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Une projection du film ’Tempête sur l’Asie’, film russe de Poudovkine

Le mardi 31 mai 2005


Projection de son ! Le Rock School propose dans le cadre de ses soirées ciné-concerts une projection du film Tempête sur l’Asie, film russe de Potomok Tchinguiz Khana (1928), avec un accompagnement original composé et interprété en live par les Improvisators Dub.

Depuis les années 1940, ce chef d’œuvre était amputé d’un quart de ses scènes, les moments les plus lyriques ; la projection de l’œuvre dans sa version intégrale permettra de la découvrir dans une copie restaurée par les archives russes.

Tempête sur l’Asie (Potomok Tchinguis-Khana)

Poudovkine est déjà un réalisateur de renommée internationale, après le succès de La Mère et de La Fin de Saint-Pétersbourg, lorsqu’il accepte la proposition de tourner L’Héritier de Gengis Khan (Tempête sur l’Asie). Avec l’accord du Dalaï-lama, Poudovkine obtient l’autorisation de filmer à l’intérieur d’un temple lors d’une cérémonie traditionnelle.
Au début des années vingt, Bair, un jeune trappeur, est honteusement roulé par un négociant en fourrures américain, dans la Mongolie occupée par l’armée anglaise. Ayant rejoint les partisans, il est fait prisonnier etfusillé par l’occupant. Grièvement blessé, il survit et devient, à l’issue d’un quiproquo, un roi fantoche, création des Anglais qui voient en lui undescendant de Gengis Khan. Mais le « pantin » se rebelle et rallie sonpeuple contre les impérialistes.

- Réalisateur : Vsévolod Poudovkine
- Film soviétique
- 1929. 120 min env.
- Scénario d’Ossip Brik, d’après lanouvelle d’Ivan Novokchonov (1895-1943)
- Avec : Valerij Inkijinov (le mongol Bair).

La fin de Saint-Pétersbourg, film réalisé presque entièrement en studio, Poudovkine éprouva le besoin de tourner un grand film épique en extérieurs qui développerait la même prise de conscience révolutionnaire. La Mongolie, libérée du joug étranger depuis cinq ans à peine, s’y prêtait idéalement. Poudovkine fixera à chaud des images d’une grande valeur ethnographique (le ballet sacré dans la lamasserie, avec l’apparition du« Bouddha vivant) et tournera des séquences grandioses dans la steppe (séquence finale de l’armée mongole déferlant sur l’occupant). Plus sensible que le cinéma d’Eisenstein, moins ordonné, l’art de Poudovkine éclate de lyrisme.
La science du découpage et du montage, caractéristique du jeune cinéma soviétique, pallie la faible mobilité des caméras au service d’un extraordinaire « eastern » des steppes, aux superbes plans documentaires.
« A pleine voix, Poudovkine entonne le credo bolchevique : chacune deses images est un appel lyrique à la fraternité des combattants de la liberté, une mise au pilori des profiteurs du peuple (voir l’incroyable caricature de l’Américain trafiquant de fourrures). (...) Mais comment, avec une caméra que sa lourdeur condamnait à l’immobilité et donc avec une photographie limitée à la prise de vues fixes, comment communiquer cette ferveur et ce bouillonnement ? Réponse en chœur de Poudovkine et d’Eisenstein (...) : par le montage. (...)
C’est à dire par le découpage - au moins aussi époustouflant dans Tempête sur l’Asie que dans Le Cuirassé Potemkine - qui introduit à lui seul dans le film la dynamique aujourd’hui confiée pour sa plus grande part aux mouvements d’appareil.
Le rythme des passages d’un plan à un autre, d’un gros plan à un plan d’ensemble ou d’un plan américain à un plan lointain, tient lieu de travellings, de panoramiques et de zooms - et cela sans la moindre gêne pour le spectateur qui voit l’œuvre près de trente ans après sa naissance. Quoi qu’on ait pu dire, et à juste titre, sur le charme de la photographie,qui vire à l’eau-forte avec le temps, la pérennité technique de Tempête surl’Asie est bien l’une des pierres de touche du génie de Poudovkine.
L’interprétation de V.Inkijinov, sublime, fit connaître cet acteur du monde entier. Muet, le film de Poudovkine sera post-synchronisé par les Soviétiques en 1949, avec une musique de Nicolas Krioukov et un texte dialogué et amputé de nombreuses scènes jugées « superflues » pour la compréhension de l’intrigue.

