Accueil > Spectacles > Théâtre > Danse Delhi, texte d’Ivan Viripaev et Galin Stoev

Danse Delhi, texte d’Ivan Viripaev et Galin Stoev

Du 24 au 28 janvier 2012


Ils nous viennent de l’Est plus ou moins lointain, l’un voit le jour en 1974 en Sibérie, l’autre naît en 1969 en Bulgarie. Chacun de son côté a fait son trou dans le même tourbillon d’une charnière historique. Aujourd’hui, Ivan, l’auteur vit à Moscou. Galin, le metteur en scène à Bruxelles.

DANSE « DELHI » IVAN VIRIPAEV / GALIN STOEV / FINGERPRINT

Amour et mort dans la salle d’attente d’un hôpital. Mélodrame ? Vaudeville ? Sitcom ? Tous et aucun à la fois. L’annonce d’une mort et la signature d’un acte de décès délimitent l’aire de jeu des six personnages dans chacune des sept pièces qui composent Danse « Delhi ». Sept variations sur un même thème. Danse « Delhi » déroule des situations possibles qui se déconstruisent sur elles-mêmes : où ce qui est dit dans un acte est contredit dans le suivant, où le mort d’une scène sera l’endeuillé dans une autre, où une situation comique prendra un tour plus sombre ensuite... Les sujets graves et frivoles se mélangent et se confrontent, tout comme le sacré et le profane, le pur et l’impur, les sentiments honorés ou trahis, le talent et la vocation…
La répétition des scènes et les variations que chacune propose créent un décalage à la fois tragique et hilarant, car l’écriture d’Ivan Viripaev, mis en scène par Galin Stoev, est une partition sensible et comique, dans laquelle le talent des acteurs est essentiel. On y jongle avec les attentes et les règles : qu’est-ce qu’un début ? Une fin ? La vie ? La mort ? Et cette danse, coeur de la pièce, à quoi bon la montrer quand en parler suffit à la faire exister ?
Brouillage de cartes et de genres au théâtre, Danse « Delhi » joue sur tous les tableaux. Autant de possibles pour une seule situation, comme autant de combinaisons de jeu pour une même donne.

À propos de Danse « Delhi »

Entre danse et transe

Les titres des sept pièces autonomes, chacune en un acte, qui composent Danse « Delhi » forment cette phrase...
Chaque mouvement / À l’intérieur de la danse / Ressenti par toi / Avec calme et attention / Et à l’intérieur et à l’extérieur / Et au début et à la fin / Au fond et à la surface du sommeil.

Six personnages :

- Amants adultérins : Catherine, danseuse d’une danse indienne sacrée, et Andrei
- Olga, femme d’Andrei, trompée et suicidaire
Alina Pavlovna, la vieille mère de Catherine, atteinte du cancer et
- danseuse ratée
- Femme Agée, critique de danse classique
- Infirmière

Genre de la pièce

Amour et mort dans la salle d’attente d’un hôpital : un mélodrame ? Les personnages perdent et retrouvent leurs proches, se déchirent autour de sujets sentimentaux, pleurent comme des enfants, crient. Mais aussi s’affrontent en une sorte de dispute philosophique, s’engueulent, piquent des fou-rires et perdent contenance comme dans une comédie à quiproquo. Ou bien s’expriment comme des médiums, des rêveurs éveillés. Les sujets graves et frivoles se mélangent, les choses sont dites et contredites, le langage sacré se combine au profane, défiant le politiquement correct et le communément admis, selon des procédés d’étrangéisation et de carnavalisation de l’univers dramatique qui tendent vers... la comédie satyrique. Une façon de parodier la pièce au quatrième mur, de mettre en abîme l’illusion : l’ouverture du rideau de scène marque le début des sept pièces, sa fermeture suivie des saluts des comédiens au public, le terme de chacune. Comme toujours chez Viripaev, le genre de la pièce est aussi mouvant qu’est multiple l’identité des personnages. Différents registres se télescopent, la rupture est de règle, l’humour est noir, la répétition et la variation régissent l’action.

