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’Cette nuit’ : variations autour des Possédés de Dostoïevski

Du 10 mars - 5 avril 2008 / création de Maria Zachenska


Cette modeste et apparemment inoffensive communauté est traversée
par une idée forte : que les Russes vont enfin trouver et affirmer leur
mission au sein de l’Europe, au sein de la planète même, en fondant le
mouvement des kamikazes orthodoxes...

- Avec Jacques Allaire, Stéphane Comby, Louis Jean Corti, Serge Gaborieau, Anne-Lise Main, Olivier Peigné, Stéphanie Schwartzbrod, Tatiana Stepantchenko, Nicolas Struve
- Scénographie et costumes Georges Vafias
- Régie : Jean Macqueron et Cyril Dergent
- Production : Vassili Protchoukhanoff
- Durée : 1h40

- lundi 10 mars à 20h30,
- mardi, mercredi et vendredi à 20h30, jeudi à 19h30,
- samedi à 16h et à 19h30,
- relâche dimanche et lundi
- tous les jeudis SOIRÉES AUTOUR DE LA RUSSIE
- lundi 18 février à 20h SOIRÉE SPÉCIALE autour de
Cette nuit et de Rousslan et Ludmilla, les deux créations présentées
par la compagnie Parallèles.

De nos jours, dans une ville en Suisse, se réunit une petite
communauté russe pour accueillir l’héritier de la richissime famille
Stavroguine, Nicolas.

Cette modeste et apparemment inoffensive communauté est traversée
par une idée forte : que les Russes vont enfin trouver et affirmer leur mission au sein de l’Europe, au sein de la planète même, en fondant le mouvement des kamikazes orthodoxes, seuls selon eux à pouvoir tenir tête à leurs homologues musulmans qui rendent le monde occidental vulnérable.

Le porteur en chef de cette idée est Piotr Verkhovenski, ami et
adorateur de Nicolas Stavroguine. Piotr prépare Nicolas à devenir chef de l’État russe.

Le premier acte kamikaze est envisagé pour la nuit même, devant
l’ambassade du Pakistan.

Cette nuit retrace la mise en oeuvre de cette folie destructrice à l’issue désastreuse pour tous.

Les Possédés de Dostoïevski


Le 21 novembre 1869, Ivanov, étudiant agronome et membre d’une société secrète dite « Vengeance populaire » dont l’organisateur est Netchaev, est assassiné près de Moscou par ce Netchaev même, aidé de quatre étudiants, appartenant comme Ivanov à une cellule de la Société.

Ivanov s’étant désolidarisé de sa cellule secrète, Netchaev a décidé de le supprimer. L’assassinant avec la complicité des quatre autres membres, il les compromettait et les liait à son propre destin. La police découvre le corps d’Ivanov dans le fond d’un étang proche de l’Académie et, tandis que Netchaev disparaît à l’étranger, ses disciples sont traduits en justice. Dostoïevski, à ce moment même, vit à Dresde : malheureux, guéri de la roulette, mal guéri de la perte de sa petite Sonia, mécontent de l’Idiot, détestant l’Allemagne, Tourgueniev et lui-même. Son seul contact avec la Russie naît de la lecture des journaux russes. Les journaux allemands, d’ailleurs, commentent, eux aussi, les actualités de la vie russe. Les uns et les autres lui apprennent le crime – qu’il aurait lui-même pu commettre il y a vingt ans, quand il acceptait de soulever le peuple et d’assassiner le tzar.

Il prend feu, saisit la plume. Il veut écrire un acte d’accusation.
Autant contre sa propre jeunesse que contre Ivanov ; autant contre Netchaev que contre ceux qui jadis avaient entraîné à la révolte le jeune Dostoïevski.

Il va clouer au pilori trente ans de la pensée sociale russe.

Mais c’est moins simple qu’il ne le croit. Le petit pamphlet gonfle sous ses mains, le scénario limpide du départ devient une chronique de monstrueuses machinations ramifiées à l’infini qui joue de la vie des gens. Le profit de la culpabilité, le suicide idéologique sans conviction, le débordement calculé de la violence défilent dans ce roman-fleuve gorgé de pourritures.

Le livre devient mon Faust*, le livre de tout ce pour quoi j’ai vécu*, portant en exergue le poème de Pouchkine : les Démons, auquel il emprunte le titre.