Le réalisateur :

Vsevolod Illarianovich Pudovkin). (Penza, Russie 16 fevrier 1893 - Riga, Lettonie / URSS 20 juin 1953)
Né en le 16 fevrier 1893 à Penza / Russie, Poudovkine fut l’un des grands réalisateurs du cinéma muet soviétique, avec Eisenstein, Dovjenko et Dziga Vertov.
Ancien ingénieur chimiste, il devient metteur en scène en 1925, après avoir été interprète etassistant de plusieurs cinéastes, notamment de Gardine et Koulechov. En 1926, il tourne La Mère, à la fois une révélation et une révolution. Ce grand film confirme avec Le Cuirassé Potemkine, l’éclatant épanouissement du jeune cinéma soviétique. C’est ce film qui suggère à Moussinac sa célèbre définition : « Un film d’Eisenstein ressemble à un cri, un film de Poudovkine évoque un chant. »
Dès ce premier succès, il s’oriente vers un cinéma romanesque tout à la fois lyrique, psychologique et social, montrant l’évolution des personnages très individualisés, mais choisis pour leur valeur de type social. Ainsi s’accomplit-il, avec des scénarios très élaborés et des acteurs supérieurement dirigés, dans une trilogie ayant pour thème « la prise deconscience » : chez une vieille ouvrière dans La Mère ; chez un jeune paysan devenu soldat dans La Fin de Saint-Pétersbourg ; chez un nomade asiatique dans Tempête sur l’Asie. Dès lors, Poudovkine est devenu l’un des théoriciens du cinéma les plus écoutés de l’Union soviétique. Ses théories sur le montage et sur l’espace-temps au cinéma, font autorité. Léon Moussinac, résumant l’essentiel des théories de Poudovkine, écrit :« Le montage est le fondement de l’art cinématographique, l’élément créateur de cette nouvelle réalité. (...) On ne « tourne » pas un film, on le construit avec des images ». « Il est de ceux, disait encore Moussinac (dès 1927), qui se préoccupent d’enfermer le rythme en de certains rapport smathématiques, en une sorte de mesure, dès l’écriture du scénario, en fixant à chaque image un coefficient-durée particulier, déterminé par rapport au coefficient-durée général attribué au film lui-même. Il a remarquablement compris que, comme en musique, le mouvement est, au cinéma, partie de l’expression des images, mais que le rythme dans le quelil s’ordonne, est partie de leur ordre et de leur durée. Je ne connais rien, en cinématographie, de plus significatif et de plus volontaire dans la recherche de la composition que les films de Poudovkine » (Encyclopédie « Bouquins », éditions Laffont).
Avec l’arrivée du cinéma « parlant », Poudovkine traverse une crise artistique au cours de laquelle il élabore, en compagnie d’Eisenstein, une nouvelle théorie sur le contre-point audiovisuel, qu’il ne parvient pas à appliquer dans Un Simple cas (1932). Son premier grand film parlant, Le Déserteur (1933) n’est pas à la hauteur de ses grands films muets. Il ne reprend son activité de réalisateur qu’en 1938, après avoir consacré une partie de son temps à des écrits théoriques qui sont toujours en cours de publication. Il se consacre ensuite à de grands sujets historiques et signe avec Le Retour de Vassili Bortnikov (ou La Moisson, 1953) sa dernière réussite cinématographique.

"Tempête sur l’Asie" (Potomok Tchinguis-Khana)

Le canevas, assez simple, associe l’éveil de la conscience chez un jeune Bouriate spolié par un trappeur américain et la lutte des partisans bolcheviques russes contre les troupes d’intervention anglaises dans la taïga. L’intérêt du scénario vient de la distance ironique que Brik introduit entre le texte des intertitres et l’image. Le tournage en extérieur sur les lieux de l’action, en Bouriatie, le cadre naturel, le mode de vie, les traditions religieuses, imposent à l’équipe de développer l’aspect documentaire de l’intrigue.

Le 31/05/2005 :

- de 21:00 à 23:00
- le mardi.

Tarifs d’entrée : Tout public : 5 €.
Ouverture des portes à 20h30
Avec la projection du film Tempête sur l’Asie

LE ROCK SCHOOL BARBEY
18, cours Barbey
33800 BORDEAUX
Tél. 05 56 33 66 00



L'histoire est encore plus rancunière que les hommes. Nicolaï Karamzine

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