Tania Moguilevskaia,Docteure en Études Théâtrales, Université Paris III, Sorbonne Nouvelle


Ivan Viripaev et Galin Stoev, une solution théâtrale contre
l’endormissement et le repli sur soi

par Tania Moguilevskaia

Ils nous viennent de l’Est plus ou moins lointain, l’un voit le jour en 1974 en Sibérie, l’autre naît en 1969 en Bulgarie. Chacun de son côté a fait son trou dans le même tourbillon d’une charnière historique. Aujourd’hui, Ivan, l’auteur vit à Moscou. Galin, le metteur en scène à Bruxelles.
En une poignée d’année, les textes et les spectacles de ces deux oiseaux ont pris le large, c’est qu’ils sont prêts à rebondir avec toujours plus d’énergie d’un bord à l’autre de l’Europe, de l’Angleterre à la Pologne, de la Finlande à l’Italie via l’Allemagne, la Belgique, la France... Et se jouant des frontières, leurs deux routes se croisent et se recroisent... Ne pensons pas qu’ils sont les mêmes, il y a entre eux ce qu’il faut d’écart pour que la rencontre au carrefour vaille le déplacement.

Un contexte russe bien peu favorable à la création indépendante
Ivan Viripaev, acteur de formation, metteur en scène et dramaturge débutant, est en même temps victime et bénéficiaire du processus qui bouleverse le paysage théâtral russe des années quatre-vingt-dix. Victime, dans la mesure où il n’a pas pu trouver de place pour la compagnie qu’il avait créé dans sa ville natale, Irkoutsk1, où, comme il était d’usage depuis des décennies, toute l’activité théâtrale se concentrait au sein d’un Théâtre institutionnel. « La situation théâtrale à Irkoutsk est désastreuse. Il n’y a pas un seul théâtre contemporain et pas de choix possible pour le spectateur, pas de mouvements alternatifs, un Théâtre officiel et c’est tout ». Une situation typique en Russie, où chaque ville de moyenne importance, disposait au moins d’un théâtre. C’est donc plus de six cents théâtres que l’État subventionnait en Russie, chacun doté d’une troupe comptant une quarantaine de comédiens permanents, dirigé par un metteur en scène principal et fonctionnant selon le principe de « répertoire » en alternance. Une formidable décentralisation culturelle dont le prix était le renoncement à l’alternative : pas de jeune compagnie, pas de création « en marge » comme le théâtre occidental a pu en connaître au cours du siècle dernier.

Mais pour Viripaev cette stagnation est également une chance : « Ce serait bête de se plaindre du fait que mon théâtre n’a pas trouvé de soutien auprès des fonctionnaires, car c’est précisément grâce à cela que j’ai été obligé de quitter Irkoutsk pour Moscou. Je suis alors en quelque sorte redevable à ces gens. » [...]
La même situation règne dans la plupart des écoles de théâtre qui forment metteurs en scène et acteurs, leur fonctionnement n’est guère plus souple ni moins stagnant. Pourtant là aussi, Viripaev semble tirer le profit de cet état des lieux : « Mes études à l’École théâtrale d’Irkoutsk se sont mal déroulées parce que, moi et les acteurs avec qui je travaille en ce moment, nous sommes arrivés dans une période de crise, crise des pédagogues, des étudiants. À la sortie de l’école, nous n’avions aucune maîtrise professionnelle. Et c’est un grand bonheur ! Puisque nous sommes, à force travail, finalement parvenus à élaborer une technique qui nous est propre et qui diffère de la tradition. » [...]

Une nouvelle génération théâtrale dont le travail de création est « visible » dès l’année 2000, se forme autour du festival de la Jeune dramaturgie Liubimovka. Les auteurs du Novaia Drama (Nouveau Drame) se sont engagés dans un processus de déconstruction des structures du drame classique en usage dans le théâtre russe en recourant à divers détours dramaturgiques et à une écriture régie par le montage. Ils ont procédé à des innovations importantes dans les choix et le traitement des sujets, mettant en avant des problématiques qui agitent la société russe actuelle ; ils ont renoué le lien avec les différents niveaux de langue parlés dans les diverses couches de la société. [...]


