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Buër Jean-Louis : La Russie

2e édition : 2010


Après des décennies de sous investissement sanitaire, la mise en place honteuse d’un système de santé à deux vitesses, en dépit des intentions affichées par les autorités, conduit à une morbidité généralisée, surtout en province.

Seuls les occidentaux veulent voir du pittoresque dans l’alcoolisme russe, colportant tous la légende – totalement infondée – qui veut qu’après boire, on jette les verres par-dessus l’épaule. Alcool national, la vodka (« petite eau ») permet alcoolisation rapide et ivresse marquée, dans la tradition des peuples nordiques.

Appartenant au même univers alcoolique que la Scandinavie, la Russie s’en différencie par l’ampleur des dégâts sociaux et médicaux provoqués par le « serpent vert ».

Les Russes ne sont toutefois pas si grands buveurs. Au XIXe siècle, Leroy-Beaulieu note « qu’on a beaucoup exagéré l’intempérance des sujets du tsar ». La consommation annuelle d’alcool par habitant majeur – 12 litres – n’a rien de démentielle et n’est pas si éloignée
des niveaux français et italiens. Mais discontinue, composée d’alcools forts (la vodka compte pour les deux tiers), et rythmée selon des moments d’intense absorption (tout l’inverse du modèle méditerranéen),
elle est nettement plus pathogène. Elle est d’autant moins maîtrisable qu’elle est un illusoire abri face à la misère ou donne des couleurs à la fête. Tout étranger invité peut en témoigner : l’alcool est utilisé pour
créer la familiarité de l’ivresse et donner l’impression d’une longue intimité. Les Russes eux-mêmes, non dupes, ne boivent pas à chacun des innombrables toasts.

...

L’alcoolisme n’est que la face visible des mauvaises conditions d’hygiène. Après des décennies de sousinvestissement
sanitaire, la mise en place honteuse d’un système de santé à deux vitesses, en dépit des intentions affichées par les autorités, conduit à une morbidité généralisée, surtout en province. Même à Moscou, rendre visite à un patient dans un hôpital est révélateur : plateaux techniques vétustes, absence de draps et de linges ou chauffage défectueux. Le
patient et sa famille doivent tout pallier : lors d’une intervention chirurgicale, il est prudent de ne pas négliger – pour un médecin ou une infirmière qui attend vainement sa paye depuis des mois – les
« petits cadeaux » indispensables pour que l’opération ait lieu à la bonne date, sous anesthésie, et que le convalescent bénéficie des attentions nécessaires.

La population enregistre une baisse continue : 7 millions d’habitants depuis 1992. Le phénomène résulte certes d’une baisse de la natalité (8,4 ‰ et 1,23 enfants par femme contre le double dans les années quatre-vingt) qui rapproche la Russie des comportements d’Europe occidentale. Mais cette dépopulation traduit surtout une nette
dégradation de l’état de santé : l’espérance de vie des
hommes (59 ans), en net décrochement avec les femmes
(72 ans), a perdu sept années en vingt ans. La mortalité infantile est proche des taux de pays du tiers-monde. La situation est si préoccupante que Vladimir Poutine a annoncé en 2006 une politique d’allocations familiales et veut améliorer les retraites.
La drogue a fait irruption, en provenance de l’Afghanistan et du Sud-Est asiatique, via l’Asie Centrale.

Le Sida lui a emboîté le pas. Les organisations humanitaires
sont très inquiètes devant ce fléau, véhiculé aussi par une prostitution en pleine recrudescence et l’état sanitaire indigne des prisons.

La Russie est un pays développé pour les exigences sociales et les progrès scientifiques : le niveau de qualification des personnels médicaux est comparable à celui de leurs homologues occidentaux même si leur pratique technique et leur sensibilité à la douleur
des patients sont moindres. En revanche, elle relève du tiers-monde pour la prévention et l’accès au soin. Les dépenses publiques de santé ne représentent que 3,8 % du PIB contre 7,2 % en France.

Au sommaire :

Introduction

— « La Russie est un pays européen. »

L’identité russe

— « La Russie est un pays ancien. »

— « Les Russes ont l’âme slave. »

— « La Russie est le pays de la religion orthodoxe. »

— « La Russie est impérialiste. »

— « La Russie n’est pas faite pour la démocratie. »

La Révolution d’octobre et ses conséquences

— « La Révolution aurait pu être évitée. »

— « Marx avait prévu la Révolution. »

— « Staline fut bien pire qu’Hitler. »

— « L’URSS fut responsable de la guerre froide. »

— « Le communisme n’était pas réformable. »

Fantasmes et illusions

— « La Russie est archaïque. »

— « L’Armée russe nous menace. »

— « La Russie ne peut plus se nourrir. »

— « Les Russes sont toujours saouls. »

— « Les Russes ont tous été communistes. »

La Russie aujourd’hui

— « La Russie, c’est le chaos. »

— « La Russie part en morceaux. »

— « La Russie ne veut pas faire de réformes. »

— « La Russie est dirigée par les mafias. »

— « La Russie est une catastrophe écologique. »

Histoire & Civilisations
Editeur : Le Cavalier Bleu
Jean-Louis Buër
2e édition
10.5 x 18
Broché
128 pages
9.80 €
ISBN : 978-2-84670-176-1



Se faire des amis est une occupation de paysans, se faire des ennemis est une occupation d'aristocrates. Proverbe russe

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