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Pokatukha par Licedei

Le vendredi 12 décembre 2003


Magnifiques clowns russes, le Licedei connaît un immense succès depuis 20 ans. Des anciens sont partis, seuls quatre des fondateurs sont restés et se sont entourés de jeunes des écoles de clowns de Saint-Petersbourg.

C’est un peu à une visite de la Russie, celle d’hier et d’aujourd’hui, que vous êtes conviés. Pas une visite touristique, mais un saut dans la vie quotidienne de ce pays, avec ses musiciens, ses nostalgies d’un passé récent que tous ont cru glorieux, avec la conquête des étoiles, la roulette russe…

Les scènes hilarantes alternent entre des numéros souvenirs et cultes et des sketchs apportés par les jeunes de l’équipe qui ont su remettre la fantaisie au pouvoir. Introduits dans cet univers, ces derniers cherchent leur place en pratiquant le "pousse-toi de là que je m’y mette" soutenus par leurs aînés avec bienveillance et bonhomie. Ils sont douze, ils ne parlent pas mais ils font rire dans la tradition des clowns russes, les meilleurs !

Durée : 1h30

LICEDEI

« POKATUKHA »

Mon histoire avec le LICEDEI est une vieille histoire, puisqu’il y a 20 ans, j’ai été le premier, avec l’aide de Michel Crespin qui dirigeait alors le Festival d’Aurillac, à faire sortir ces magnifiques clowns russes de ce qui était alors encore l’Union Soviétique. Le spectacle présenté à Aurillac était « KATASTROPH ! », inspiré à l’origine par un accident d’avion, et transformé ensuite, après l’explosion de Tchernobyl, en une manifestation contre le danger nucléaire. Le public et la presse avaient été très surpris par le rapprochement de l’esthétique de cette troupe venue de derrière le rideau de fer avec celle du Royal de Luxe de l’époque.

Leur leader était à ce moment-là Slava Polunine, qui fait à présent une grande carrière internationale en Grande Bretagne et aux Etats Unis. Il a présenté son spectacle « Yellow » pendant 2 mois au Casino de Paris. Désormais installé en France, il vit dans une sorte de château moderne de plusieurs étages, où il envisage d’installer des ateliers de théâtre et des salles de répétition.

Le grand LICEDEI a petit à petit perdu ses éléments principaux. Les meilleurs sont partis au Canada et aux Etats Unis, engagés par l’un des grands du monde du Cirque, le Cirque du Soleil. Seuls quatre des anciens du LICEDEI étaient restés en Russie et avaient continué à perpétuer le nom. Pour ceux - et je crois qu’ils sont nombreux - à qui cela dira quelque chose, il s’agit de Anvar, Robert, Anna et Victor.

Or, voici que ces « anciens » ont eu l’idée de faire appel à des jeunes des écoles de clowns de Saint Petersbourg pour renforcer la troupe. Et ces jeunes-là sont magnifiques ! Ils, ou plutôt devrais-je dire « elles », car il y a notamment 5 filles à l’énergie fabuleuse, ont insufflé au LICEDEI une nouvelle vitalité, complètement dans l’esprit de ce qui avait fait il y a 20 ans le succès de cette troupe, avec des trouvailles étonnantes et des idées à foison.

- De ce renforcement sont sortis 2 spectacles que j’ai vus au début de l’Automne 2001. Le premier s’appelle « POKATUKHA », et le second « SEMIANYKI ».

- « POKATUKHA » est difficile à traduire. La meilleure approximation serait sans doute « NOUVELLES FOLIES », mais ce titre est déjà celui d’un très bon spectacle de la compagnie française Fiat Lux.

- « SEMIANYKI » par contre a une traduction facile. Cela veut dire : « LA FAMILLE ».

- « POKATUKHA » est composé d’une série de sketches où alternent des numéros souvenirs de l’ancien LICEDEI, des créations nées de l’imagination renouvelée des fondateurs restés en Russie, qui de « seconds rôles » sont devenus des grands, et des sketches nés de celle des jeunes, dont l’apparition est toute jouvence, énergie et dynamisme.

- « SEMIANYKI » est intégralement joué par ces jeunes. Ils ont imaginé le parcours semé d’embûches (entendez « gags ») d’une courageuse mère de famille face à sa progéniture, ses enfants allant du premier âge à l’adolescence affirmée. Certaines scènes recoupent celles proposées dans « POKATUKHA », mais transformées, différentes. Et puis il y en a d’autres qui sont leur propre et exclusive création. Les « anciens » ont injecté dans leur « POKATUKHA » le meilleur grain de l’imagination foisonnante des émergeants. N’empêche que « SEMIANYKI » contient des morceaux de bravoure étonnants de richesse imaginative.

QUELQUES REPÈRES QUI VOUS SONT LIVRÉS PAR LE LICEDEI

1968, Leningrad

Un jeune clown réunit quelques amis clowns et crée le LICEDEI. Il s’appelle Slava Polunine. Tout de suite, il est suspect aux autorités soviétiques, parce que les sketches qu’il invente sont baignés de mélodies occidentales et ne vantent pas les mérites de la grande URSS. Néammoins, grâce à sa ténacité, il obtient un bel outil de travail : une abbaye désaffectée dans laquelle il installe une salle de répétitions, des ateliers qu’il réussit à doter d’un matériel assez performant, et un petit bureau. Il y dort, il n’est pas le seul : une grande partie de son équipe y campa jour et nuit.

1995, Leningrad est devenu Saint Petersbourg

… et les moines sont réintégrés dans leur lieu de culte. Le LICEDEI doit déménager.

