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Festival Est-Ouest 2006 consacré au Caucase


17e édition du Festival Est-Ouest, consacrée au Caucase : artistes et personnalités d’Arménie, d’Azerbaïdjan et de Géorgie, mais aussi de Russie, de Turquie, de Tchétchénie. Du 15 au 24 septembre 2006, à Die, dans la Drôme.

Situation du Caucase :

- entre la Mer Noire et la Mer Caspienne.

- entre la Russie et le Moyen-Orient : avant 1991, le Caucase était dans l’Union Soviétique et avait donc des frontières avec l’Iran et la Turquie. Aujourd’hui les trois Etats au sud du Caucase sont indépendants (Géorgie, Azerbaïdjan, Arménie) tandis que le nord du Caucase est russe. Le Caucase tire de l’héritage de l’époque stalinienne la présence de républiques autonomes au sein des Etats.

Une montagne et ses piémonts

Le Caucase est une région montagneuse dont la chaîne principale comporte 5 sommets de plus de 5000 m et de puissants glaciers. L’Anticaucase, petite chaîne parallèle au sud, est en fait un plateau, situé en Arménie et pour une large partie en territoire turc. Entre les deux, la Koura coule vers l’Est, dans une vaste dépression. La spécificité du Caucase est une très grande diversité de paysages, la plus grande du monde. La partie occidentale en Géorgie présente un climat subtropical humide avec une pluviométrie de 4000 mm/an. La partie est (Azerbaïdjan) est semi désertique (200 mm/an). Beaucoup de problèmes sont liés aux risques naturels : des tremblements de terre se produisent un peu partout dans le Caucase (le dernier a tué 45000 personnes en Arménie), ainsi que des avalanches, des inondations, des glissements de terrain. La répartition de la population est très liée aux conditions naturelles. Dans les montagnes, la densité est faible, alors que dans les plaines, elle est élevée. Il y a uniquement trois villes de plus de 1 million d’habitants. Dans l’agriculture, la culture viticole est très présente ; c’est en Géorgie qu’a été trouvé le raisin vinifié le plus ancien (-7000 av J-C). Aujourd’hui, la Géorgie compte 400 cépages, plus qu’en France. Les régions les plus au Nord sont des régions agraires (blé, céréales). Lorsque les frontières de l’URSS étaient encore fermées, on pratiquait à côté de ces cultures, celles du thé, des mandarines.

La frontière entre l’Europe et l’Asie

De quel continent le Caucase fait-il partie ? Le point de vue le plus ancien était celui d’Hérodote, qui proposait de faire la coupure au niveau du Rio Leoni. Pendant la période soviétique, la dépression qui joint la Mer Noire à la mer Caspienne constituait la frontière, loin au nord du Caucase. Depuis l’explosion de l’URSS, les Etats caucasiens veulent réintégrer l’Europe, que la frontière entre l’Europe et l’Asie soit au Sud de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie et de la Géorgie. Les Organismes Internationaux participent à ce problème de frontière qu’ils veulent repousser au Sud, et passer par la Turquie et l’Iran.

La diversité culturelle et ethnique

Trois langues cohabitent :
- l’indo-européen (russe partout, arménien, persan en Ossétie du Sud)
- le turc (Azerbaïdjan, et quelques groupes du Nord Caucase)
- les langues caucasiques (Géorgie, Tchéthénie, Ingouchie, Ossétie du Nord, Daghestan) Les langues caucasiques n’ont aucune ressemblance avec les autres alphabets dans le monde. Ces langues sont souvent mêlées : au Daghestan, 33 langues sont parlées. Chaque vallée a sa langue. La langue russe est utilisée pour parler entre eux.

La diversité des religions : la plus grande partie des habitants dans le Sud de la Russie sont chrétiens orthodoxes ; en Arménie, on trouve essentiellement des chrétiens grégoriens. En Azerbaïdjan des musulmans chiites, et dans le Nord du Caucase des musulmans sunnites. Musulmans chiites et sunnites sont présents également en Tchétchénie et au Daghestan. Les religions musulmanes poussent pour gagner des territoires, tandis que les religions chrétiennes en gagnent aussi de leur côté. En gros, il y a une opposition entre l’Est musulman et l’Ouest chrétien, plus qu’entre le Nord et le Sud de la montagne. La carte de la répartition des élevages de cochons et de moutons est significative : beaucoup de cochons dans les régions chrétiennes, aucun dans les régions musulmanes, mais les moutons, eux, se trouvent partout.

