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Transfer ! de Jan Klata

Du 05/11/2009 au 07/11/2009 à 20h30


Seule la scène des négociations entre Churchill, Roosevelt et Staline à la conférence de Yalta est interprétée par des comédiens professionnels.

Avec :
- Przemyslaw Bluszcz, Ilse Bode, Wieslaw Cichy, Dietrich Garbrecht, Matthias Göritz, Zbigniew Górski, Angela Hubrich, Karolina Kozak, Jan Kruczkowski, Zdzislaw Kuzniar, Hanne-Lore Pretzsch, Zygmunt Sobolewski, Andrzej Ursyn Szantyr, Wojciech Ziemianski

Dans Transfer ! Jan Klata touche à un des points les plus douloureux de l’histoire de la Pologne : la question des frontières. Bien avant la Seconde Guerre mondiale mais déjà tout au long du XIXe siècle, la Pologne est écartelée et partagée entre la Russie, la Prusse puis l’Allemagne et l’Autriche. Et si elle retrouve son indépendance à la fin de 1918, c’est bien son invasion en septembre 1939 à l’ouest par l’Allemagne nazie et à l’est par l’Union Soviétique qui déclenche la Seconde Guerre mondiale. La Pologne disparaît alors (pour la quatrième fois de son histoire ) en tant qu’État. À la fin du conflit mondial, la conférence de Yalta va statuer sur le sort de la Pologne : les Russes conservent les territoires orientaux et compensent cette perte en reculant les frontières de la Pologne vers l’Ouest, c’est-à-dire vers l’Allemagne, en invoquant que ces territoires étaient historiquement polonais. Des millions d’Allemands sont alors expulsés pendant que des millions de Polonais arrivent sur ces terres « retrouvées » dont ils ne connaissent rien. ( La ville de Wroclaw subit à cette occasion un remplacement entier de ses habitants ). Leurs pas se sont croisés. Jan Klata choisit de les faire s’arrêter le temps d’un spectacle.
Soixante ans après ce déplacement des frontières qui fait suite à la conférence de Yalta, il n’est plus question pour le jeune metteur en scène de 36 ans de revenir sur la légitimité politique d’un tel acte mais d’en montrer la portée humaine, l’absurdité parfois et la douleur aussi : douleur et absurdité des politiques menées à grande échelle. En cette période d’après-guerre où chacun pense que l’horreur est maintenant derrière soi, le monde a caché la tragédie de gens ordinaires emportés par le grand mouvement de l’Histoire, qu’ils soient polonais ou allemands.

L’argument de Transfer ! a été écrit à partir de témoignages, d’anecdotes et de souvenirs de témoins, encore vivants aujourd’hui, de ces événements tragiques.

Ils sont d’ailleurs invités sur le plateau par Jan Klata.
Seule la scène des négociations entre Churchill, Roosevelt et Staline à la conférence de Yalta est interprétée par des comédiens professionnels. Le spectacle, en alternant les témoignages allemands et polonais, met à mal les clichés bourreau /victime : les Polonais expulsés de l’Est n’auraient pas eu l’image de l’« Allemand-bourreau ». L’image de la cruauté gratuite et imprévisible était pour eux davantage associée à l’Ukrainien ou au Russe. De même que l’entière responsabilisation de l’Allemagne aurait privé sa population de passer outre un traumatisme qui était aussi le sien... Transfer ! n’en devient pas pour autant une œuvre documentaire. Klata est un homme de théâtre et en invitant sur le plateau des comédiens amateurs, il touche bien sûr à un tabou. Dans un pays où les comédiens sont réputés pour être les meilleurs du monde, la présence de témoins de cette époque réactive la parole et lui insuffle toute une portée théâtrale. Dans les histoires représentées, la grande politique est reléguée ailleurs. Ce sont alors les petites questions de tous les jours, formulées par des petites gens, qui font le théâtre dans Transfer ! : un moulin à café dont on a fait cadeau, un voile brodé, le souvenir des poires juteuses, la nostalgie d’un pays qu’on a laissé derrière soi et la conscience douloureuse que l’on y reviendra jamais.

Maison des Arts et de la Culture de Créteil
Place Salvador Allende
94000 Créteil
Tél : réservation +33 (0)1 45 13 19 19



L'histoire est encore plus rancunière que les hommes. Nicolaï Karamzine

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