Ivan Viripaev

Auteur, comédien et metteur en scène, Ivan Viripaev est né à Irkoutsk (Sibérie) en 1974. En 1995, il termine ses études à l’École de Théâtre d’Irkoutsk. Jusqu’en 1998, il est comédien au Théâtre Dramatique de Magadan (Sibérie) puis au Théâtre du Drame et de la Comédie à Petropavlovsk sur Kamtchatka (Extrême-Orient russe) où il rencontre le metteur en scène Viktor Ryjakov. De retour à Irkoutsk, il fonde la compagnie indépendante « Espace du jeu » et suit par correspondance les cours de la Faculté de mise en scène de l’École de Théâtre moscovite de Chtchoukine. De 1999 à 2001, il enseigne le jeu d’acteur à l’École de Théâtre d’Irkoutsk. Il apparaît à Moscou pour la première fois en décembre 2000, quand son spectacle Sny (Les Rêves) créé à Irkoursk est présenté au Premier festival du théâtre documentaire.
En France, le spectacle est sélectionné pour représenter la Sibérie en 2001 au festival Est-ouest de Die. Le Théâtre de la Cité Internationale l’accueille en 2002 dans le cadre du « Moscou sur scène, Mois du théâtre russe contemporain à Paris ». Les Rêves participe également au Festival de Vienne (Autriche) en mai 2002. Dans le même temps, une version anglaise est mise en espace par Declan Donellan au Royal Court de Londres et une version bulgare créée par Galin Stoev à Varna.
Contraint de quitter sa ville natale à la suite de pressions exercées par des institutions théâtrales locales, il emménage à Moscou en 2001 où il participe à la fondation, aux côtés de Elena Gremina, Mikhail Ougarov, Olga Mikhailova et Maxime Kourotchkine, « Teatr.doc, centre de la pièce nouvelle et sociale ».
En octobre 2003, il participe en tant qu’acteur à la création de son texte Kislorod (Oxygène), mis en scène par Viktor Ryjakov au Teatr.doc. Le spectacle fait le tour des festivals internationaux, reçoit de multiples prix. De nombreuses mises en scène d’Oxygène voient également le jour dans plusieurs villes
de la province russe, où le spectacle a beaucoup tourné. La version française, Oxygène, dirigée par Galin Stoev, est créée à Bruxelles en septembre 2004 et présentée au festival Passages à Nancy (2005) puis dans le cadre de La mousson d’été 2005. Il reçoit le prix du Festival Émulation Liège (2005). En ouverture d’une importante tournée française 2006/2007, Oxygène est programmé au Théâtre de la Cité Internationale à Paris. En décembre 2004, sa pièce Genèse 2, écrite d’après un « document » d’Antonina Velikanova, est mise en scène à Moscou par Viktor Ryjakov. Ivan Viripaev y interprète le rôle du Prophète Jean. La version française Genèse N°2 est créée à Liège en octobre 2006 par Galin Stoev. Les premières représentations en France de Genèse N°2 se déroulent dans le cadre du 61e Festival d’Avignon. Ivan Viripaev consacre l’année 2005 à l’écriture du scénario et à la réalisation de son premier long-métrage au cinéma Euphoria : Prix spécial du Jury Festival Kinotavr Moscou, Petit Lion d’Or 2006 de la 63e Mostra de Venise, Grand Prix du 22e Filmfest de Varsovie et Prix Golden Lily du festival goEast 2007 de Wiesbaden. Son texte intitulé Juillet est créé à Moscou en novembre 2006 dans une mise en scène de Viktor Ryjakov. Ivan Viripaev assure pendant quelques mois la direction artistique du Théâtre Praktika qu’il quitte début 2007 pour créer sa propre structure de production et création « de projets innovants » qu’il a baptisé « Mouvement Oxygène ».
En novembre 2008 au Théâtre École de la Pièce Contemporaine, il met en scène Expliquer d’après les poèmes du poète, philosophe, compositeur et traducteur kazakh Abaï Kunanbaev, création en langue kazakhe.