La diversité ethnique : avant 1991, les Russes étaient présents un peu partout, mais depuis l’explosion de l’URSS, ils sont revenus au Nord du Caucase. Les Géorgiens habitent essentiellement en Géorgie, sauf une petite partie en Azerbaïdjan. Les Azerbaidjanais habitent pour la plupart dans leur pays d’origine, mais un tiers sont au Nord de l’Iran et une petite partie a émigré en Géorgie. Les Arméniens résident essentiellement en Arménie et en Géorgie mais beaucoup se trouvent également dans le Nord du Caucase. Enfin une partie des Tchétchènes se trouve au Daghestan et au Nord du Caucase.

La situation démographique

Le Caucase s’étend sur 440 000 mètres carrés. Sa population est de 30 583 000 personnes ; sa densité moyenne est de 60 hab/km². Les changements dans la situation démographique sont dus à la récession économique. Pour certaines régions du Caucase, la situation est catastrophique. Dans le Nord, l’accroissement naturel est négatif (en Fédération de Russie, on recense 9 naissances pour 15 morts). Au Daghestan, la situation est différente ; le fort taux d’accroissement naturel est lié à la tradition musulmane. Au cours des trente dernières années, la croissance naturelle était très haute, puis elle a chuté depuis l’explosion de l’URSS et la récession économique.

Après l’explosion, les mouvements migratoires ont été très importants :
- des Arméniens sont partis vers la Russie
- des Georgiens ont migré vers la Russie et d’autres pays
- Les Russes sont restés au pays. Cependant avec l’expansion militaire de l’armée russe dans le Caucase, on assiste à une forte augmentation des Russes près des frontières, surtout dans les montagnes, dans les postes militaires.
- de 1990 à 1995, le solde migratoire dans le Caucase a été négatif. En 1989, 5,5 millions de personnes habitaient en Géorgie, aujourd’hui seulement 4,4 millions de personnes, soit une perte de un million de personnes !

De 1980 à 1999, le PNB a été divisé par 7. La production industrielle a chuté ; la situation écologique s’est dégradée avec l’augmentation de la pollution de l’air. Le site le plus polluant est Bakou, avec son pétrole. Alors qu’auparavant 450 000 personnes habitaient à Grozny, capitale de la Tchéchénie, aujourd’hui il n’en reste plus que 100 ou 150 000 habitants : la guerre contribue aussi aux migrations.

Le pétrole

Dans la région du Caucase et de la Caspienne, on considérait que se trouvaient 20% des ressources mondiales en pétrole. Aujourd’hui, on pense que seulement 6% des ressources mondiales s’y trouvent. C’est néanmoins la 2° région productrice du monde. Le principal gisement de pétrole se situe à côté de Bakou. Jusqu’en 1930, Bakou était la première place de production de pétrole. Après, la production a baissé car l’exportation était très difficile (pas de voies maritimes, mer Caspienne fermée). Américains et Russes se disputent la route du pétrole et du gaz de part et d’autre du Caucase.

Au Sud du Caucase, la meilleure route aurait été celle passant par le Golfe, mais les USA ne veulent pas d’oléoduc qui traverse l’Iran. La deuxième aurait pu passer par la Turquie. Mais l’Arménie et l’Iran entretiennent de très mauvaises relations et la mer Noire est contrôlée par les Turcs au passage du Bosphore. L’oléoduc terminé en 2005 contourne donc l’Iran et l’Arménie par le Nord en passant par Tbilissi et arrive en Turquie à Ceyhan en évitant le Bosphore. Au Nord du Caucase, l’oléoduc russe qui passait par Grozny a été détruit pendant la 2° guerre et il a fallu contourner la Tchétchénie par le Nord pour relier Bakou à Novorossisk sur la Mer Noire.

En-dehors du pétrole, le problème des transports tient à la disposition Nord-Sud des chemins de fer conçue à l’époque soviétique pour contrôler les pays du Caucase. On essaie donc aujourd’hui de construire en Transcaucasie le Traceca d’Est en Ouest, le long de la dépression de Bakou à Batoumi, un axe de routes et de chemins de fer pour exporter et importer les produits de l’Asie Centrale sans passer par la Russie ou l’Iran.


Cinéma du Caucase

- "Au bord de la mer bleue" de Boris Barnet et Samed Mardanov (Azerbaïdjan - Russie,1935 - 72 mn).

Après un naufrage en mer Caspienne, deux amis sont recueillis par des pêcheurs. Ils tombent amoureux de Machenka. Un trio inhabituel, un marivaudage allègre.

