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Le symbolisme russe : Goloubkina, Serov, Konenkov, Vroubel...

Jusqu’au 5 février 2006


Cette belle exposition qui n’omet ni la sculpture, avec de belles œuvres de Goloubkina et de Domogatski, ni les arts décoratifs (avec en particulier des céramiques de Valentin Sérov) permet la découverte de nombreuses œuvres rarement vues, voire inédites.

Le Symbolisme russe. La Rose bleue

Ixelles (Bruxelles), Musée. Jusqu’au 5 février 2006.

Dans le cadre du festival ’Europalia Russie’, le Musée communal d’Ixelles (Bruxelles) présente une exposition consacrée au Symbolisme russe.

Le musée d’Ixelles a réuni un ensemble remarquable provenant d’institutions prestigieuses.

L’exposition, propose une synthèse du Symbolisme russe qui se manifesta en deux vagues successives et fut identifié, dans le contexte culturel spécifique du pays, avec le mouvement moderne

La grande salle du musée mise à profit pour présenter la première période du symbolisme russe. Avec la croissance d’un nouvelle grande bourgeoisie, on voit en effet apparaître dans les années 1880 ces hôtels particuliers (les ossobniak) qui seront souvent le lieu d’expérimentation des artistes, à la faveur de commandes importantes.

Cette inspiration se prolonge au cours des années 1905-1910 dans le mouvement néo-primitiviste, aussi bien en peinture (Gontcharova, Larionov, Malevitch) que dans les recherches sur la taille directe du bois en sculpture (Goloubkina, Konenkov). Ces artistes assurent et revendiquent la fécondité, dans la genèse des mouvements d’avant-garde, de l’h éritage de la Russie ancienne et moderne.

Cette belle exposition qui n’omet ni la sculpture, avec de belles œuvres de Goloubkina et de Domogatski, ni les arts décoratifs (avec en particulier des céramiques de Valentin Sérov) permet la découverte de nombreuses œuvres rarement vues, voire inédites.

Mikhail Vroubel, l’un des peintres « phare » du symbolisme et l’un des rares artistes mystiques de la Russie fin-de-siècle, occupe ici une place majeure. Son grand décor pour l’ossobniak Morozov de Moscou est accroché au fond de la salle et laisse planer sa scène faustienne sur l‘ensemble de la visite. Mais pas moins de six autres œuvres de Vroubel enrichissent l’exposition : un Démon déchu, le Cygne, Le Prophète, Le Jeu des Naïades, La Muse... On sait en effet qu’un cercle de création et d’ateliers, situé à Abramtsévo, favorisait les arts décoratifs et une revisitation des traditions plastiques russes anciennes. Outre Vroubel, des artistes comme Alexandre Golovine, Eléna Polénova ou Valentin Sérov participèrent aussi à ces ateliers et sont ici bien représentés. Citons, de Golovine, le troublant paysage nocturne : Serrement de cœur de 1894.

Proche de ces artistes, quoique indépendant d’Abramtsévo, Nikolaï Roerich peint, dans une manière synthétique, des scènes et des paysages pénétrés de mémoire archaïque : Le Grand Sacrifice, Vieille forteresse et Le Tour de ronde évoquent par les sujets comme par la technique une Russie immémoriale et primitive dont l’imagerie n’a certes pas dû laisser Eisenstein indifférent.

Victor Borissov-Moussatov, qui séjourna à Paris et admirait Puvis de Chavannes, s’exprime quant à lui dans un art qui unit méditation lyrique et mélancolie. Citons aussi Vassili Dénissov et ses étonnants Péchés, sans doute les œuvres les plus intéressantes de l’exposition. Cette tendance connaît toutefois son apogée avec des amis et disciples de Borissov-Mousatov au sein du cercle de La Rose bleue, inspirée à ses membres par le théâtre de Maeterlinck et dont le nom sert de sous-titre à l’exposition. Si ce cercle organisa son salon en 1907, il rappelle, par son ambition esthétique et idéaliste (la rose bleue étant une fleur inconnue) les salons de la Rose+Croix tenus à Paris de 1892 à 1897 : tissus bleus, parfums répandus, orchestre invisible etc... Cependant, tandis que le sanctuaire parisien avait été organisé par un théoricien pétri d’ésotérisme (Péladan), ce sont les artistes eux-mêmes, provinciaux pour la plupart, qui créèrent ce cénacle russe et principalement Piotr Outkine et Pavel Kousnetzov, tous deux originaires le Saratov. De Piotr Outkine on peut admirer de nombreuses œuvres parmi lesquelles des nocturnes nébuleux et mystérieux où se décèle l’influence de Vroubel ( La Nuit, le vent,1907 et Amateurs de tempête, 1908) mais qu’adoucit parfois un sentiment élégiaque (Rêve, 1905, Triomphe du ciel, 1906).

Les liens de la peinture russe avec le théâtre s’amplifieront avec le temps et gagneront en importance lors de la deuxième vague du symbolisme russe, moment qui tente une synthèse entre l’héritage idéaliste et un « nouveau réalisme » théorisé vers 1907 par Maximilien Volochine (l’exposition présente un certain nombre de projets de décors et de costumes de théâtre). C’est l’époque des salons de La Toison d’or et du rapprochement avec les peintres français. L’oeuvre du moscovite Nikolaï Sapounov (Hortensias bleus, 1907, Le Thé, 1912) reflète cette évolution vers un « modernisme » proprement russe. Les dernières salles illustrent encore cette tendance, en particulier avec les tableaux de Martiros Sarian, artiste dont la simplification semble plutôt relever d’une sorte de naïveté que d’un réel « primitivisme » étudié.



L'histoire est encore plus rancunière que les hommes. Nicolaï Karamzine

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