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Ciné - concert sur le film de Dziga Vertov ’L’homme à la caméra’

Ls 14 et 29 Mai 2004


La vie quotidienne d’une grande cité ukrainienne (Odessa) à travers la caméra témoin de Dziga Vertov et de son frère Michael Kaufmann à laquelle fut laissée une totale liberté d’investigation, de fantaisie et d’innovation. Virevoltant aux quatre coins de la ville au rythme naturel d’une journée, l’homme à la caméra parcourt un espace quotidien qu’il transfigure et réinvente. Sur impressions, trucages, poésie et dialectique se conjuguent merveilleusement dans ce chef inoubliable.

Musique improvisée en direct sur le film de Dziga Vertov proposée par Bruno Tocanne (batterie) en trio avec
Laurent Dehors (anches) et Lionel Martin (saxophones) ou en trio avec Xavier Garcia (samplers) et Lionel Martin (saxophones)

L’esprit du ciné-concert a son meilleur niveau d’expression...

Le batteur Bruno Tocanne, entouré de ses complices s’est livré au superbe et périlleux exercice d’improvisation à partir des images du film. Ne proposant pas une simple illustration ou une seule mise en musique qui n’auraient que peu d’intérêt, le trio s’est aventuré a créer un nouvel espace de dialogue et à proposer son interprétation personnelle d’un film qui encourage les élans les plus audacieux... Un ciné-concert d’une qualité exceptionnelle."

L’homme à la caméra

Le « Ciné-Oil »

Les théories de Vertov sur le « ciné-oil » ont franchi les frontières. Les cinéastes d’avant-garde allemands (Ruttman, Richter), français (Vigo, Carné, Lods), hollandais (Ivens), belges (Stork), anglais (Grierson) s’en sont emparés.

« L’homme à la caméra », film improvisé dans les rues d’Odessa qui devint l’ouvrage de Vertov le plus célèbre à l’étranger, est un traité d’écriture de cinéma extraordinaire. Vertov travaillant au moins depuis 1926 à ce grand manifeste esthétique et politique prévu pour être le premier volet d’un diptyque dont la seconde partie devait être confiée à son frère Michael Kaufmann, Elisaveta Svilova, sa femme, assurant le montage de l’ensemble.

L’accueil qui lui est réservé témoigne des changements profonds que l’URSS est en train de vivre. La distribution est volontairement réduite.

Néanmoins Vertov est envoyé en tournée à l’étranger et « l’homme à la caméra » est présenté en juillet 1929 au Studio 28. Dans une conférence de presse donnée à cette occasion, Vertov résume une fois de plus ses intentions (démarquage du cinéma joué, attention aux faits, création d’un nouveau langage cinématographique totalement distinct de la littérature et du théâtre), et appelle à la création d’une « radio-oil » qui, combiné au « ciné-oil » devrait créer une « cinématographie sonore » documentaire.

La musique

La liberté de ton et le caractère improvisé du film de Vertov ne peuvent que stimuler la pratique créative de musiciens passionnés par les musiques improvisées. La difficulté résidant surtout dans le montage extrêmement serré des images. Il s’agit donc de créer une atmosphère musicale fidèle tout en ne collant pas aux plans très serrés.

L’absence de scénario a rendu possible une musique non illustrative, respectant la structure du film tout en laissant de larges plages de liberté.

L’univers sonore, acoustique, respecte ainsi les intentions de Vertov, car il n’est jamais figé et se construit dans le même temps que le cinéaste assemble les images qui défilent sous nos yeux.

Ne proposant pas une simple illustration ou une seule mise en musique qui n’auraient que peu d’intérêt, ces musiciens s’aventurent a créer un nouvel espace de dialogue et à proposer une interprétation personnelle d’un film qui encourage les élans les plus audacieux...