- "L’incantation" de Tenguiz Abouladze (Géorgie, 1967 - 76 mn).

Variations autour de valeurs éternelles : amour, loyauté, trahison, lutte du Bien et du Mal.

- "Pirosmani" de Guéorgui Chenguélaïa (Géorgie, 1969 - 86 mn).

Biographie poétique du peintre géorgien naïf Nino Pirosmanichvili, dit Pirosmani (1862-1918). Une réussite.

- "Quelques interviews sur des questions personnelles",
de Lana Gogobéridze (Géorgie, 1978 - 100 mn).

Sofiko est journaliste. Les lettres des lecteurs servent de base à ses enquêtes. Elle rencontre toutes sortes de gens et est confrontée à des problèmes petits et grands. Son mari se sent délaissé. Soucis au travail et tensions en famille s’entremêlent dans ce film discrètement autobiographique.

- "Devant la porte close" de Rassim Odjagov, Azerbaïdjan, 1981 - 89 mn.

A cause d’ue bagarre dont il n’est as responsable, Mourad est envoyé au bagne pendant trois ans. Il rentre enfin chez lui et retrouve sa famille, qui habite dans une cour. Il revoir aussi Gula, jeune fille dont il était amoureux avant son départ...

- "Une gifle" (Un coin de ciel bleu) de Henrich Malyan, Arménie, 1981 - 90 mn.

Comédie - Troik est orphelin. Sa tante Tourventa et son oncle Grikor le prennent chez eux, mais Torik n’est bon à rien, il est rêveur et passe son temps à regarder les oiseaux dans le ciel

- "Le retour du poète", film documentaire de Haroutyun Khachatryan , Arménie, 2005 - 88 mn.

Poète et philosophe, Jivany (1846 - 1909) est une personnalité à laquelle sont consacrés statues et monuments, rues... Avec humour, ce film montre l’Arménie moderne à travers les yeux de Jivany.

- "La Montagne aux bijoux", Film d’animation de Abdollah Alimorad (Iran, 1994 - 61 mn).

Trois films d’animation : Une histoire douce de Mohamed Reza Abedi, Les Oiseaux blancs et La Montagne aux bijoux de Abdellah Almorad. Dans les sombres rues du bazar, un jeune garçon travaille dur. Rêvant à une autre vie, il découvre sur son chemin une étrange boutique remplie de pierres précieuses. Mais qu’ y a t-il derrière les vitraux de cette magnifique bijouterie ? Et qui est donc ce mystérieux vieil homme qui lui ouvre discrètement la porte ?

- "La Chauve-Souris" de Ayaz Salayev (Azerbaïdjan, 1995 - 85mn) ;

Une allégorie sur la mort, le temps qui passe, le rapport entre vie et cinéma.

- "Le Prisonnier du Caucase" de Sergueï Bodrov (Russie, 1996 - 95 mn).

Transposition moderne d’une nouvelle de Léon Tolstoï : deux soldats russes, capturés par des montagnards, nouent des relations différentes avec leurs geôliers

- "Le Dragon des eaux pures du Caucase", Film documentaire de Nino Kirtadze (Georgie, 2005 - 90mn).

Un dragon dans les eaux pures du Caucase n’est ni un documentaire sur le pétrole ni une exploration des enjeux géopolitiques concernant la construction d’un oléoduc. Ce film est une parabole moderne qui rend compte de l’inextinguible soif de pétrole des pays industriels. A Sakire, petit village géorgien dans la vallée de Borjomi, est construit un tronçon de l’oléoduc BTC par lequel le pétrole de la Mer Caspienne s’écoule vers les marchés internationaux.

- "Le Voyage en Arménie" de Robert Guédiguian (France, 2006 - 125 mn).

Se sachant gravement malade, Barsam souhaite retourner sur la terre qui l’a vu naître, l’Arménie. Il souhaite également léguer quelque chose à sa fille Anna. Lorsqu’il s’enfuit en Arménie, il prend soin de laisser de nombreux indices pour qu’Anna puisse le rejoindre. Ce deviendra pour elle ce que Barsam voulait qu’il soit : un voyage initiatique, une éducation sentimentale, une nouvelle adolescence...

- "L’héritage" de Teimur et Guela Bablouani (France, 2006 - 80mn) - En avant-première.