* citations des carnets de Dostoïevski

Des Possédés à Cette nuit

Il ne passe pas un jour sans que les médias nous rapportent quelque récit ou image d’un acte terroriste kamikaze – d’un attentat suicide.
Sans prétendre apporter des réponses dans mon texte, j’essaie d’imaginer le fond philosophique individuel menant à une pareille action. Je n’ai pu m’empêcher de le discréditer ; le sacrifice d’une vie pour une idée, à l’heure actuelle, dans la société actuelle, m’est insoutenable.
Je pense bien sûr, avec frisson et admiration, à Jan Palach qui s’est immolé à Prague et dont la mort est devenue une légende très importante traversant les décennies du communisme comme le flambeau du refus de l’occupation et du désir de liberté. Mais du suicide de Jan Palach, j’ai retenu également sa seule parole qu’il a laissée, une fois transporté à l’hôpital, n’étant plus que douleur et cris : « Ne le faites pas », à l’adresse d’autres étudiants inscrits sur la liste de volontaires qui, chaque jour, devaient s’immoler jusqu’à ce que l’occupation soviétique cesse.

J’ai lu Les Possédés au moment de la chute du mur de Berlin, c’était également le temps fantastique de la révolution de velours en Tchécoslovaquie. En le lisant je comprenais pourquoi ce livre était quasiment interdit, c’est-à-dire introuvable à l’époque communiste. Mais je trouvais aussi que le roman était tout de même plus complexe que cela, il refusait bien sûr le totalitarisme mais parlait avant tout du chaos philosophique qu’amène toute rupture avec une société installée et acceptée depuis un certain temps. Il est au coeur de ce chaos et nous raconte l’espérance, la folie, la perte de repères et la fatigue qu’il engendre.

Je me sens en pleine folie, espérance, perte de repères et fatigue et je le ressens tout autour de moi. Les Possédés de Dostoïevski se sont imposés à moi et je les vois se dérouler aujourd’hui.

Je n’avais pas du tout envie de les monter en redingotes et jupes longues et de mettre dans le programme que « malgré que le monde ait changé c’est très actuel ».

Ainsi, l’histoire racontée par Dostoïevski nous la vivrons ici en 2008, en Suisse, dans une petite communauté russe. Cette petite communauté, et spécialement russe, m’a permis de mettre en place l’idée nouvelle imaginaire qui gagne les coeurs. La Suisse, la Russie, terres énigmatiques de l’Europe.

Et nous voici, libres dans l’histoire.

Maria Zachenska / Des Possédés à Cette nuit

L’écriture

Il y a beaucoup de blanc sur les pages du texte de Cette nuit. C’est parce qu’il est écrit en simulacre de vers : laissant une grande partie de la ligne vide. Il ne s’agit pas de vers de poésie. C’est une manière de suggérer un effort de passer à la ligne suivante (au bout de tout ce blanc du reste de la page) qui devrait signifier le « passer à autre chose » mais qui signifie le « passer à la même chose ». C’est, d’une
part, un ressassement et, d’autre part, un combat pour la précision. Cette écriture signale une incertitude dans l’avancement de la pensée de quelqu’un qui parle, qui est en train de parler ; et c’est non seulement qu’il cherche ses mots, il cherche en parlant le sens de ce qu’il dit, le sens dont il n’est pas tout à fait sûr en entendant sa propre parole.

La nature

Elle est luxuriante au premier tableau : inondée de soleil estival et montagnard. La verdure d’août se fait clinquante dans une douce fraîcheur. A partir de là les choses dégringolent. Un brusque vieillissement frappe la nature et le temps fait une galipette
infernale : en moins de 24 heures passe le mois de septembre, puis la triste pluie d’octobre et l’aube glaciale du mois de novembre. La nature est le personnage inavoué de la pièce. Elle fait ce qu’elle veut, avec une poigne de fer.