Le ciné-Oeil

De « Kino-Giaz » (Ciné-Oeil) premier long métrage « l’Homme à la caméra » en 1929, Dziga Vertov affirme le pouvoir de l’image sur la réalité, sa capacité à contribuer à sa transformation. Le rythme rejoint celui de l’objet saisi par l’image. Comme l’écrit le cinéaste dans "Le manifeste de la révolution du Ciné-Oeil" : "Le cinéma est l’art d’organiser les mouvements nécessaires dans le temps et dans l’espace jusqu’à obtenir un rythme artistique global correspondant aux caractéristiques du tout et aux rythmes internes de chaque objet."
Au-delà de l’ambition théorique, l’ouvre de Dziga Vertov demeure comme l’accomplissement d’un pur plaisir cinématographique dans une liberté de mouvement qui paraît aujourd’hui hors d’atteinte.

« L’homme à la caméra marque incontestablement une date dans l’histoire du cinéma d’avant-garde. Ce fut aussi l’une des dernières manifestations du bouillonnement d’effervescence créatrice qui suivait la révolution bolchevique, avant que le carcan du réalisme socialiste ne vint étouffer le septième art. Le jeune Denis Kaufman, qui se choisit comme pseudonyme Dziga Vertov, fit son apprentissage du cinéma en parcourant le front pour le premier journal filmé soviétique. Récusant le fil à intrigue, il estime que la vocation de la caméra
n’est pas de restituer la vérité brute mais de faire surgir une nouvelle vérité que l’oeil humain, instrument imparfait, ne peut capter. Ce qui frappe dans les films expérimentaux de Vertov, c’est l’accord entre le jaillissement imprévu de la vie et l’éblouissante maîtrise technique (virtuosité des effets spéciaux) » Encyclopédie Atlas du Cinéma.

« La sortie de ce film fût précédée d’affiches
publicitaires qui semblaient annoncer un cirque : "L’homme à la caméra" : enregistrement en 6 bobines. On signale aux spectateurs que le présent film est une expérience cinématographique des phénomènes visibles, sans sous-titres, sans décors, sans studio. Ce travail expérimental poursuit la création d’un langage cinématographique absolu, authentiquement international, fondé sur une totale séparation d’avec un langage du théâtre et de la littérature. Propagandiste du futurisme, Vertov entend, comme Maïkovski, révolutionner l’art.
Construire un mode d’expression à la mesure des
temps et de l’homme nouveau issu de la Révolution.
Le cinéma, fils de la science et de la technique est
par nature ce révélateur "inouï" de la vérité du
monde. Un super oeil qui rend visible ce que
l’humain ne peut percevoir". France Demarci

« Avec les années, l’importance de ce prophète du
cinéma-oeil ne cesse de grandir. il posa en effet
dès 1920 des principes qui pourront, après 1964,
révolutionner le cinéma, les progrès techniques
ayant rendu possible leur facile mise en pratique.
Dans les années 30, l’influence internationale de
Vertov est considérable sur les avant-gardes
françaises et allemandes, sur l’école documentaire
anglaise, sur l’école de New york. Elle suscite
partout des recherches fondées sur le montage des
images et du son, mais aussi sur les sujets sociaux.
Combattu dans son propre pays, il cesse après 1937
ses travaux et tombe dans l’oubli. Mais après 1960,
l’expression "cinéma-vérité" est prise comme drapeau
par un groupe de documentaristes qui découvrent les
possibilités d’une caméra vivante, oeil et oreille
pouvant saisir la vie à l’improviste. Ainsi s’accomplissaient au cinéma les prédictions d’un
prophète lyrique » Georges Sadoul, Dictionnaire des
cinéastes :

- 14 mai 2004, 20H30 Ciné-Concert : L’HOMME A LA CAMERA, le film de de Dziga VERTOV à la Salle Genton, Lyon 8eme
- le 29 mai 2004 c’est en plien air au Festival des Dindes Folles de Rivolet (69)



Qui est seul n'est pas toujours pauvre, mais qui est pauvre est trop souvent seul. Proverbe russe

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