Accueil > Expositions > Masha S. (Schmidt)

Masha S. (Schmidt)

Du jeudi 17 février au samedi 19 mars 2011


Masha S. SCHMIDT est née à Moscou et vit en France depuis1990.
Elle a fait ses études à l’Académie des Beaux-Arts de Moscou, puis les a poursuivi à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Artiste-peintre, scénographe et créatrice de costumes de théâtre, elle est aussi chef
décoratrice pour le cinéma. Elle expose régulièrement son travail à Paris où elle réside, et à l’étranger.

- Vernissage en présence de l’artiste jeudi 3 mars de 18h à 21h

La peinture ne fait que traverser les frontières du format.
Forcément, elle continue, elle ne peut pas s’arrêter.
La toile, un bout de papier, tout support n’est qu’une fenêtre par laquelle
On arrive à apercevoir le flux continu de la vie. / Masha S. (Schmidt)

Le vernissage de l’exposition s’est déroulé d’une manière chaleureuse et conviviale avec un public très nombreux.

Lors du vernissage, Macha, devant sa « dernière série » sur laquelle dégringolent des cascades bleues, expliquait son attirance pour les couleurs, qui lui vient de sa jeunesse à Moscou et de ses "voyages en musique" qui l’ont beaucoup inspirée.
Dimension abstraite, le temps se disperse comme la lumière bleue, cédant la place à une danse de symboles passionnants.

Cette manifestation culturelle, est double car en parallèle de l’exposition de peintures, nous avons pu écouter un concert de musique russe, accompagné de la guitare. Les musiciens ont interprété quatre chansons, dont deux sur le thème de la Russie !

Ce vernissage s’est clôturé par le traditionnel vin d’honneur offert par l’artiste !


Je suis née à Moscou dans une famille d’ingénieurs.

Depuis que j’ai conscience de moi, j’ai le souvenir de dessiner sans cesse. Il faut dire que j’avais une grand-mère extraordinaire, un rêve de grand-mère, et elle a cru en moi. De toute évidence, disait-elle, Masha est une artiste !

Chose sûre, je ne faisais que dessiner et inventer des histoires magiques. Mais – entre nous soit dit – tous les enfants s’amusent à cela… Ma grand-mère était intraitable : sa petite fille allait FAIRE quelque chose ! Je me demande si elle, chimiste de métier, se rappelait sa propre enfance et sa jeunesse traversant les années trente soviétiques, son rêve de cinéma, son admission à l’école de la réalisation cinématographique à dix-sept ans , puis ... l’écroulement de tout à cause de l’opposition furieuse de sa famille. Réalisatrice de cinéma ! Ca ne peut pas être un métier, c’est trop risqué, ce n’est pas pour les filles… En tout cas, je recommande à tout enfant d’avoir (au moins) un adulte qui croit profondément en lui et tout ira bien.

Nous vivions en plein marasme brejnévien. La vie extérieure me paraissait (même à cet âge-là) tellement surréaliste, que je préférais me réfugier dans mes contes et mes peintures. Petit à petit, je ne pouvais faire autrement, c’était tellement plus intéressant d’imaginer "des mondes " et d’y pénétrer ...

Un détail non négligeable : nous sommes toujours au cœur de l’empire soviétique. La culture, le sport, sans oublier "la croisade cosmique" sont toujours en première ligne de l’intérêt national. Nous ne pouvions nous "amuser" en faisant un peu de musique ou de peinture : il fallait dès le plus jeune âge acquérir des connaissances sérieuses et professionnelles. La notion "d’amateur" n’avait pas cours dans les écoles russes pour enfants. Ainsi, de l’âge de quatre à dix sept ans , je suivais " le" parcours académique normal tout en consacrant tous mes après-midis au dessin, à la peinture, à la sculpture en passant par l’ Histoire de l’ Art dans une école dite "spécialisée" des Beaux Arts.