1970-1988

Quoique mal noté par les officiels, mais adulé par le public, le LICEDEI est autorisé à sortir plusieurs fois d’URSS pour participer à des festivals à travers le monde. A l’époque, l’obtention du passeport international avec visa de sortie d’URSS suppose 24 tampons. Un spectacle réunissant les meilleurs sketches appelé « ASSISSYE REVUE » a pu être invité dans des festivals en Colombie, Hong Kong, Chine, Allemagne, et même en France à Aurillac avec un spectacle de rue.

Printemps 1989
Pour la première fois, « ASSISYE REVUE » est invité en Italie, à Gênes, par le Teatro della Tosse.

Anecdote : le premier soir, toute la troupe est invitée par le théâtre à déguster un somptueux plat de spaghettis. Mais nous chipotons : nous n’avions jamais mangé des pâtes comme ça.

Le lendemain, c’est le marché dans les ruelles de Gênes et l’interprète demande : « est-ce que c’est une exposition ? »

Aussitôt après Gênes, le LICEDEI est invité à participer à un festival londonien (aujourd’hui disparu).

Anecdote : L’organisatrice du festival annonce au LICEDEI qu’une télévision les attendra à l’aéroport et demande aux clowns de descendre de l’avion maquillés et habillés en clowns. Nous le faisons. Ebahissement des policiers et douaniers anglais en voyant des ressortissants des Pays de l’Est passer devant leur guichet ainsi accoutrés ! N’oublions pas qu’on est en pleine Guerre Froide…

Un an avant la chute du Mur de Berlin, le LICEDEI est l’instigateur de la « MIR CARAVAN » (Caravane de la Paix), qui ira de Saint Petersbourg à Blois (dont Jack Lang est alors le Maire). Il sera accompagné par le Teatro Nucleo de Ferrara en Italie, par le Footsbarn, par le Théâtre des Provinces du Monde du regretté Nicolas Peskine, et par beaucoup de jeunes groupes qui les rejoignent en cours de route. Les deux points forts seront la station à Berlin, côté Ouest de la porte de Brandeburg, et l’accueil à Paris au Jardin des Tuileries.

Après la disparition de l’Union soviétique - et, quelque part, du confort qu’elle offrait aux artistes - le groupe s’est disloqué, plusieurs de ses membres, dont le fondateur Slava Polunine, répondant aux sirènes lucratives du monde libéral. Mais il fallait pour ceux qui choisissaient de rester en Russie qu’ils se ressourcent. Car sous le régime communiste, la règle était de créer UN grand numéro, et de l’exploiter jusqu’à ce que vieillesse survienne. La règle du jeu n’est plus la même après ce bouleversement.

L’honneur des vétérans du LICEDEI aura été de comprendre qu’ils avaient besoin d’injecter du sang frais dans leur vieille machine.

Ceux qui ont connu le LICEDEI d’il y a 12 ans retrouveront avec plaisir dans « POKATUKHA » les numéros cultes de Victor, Anvar, Robert et Anna, mais puiseront aussi leur bonheur dans ceux qui sont apportés par les jeunes de l’équipe, qui ont su remettre l’imagination au pouvoir.

Aujourd’hui, les Russes ont en poche un passeport international valable 5 ans. Plus besoin des 24 tampons. Ils peuvent sortir du pays comme ils veulent. Mais les Consulats occidentaux font bonne garde : le visa de sortie coûte cher, et est soumis pour les artistes à l’obtention d’un permis de travail, qui est fourni en France par la D.D.T.E après qu’elle a consulté les instances syndicales en leur posant la question : « Est-ce que les clowns étrangers ne pourraient pas être remplacés par des clowns français ? ». A noter qu’aux Etats Unis ce serait pire : passe encore pour une journée vite fait, bien fait, mais en cas de triomphe nécessitant un séjour prolongé, au bout d’un certain temps, chaque clown devrait être remplacé par un clown américain… No comment.

C’est, quelque part, à une visite de la Russie - celle d’hier et d’aujourd’hui - que vous êtes invités. Pas une visite touristique (Kremlin, Musée de l’Ermitage, Bolchoï…). Cette visite, c’est un plongeon dans la vie quotidienne de notre peuple, avec ses musiciens de rue, ringards mais émouvants, ses nostalgies d’un passé récent que nous avons tous cru glorieux, avec la conquête des étoiles, ses souvenirs du temps où on jouait encore à la roulette russe, la permanente recherche d’un coup de vodka à boire (un sketch, réalisé par l’un des jeunes de la troupe, montre que ce n’est pas toujours facile !)…

Introduits dans cet univers, les jeunes y cherchent leur place en pratiquant le « pousse toi de là que je m’y mette » (gag ou symbole, à vous de voir !). Ils dansent, chantent, visiblement heureux du contrepoint qu’ils apportent à leurs aînés, qui les soutiennent avec bienveillance et bonhomie.

Tout cela donne un spectacle que nous voudrions sympathique, d’où nous aimerions que vous sortiez heureux : j’espère que ce sera votre cas à vous Madame, Monsieur, qui nous lisez. Riez, s’il vous plaît, riez, nous attendons vos rires… Mais aussi, de vous spectateurs d’un pays qui n’est pas le nôtre, peut-être quelque chose de plus… ? D’avance merci !

Collectif LICEDEI.

THEATRE DE COGNAC
1 Place Robert Schuman
16100 COGNAC
A 20h30.



L'histoire est encore plus rancunière que les hommes. Nicolaï Karamzine

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