En 2008, il réalise le long-métrage Kislorod (Oxygène), présenté en juin 2009 au Festival Kinotavr de Sochi, où il obtient le prix de la meilleure réalisation, de la meilleure musique de film et de la guilde des critiques. En septembre 2009, il met en scène, au Teatr Na Woli de Varsovie, la version polonaise de Juillet. La version française est créée au Trident Scène nationale de Cherbourg-Octeville en novembre 2009 par Lucie Berelowitsch. En mars 2010, il met en scène Danse « Delhi » en traduction polonaise au Théâtre national de Varsovie. La version russe est créée en septembre 2010 au Théâtre Praktika de Moscou, dans une mise en scène d’Ivan Viripaev et Valery Karavaev. Une lecture publique de la traduction française de Danse « Delhi » a été présentée en avant-première par Tania Moguilevskaia et Gilles Morel à l’occasion de temps de paroles au Centre dramatique national de Valence, en janvier 2010. En octobre 2010, Ivan Viripaev met en scène, au Théâtre Praktika Moscou, Comedia, second volet de la trilogie inaugurée avec Juillet. Il travaille actuellement à un nouveau projet de long-métrage.


Galin Stoev

Garder tous les sens en alerte, alors que tout est fait pour les endormir. Galin Stoev

De la Bulgarie où il naît (Varna - 1969) et entame sa carrière de metteur en scène, à la Belgique où il réside aujourd’hui, c’est le théâtre – et plus particulièrement la mise en scène – qui a influencé son parcours.
Diplômé de l’Académie Nationale des Arts du Théâtre et du Cinéma (de Sofia), il travaille dès 1991 comme metteur en scène et comédien à Sofia, créant nombre de spectacles, notamment au Théâtre national (dont Madame de Sade de Mishima, Le Cercle de craie caucasien de Bertolt Brecht et Arcadia de Tom Stoppard). Ses débuts remarqués le mènent en divers lieux d’Europe et du monde (Londres, Leeds, Bochum, Stuttgart, Moscou, Buenos Aires...), où il signe plusieurs mises en scène. Il a par ailleurs enseigné au Saint Martin’s College of Art and Design de Londres, à l’Arden School de Manchester ainsi qu’aux conservatoires nationaux de Ljubljana et de Sofia.
Au centre de ses expériences déterminantes, figure notamment sa rencontre – et son amitié - avec l’auteur Ivan Viripaev. C’est en 2002 que Galin Stoev met en scène sa première pièce, Les Rêves, présentée au festival international de Varna (Bulgarie). Vient ensuite la version bulgare de Oxygène. Invité à Bruxelles en 2002, à l’occasion du Festival Europalia Bulgarie, le jeune metteur en scène fait la rencontre de comédiens francophones, avec qui il monte plusieurs projets, et notamment la version francophone de Oxygène, qui a tourné pendant cinq ans en Europe et en Amérique. En 2005, Galin Stoev crée sa propre compagnie, FINGERPRINT, avec laquelle il crée Genèse n°2, présenté au 61e Festival d’Avignon, ainsi qu’à Rome, Bruxelles, Paris et Ottawa. Ensuite, dès 2007, c’est à la Comédie- Française qu’il dirige Christine Fersen, Gérard Giroudon et Serge Bagdassarian dans la création française de La Festa (Spiro Scimone). En 2008, il poursuit sa collaboration avec les comédiens français, et il crée Douce vengeance et autres sketches (Hanokh Levin), ainsi que L’Illusion comique de Pierre Corneille. Il retourne régulièrement en Bulgarie où il collabore avec la jeune auteur Yana Borissova, dont il a mis en scène Petite pièce pour une chambre d’enfant et Rose is a rose is a rose (Prix 2009 du meilleur spectacle, du meilleur texte et de la meilleure mise en scène en Bulgarie). En 2010, il crée La vie est un rêve de Pedro Calderón de la Barca au Théâtre de la Place de Liège dans le cadre du programme européen Prospero, spectacle également présenté au Emilia Romagna Teatro de Modène, au Théâtre national de Bretagne, et la Comédie de Genève.

Théâtre Les Tanneurs
75 - 77 rue des Tanneurs,
1000 Bruxelles
Tél : 02/502 37 43
www.lestanneurs.be



Le petit cadeau va où il espère trouver le grand cadeau. Proverbe russe

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0