A dix sept ans , une merveille ! Je suis reçue à l’Ecole des Beaux Arts de Moscou (dite Stroganoff) qui formait en son sein les artistes accomplis capables de contribuer à la gloire de leur patrie par leurs réalisations en Arts Plastiques tout autant qu’en Arts Appliqués . En d’autres termes, nous devions faire deux écoles en une : le cursus intégral de l’Ecole des Beaux-Arts à l’Ancienne avec les cours d’anatomie plastique, dessins de nu, peinture, sculpture, Histoire de l’Art… mais également un cours de Design Industriel comprenant la résistance des matériaux , la géométrie appliquée, l’histoire du Design et de l’architecture, la création de maquettes…

Je n’arrive toujours pas à comprendre comment ils réussissaient à intégrer autant de cours dans une année scolaire, mais le fait est là : nous avons travaillé comme des fous soixante heures de cours par semaine à l’école et le reste du temps nous réalisions nos projets dans nos ateliers tout en essayant d’apprendre des millions de choses pour les examens … Je garde de cette époque le souvenir d’un manque de sommeil absolu.

La peinture dans ce tourbillon s’éloignait à grands pas....

Cette carence de respiration imposée depuis toujours , ce manque de souffle auquel j’étais pourtant habituée dans mes précédents parcours, cette absence de temps de contemplation se faisaient durement ressentir.
Je n’arrivais pas à peindre , ma vie se remplissait de projets de design , de cours d’anatomie ou d’autres choses… Pourtant, je sais maintenant que cette contrainte m’a aidée. Oui, c’est magnifique d’être "empêchée de réaliser" pendant un certain temps. Cela permet de développer (ou non ), une véritable et profonde motivation.

Sur la photo : Lise Brisson, responsable des événements au musée Galliera

J’ai eu mon diplôme en 1990 dans la "série burlesque" . Moi qui détestais la rigidité de l’enseignement du Design et assez incapable de me concentrer sur un projet d’ appareil dentaire sophistiqué ou d’aménagement intérieur d’une cabine de pilotage, j’ai réalisé un diplôme complètement rêvé et drôle, dédié à mon frère qui avait peur des piqûres ( comme tous les petits enfants) . J’inventais et dessinais un médecin, muni d’un parapluie volant avec sa valise renfermant des appareils magiques et d’autres attributs féeriques. J’ai été énormément soutenue par mes amis, mais l’Ecole s’opposait fermement à ce projet .

Coup de théâtre ! Lors de la soutenance de mon diplôme , toute la commission s’est mise à jouer avec les seringues bonbons, à se lancer ballons et parapluies pour finir par une "standing ovation "et ... un diplôme d’or. Visiblement les temps changeaient , Gorbatchev était là, tout le monde adhérait au "renouveau". Toutefois, je sens que c’était mon dernier projet de design !

Moscou, juin 1990.
Ma vie change totalement. La période transitoire a pris deux jours de trajet Moscou - Paris dans un train de couleur verte épouvantable. Pendant ces deux jours, j’ai observé les paysages et les couleurs défiler par la fenêtre et j’ai eu une vraie conscience du changement. Si vous changez de planète, je vous recommande d’opter pour le train comme moyen de transport, la vie défile devant vous, l’ocre jaune est remplacé par le vert granny smith, l’ombre brûlée par un jaune de Naples ainsi de suite... Les choses deviennent claires et limpides, vous acceptez le voyage et vous n’avez jamais le mal du pays.

Paris, juin 1990. Depuis l’arrivée à la gare du Nord ma vie c’est déroulée comme ça :
Amour - Peinture - Musique - Beaux-Arts - Sorbonne - Enseignement de peinture - Master classes de peinture-dessin en France et dans le monde - Théâtre - Cinema - Illustration - Galerie - Ma fille - Expositions - Concerts - Travail - Voyages - Peinture - Enseignement - Encore une fille - Cinema - Peinture - Théâtre - Voyage tout le temps - retour à la maison - et ça continue - un petit café et je retourne dans mon atelier...

GALERIE NOËLLE ALEYNE
18 rue Charlot - 75003 Paris
Mardi / mercredi /Jeudi / vendredi / samedi de 12h30 à 19h
Métro : République, Arts et Métiers, St Sébastien Froissart



Ce qui, en français, a l'air de sonner, bien traduit en russe peut être très vilain. Alexandre Soumarokov

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0