Jean, Céline et Pat arrivent à Tiblissi pour prendre possession d’un héritage. Accompagnés de leur traducteur, Nikolaï, ils rencontrent, dans le bus qui les conduit vers la montagne, un vieillard et son petit-fils. Ceux-ci transportent un cercueil vide. Les deux hommes se rendent chez le clan ennemi, où le grand-père doit être sacrifié pour que cessent les rivalités entre leurs familles... .
> Séance unique en présence du réalisateur le dimanche 17 septembre

- Séance unique en présence du réalisateur le dimanche 17 septembre 2006.


Le cinéma du Caucase
par Françoise Navailh

Le Caucase, marche de l’Europe écartelée entre Chrétienté et Islam, aux confins de l’Occident et de l’Orient, est un lieu d’affrontements millénaires où depuis toujours les populations locales - comme les Géorgiens et les Arméniens - se heurtent à divers envahisseurs : Arabes, Perses, Turcs (dont descendent les Azéris), Anglais et Russes, bien sûr. Dans les interstices de ces conflits se sont épanouies des civilisations brillantes, contrariées par l’Histoire.
Mais que d’histoires et de légendes à l’origine du monde ! Le brave Noé échoua son arche sur un sommet, le mont Ararat, quand le déluge reflua. Situé en Turquie actuelle, il symbolise l’Arménie (cf. "Un voyage en Arménie" de R. Guédiguian ou n’importe quel film arménien). Avant ou après, Jason et les Argonautes vinrent en Colchide, province maritime géorgienne, chercher la fabuleuse Toison d’Or. Enfin, depuis la fin du XIX, l’or noir de Bakou en Azerbaïdjan suscite les grandes manœuvres des puissances affolées par l’odeur du pétrole. Et tout ça au Caucase, entre mer Noire et mer Caspienne...
Le cinéma est un des moyens pour appréhender cette mosaïque de cultures et de religions, pour comprendre ces peuples qui ont bien du mal à voisiner. La montagne a parfois des airs de Balkans comme le montre "L’Incantation" de TenguizAbouladzé ou "Le Prisonnier du Caucase" de Sergey Bodrov.
Très tôt, avant 1900, le cinéma est apparu dans cette région qui faisait alors partie de l’Empire russe, quand Tbilissi s’appelait encore Tiflis. Dès que l’URSS s’impose, commence le développement d’un cinéma "national par la forme et socialiste pour le fond". Soviétique, quoi. Même si la Géorgie, loin de Moscou, sait prendre quelques libertés avec le dogme (cf. l’œuvre d’Otar Iosséliani). De fait, le cinéma géorgien est sûrement l’un des plus foisonnants :entre autres, biographie inspirée du peintre naïf "Pirosmani" de Georgui Chenguélaïa ou portrait sensible d’une femme moderne tiraillée entre métier et couple dans "Quelques interviews sur des questions personnelles" de Lana Gogobéridzé, avec l’inoubliable interprète du "Sayat Nova" de Paradjanov. Car nombreux et féconds sont les échanges entre Géorgie et Arménie. Cas typique : Amo Bek-Nazarov auteur du chef-d’œuvre arménien "Namous" (1925), passé sur Arte en décembre 2005, et de "Pépo" sur les Arméniens de Géorgie. L’Arménie a semé ses enfants aux quatre vents. Des enfants éparpillés qui n’oublient pas leurs racines. A preuve, "Le voyage en Arménie" de Robert Guédiguian.
Et l’Azerbaïdjan ? Il eut plus de mal à démarrer. L’infatigable Bek-Nazarov fut un des pionniers là aussi. Des cadres venus de plus loin donnèrent également un coup de main. Par exemple, le Russe Boris Barnet épaula Samed Mardanov pour le délicieux "Au bord de la mer bleue", le premier film parlant en Azerbaïdjan. C’est un des films préférés de Godard qui le cite dans "Allemagne neuf zéro" (1991). Le temps a passé sous la plage et "La chauve-souris" d’Ayaz Salayev propose une fable allégorique pour revisiter le passé du pays et ses rapports au cinéma.
L’indépendance des trois républiques après l’éclatement de l’URSS en 1991 a balayé la tutelle russe. Mais elle a aussi entraîné des difficultés économiques et financières certaines. Pour le moment, le cinéma manque de moyens. Mais pas de talents. Tout est possible comme le suggère "L’Héritage de Teimouraz Bablouani. Car pas d’avenir sans passé assumé.

Françoise Navailh / Historienne du cinéma russe et soviétique, Juillet 2006.

Pour obtenir un renseignement, merci de prendre contact au
0 820 883 190.



On n'attelle pas au même timon le cheval fougueux et la biche craintive. Ivan Tourgueniev

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