime, du cabaret à l’opéra, du cirque au cinéma. Son œuvre impose dès lors un théâtre de la "convention consciente", où la musique tient une place capitale.

Ce premier volume consacré à la période pré-révolutionnaire rassemble lettres, notes, études, articles et Du théâtre, le seul livre abouti et publié en 1913. À travers ces textes, un artiste de théâtre, metteur en scène-acteur, se révèle — un homme érudit, inquiet, passionné, rigoureux. Sa sensibilité témoigne pour une époque, ses écrits rendent compte d’une œuvre en perpétuel devenir, inséparable de la fermentation des milieux artistiques des vingt premières années du siècle. Ces textes sont essentiels pour qui veut comprendre les origines du théâtre moderne, qu’il s’agisse de mise en scène ou de jeu de l’acteur, de création ou de pédagogie.

V. Meyerhold, Ecrits sur le théâtre ( 1891-1917), présentation, traduction et notes par B. Picon-Vallin.
Lausanne, L’Age d’Homme, coll. th. xx, vol. 1, édition revue et complétée, (1ère édition 1973), juin 2001
363 pages, 50 ill. 200 FF
ISBN 2-8251-1571-1



Ce n'est pas le champ qui nourrit, c'est la culture. Proverbe russe

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