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’Lady Macbeth de Mzensk’ de Leskov, grand opéra russe de Chostakovitch

Du jeudi 15 mars 2007 au dimanche 18 mars 2007


Lady Macbeth de Mzensk, second opéra terminé de Chostakovitch et succès public phénoménal, devait constituer le premier volet d’une trilogie à la gloire de la femme soviétique.

Un autre sens à l’œuvre de Shakespeare !

Lady Macbeth trouve son inspiration dans la nuit.
C’est une toute autre personne la nuit venue.
C’est par de telles nuits que les enfants chiffonniers de Delhi parcourent la ville, collectant les ordures et les portant sur leur dos.

Ces morceaux d’ordures et papiers pourraient bien être les pensées de Lady Macbeth, ou celles d’autres qui, comme elle, ont un esprit complètement différent la nuit…


Cet opéra en quatre actes sur un livret du compositeur et du dramaturge Alexandre Preis est basé sur une nouvelle de Nicolaï Leskov qui raconte un fait divers de la province russe du XIXe siècle, et fut mis en chantier par Chostakovitch en 1930, tout de suite après la création de son premier opéra Le Nez. L’œuvre fut créée à Léningrad le 22 janvier 1934 et donnée deux jours plus tard à Moscou. Le succès fut tel qu’elle ne quitta pas l’affiche et atteignit en deux ans presque deux cents représentations.

En 1936, Joseph Staline se décida à voir Lady Macbeth de Mzensk, qui lui déplut, pas tant par sa musique que par la crudité des scènes sexuelles. La voici qualifiée de décadente et dégénérée par le Petit Père des Peuples indigné. Le 28 janvier 1936 parut dans le Pravda, organe du parti communiste, et par conséquent reflet de ses opinions, un article anonyme intitulé « le chaos remplace la musique » : « L’auditeur de cet opéra se trouve d’emblée étourdi par un flot de sons intentionnellement discordants et confus […] Il est difficile de suivre cette musique, il est impossible de la mémoriser […] cette musique est mise intentionnellement sens dessus-dessous […] Il s’agit d’un chaos gauchiste remplaçant une musique naturelle, humaine. La faculté qu’a la bonne musique de captiver les masses est sacrifiée sur l’autel des vains labeurs du formaliste petit bourgeois […] Ce Lady Macbeth est apprécié des publics bourgeois à l’étranger. Si le public bourgeois l’applaudit, n’est-ce pas parce que cet opéra est absolument apolitique et confus ? Parce qu’il flatte les goûts dénaturés des bourgeois par sa musique criarde, contorsionnée, neurasthénique ? ».

Cet article fut le signal de départ d’une campagne de presse et de mobilisation de l’opinion contre Chostakovitch, et Lady Macbeth disparut de la scène. Après l’ère stalinienne, le compositeur entreprit la révision de l’œuvre, principalement sous trois aspects : Le livret est édulcoré, la tessiture de l’héroïne, très aiguë afin de traduire son état d’hystérie, est transposée vers le bas, l’interlude symphonique illustrant la scène d’amour est supprimé. En 1963, cette mouture assagie est donnée sous le titre de Katerina Ismaïlova. En 1966 les autorités soviétiques décident de tourner un film tiré de l’opéra avec l’interprète préférée de Chostakovitch, Galina Vichnevskaia, qui tenta discrètement un retour partiel à la source en chantant sa partie dans la tessiture d’origine. En 1974, Galina Vichnevskaïa et son époux Mstislav Rostropovitch quittèrent l’URSS, avec dans leurs bagages la partition de la version originale de Lady Macbeth. L’enregistrement, qui fait encore figure de référence de nos jours, parut en 1979. Lady Macbeth de Mzensk était définitivement sortie du purgatoire, et de l’oubli.

Dans la nouvelle littéraire, Katerina supprime également le neveu de son mari, héritier de ses biens, en l’étouffant avec un oreiller. Cette scène n’a pas été retenue par Chostakovitch, peut-être parce que c’est le moins passionnel, le plus calculé des meurtres de Lady Macbeth, et que l’assassinat d’un enfant est toujours difficile à présenter pour un dramaturge qui veut rendre son personnage sympathique.

La partie de l’opéra dans lequel le couple se fait pincer donne lieu à une description satirique de policiers grotesques et corrompus. On a voulu y voir une allusion à la répression bureaucratique du régime communiste, tout comme dans le drame de Katerina un sous-entendu à la société soviétique qui broie les destins individuels. Cela reste à démontrer, en tous cas, ce n’est pas le sujet principal. Sur la route de la Sibérie, Katerina n’est pas malheureuse. Les aléas matériels lui importent peu, du moment qu’elle peut soudoyer les gardes pour aller du côté des hommes, retrouver son cher Sergueï. Mais celui-ci a changé. Sa maîtresse ne peut plus rien lui apporter, et il lui reproche même de se retrouver au bagne à cause d’elle, lui, l’instigateur et le complice du deuxième meurtre !

Il l’humilie publiquement et fricote avec une autre déportée. Le moment où ils vont tous deux s’isoler dans les fourrés en échange d’une paire de bas chauds extorquée à Katerina n’est ni montré, ni illustré musicalement, car ce n’est pas ce sexe-là qui importe, c’est le sexe vécu par Katerina, celui de la passion. Bien au contraire, cet instant est occupé par un splendide air de l’héroïne, bouleversant de désespoir.

N’ayant plus rien à perdre, puisqu’elle a perdu Sergueï, Katerina commet son dernier meurtre, le moins prémédité, le plus passionnel : Elle précipite sa rivale dans l’eau glacée de la rivière, et s’y noie avec elle. L’histoire se termine donc comme elle a commencé, en parallèle avec celle de Madame Bovary, par le suicide de l’héroïne. Mais ici l’acte est éclatant, ardent, violent, et ne s’effectue pas dans la solitude et le secret d’un poison ingéré en catimini au fond d’un boudoir. Car si Emma représente la rêverie romantique et bien peu la pratique, Katerina, c’est la sève, c’est la vie.

Direction musicale : Vladimir Ponkin
Mise en scène : Dmitri Bertman
Avec les solistes et chœurs de l’Opéra-Théâtre Hélikon

Du jeudi 15 au dimanche 18 mars 2007 :
- Le jeudi et le vendredi de 20:00 à 22:00
- Dimanche de 16:00 à 18:00

OPERA-THEATRE DE MASSY
1 place de France
91300 MASSY



Qui est seul n'est pas toujours pauvre, mais qui est pauvre est trop souvent seul. Proverbe russe

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