L’espace, les costumes

L’idée fondamentale de cette scénographie est la création du vide dédié à la présence physique du comédien et à sa parole et, à l’opposé, la création de petites touches de banalité matérielle sur le bord de ce vide. Ainsi la scénographie correspond à l’écriture, au texte de Cette nuit. Les changements des lieux d’action (le parc, la maison, la rue…) s’opèrent sans déranger le centre du plateau : les éléments de décors, sur la périphérie, sont à tour de rôles inclus dans le jeu et dans la
lumière, ou occultés et plongés dans la pénombre. Cette capacité de l’espace de changer d’endroit « en un claquement de doigts » propose à la mise en scène une solution unique de fluidité, de sans-barrières et d’onirisme, tout en faisant exister des clins d’oeil à un certain réalisme. La possibilité aussi, non négligeable, de vraies pauses, sans le bourdonnement de la machinerie théâtrale, sans l’attente jusqu’à
ce que quelque silhouette tâtonnant dans la pénombre déplace, plus ou moins élégamment, une table ou une chaise... Le sol évoque une surface d’eau : c’est le rappel du lac, élément refrain de l’histoire. Les costumes rendent compte de la « boucle du temps », ce rapide changement de saisons en moins de 24 heures de l’histoire. Ils ont aussi une fonction, on peut dire, sociologique : ils différencient les
milieux. Mais, surtout, ils contiennent la dimension légendaire des personnages – archétypes venant du fond des âges et installés dans le monde contemporain.

La compagnie

Parallèles est une compagnie fondée en 1996.
Elle doit son nom à un texte de Paul Celan, Le Méridien. Voici un extrait : « Mais il y a aussi toujours, quand on parle de l’art, quelqu’un qui est là... et qui n’écoute pas vraiment. Plus exactement : quelqu’un qui entend, et qui est attentif, et qui regarde... et finalement ne sait pas de quoi on parle. Mais qui entend celui qui parle, qui le « voit parler », qui a perçu de la parole ayant une figure et conjointement – qui
pourrait en douter ? – un souffle, c’est-à-dire une direction et un destin. »

Son premier spectacle était Le Duel, une adaptation de la nouvelle de Tchékhov, au Théâtre de la Tempête, 1996, dans une mise en scène de M. Zachenska. Ensuite la lecture, dirigée par Nicolas Struve, d’Une aventure de Marina Tsvétaéva, au Festival d’Avignon “ in” dans le cadre de l’année de la Russie.

En 1998, Les trois soeurs de Tchékhov a été créé, première production soutenue par le Ministère de la culture, à la Scène Nationale de Bayonne. En 1999, au printemps, finissait sa tournée. En décembre a été présentée une maquette du Fatal jeu d’amour des frères Capek (auteurs tchèques) au Théâtre de l’Echangeur à Bagnolet.

Le directeur du Festival de la Luzège, ayant vu le spectacle, a proposé à la compagnie de concevoir le spectacle-phare du festival 2000. Le choix s’est arrêté sur Ruy Blas de V. Hugo, monté en août 2000. Le spectacle était repris aux ATP Terres du Sud et ATP des Vosges. Le Fatal jeu d’amour était monté dans sa version définitive au Théâtre de l’Opprimé à Paris en janvier 2001 et repris au Centre des Bords de Marne en mars de la même année.

En 2002, dans le cadre de la Saison Tchèque, une libre adaptation bilingue de Monte Cristo version clown au Théâtre International de la Langue Française à Paris et au Théâtre du Conservatoire National à Prague. La création Le babil des classes dangereuses de Valère Novarina a été jouée cinq semaines à Paris à L’étoile du nord
en 2003. Suivent la fantaisie Cinq clowns, création d’après les polars noirs américains, au Théâtre de l’Opprimé à Paris en 2004 et les Directeurs de Daniel Besse au théâtre Na Zabradli à Prague en 2006.

L’étoile du nord
16, rue Georgette Agutte - 75018 Paris
Tél : 01 42 26 47 47
Fax : 01 42 26 63 98

Renseignements pratiques :

- Prix des places 19 € (plein tarif), 14 € (réductions), 10 € (- de 26 ans), 8 € (groupes scolaires).

Informations et réservations :
- du lundi au vendredi de 14h à 18h
- sur place et au 01 42 26 47 47 (et le samedi en période de spectacle).

Moyens d’accès :
- métro Guy Môquet ou Porte de Saint-Ouen
(ligne 13, direction Saint-Denis Université)
- bus 31, 60, 95, PC
- stations Vélib n°18034 (50 rue Leibnitz), n°18027 (102 rue Damrémont), n°17001 (70 rue Guy Môquet).



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